Minerva parut du l" mars 1902 au 15 mai
28 l'analyse des principes
clair, Minerva voulait rendre tour à tour les services d'une Revue philosophique, d'une Revue d'histoire, même d'une Revue critique. Elle y mettait l'entrain et la verve de sa jeunesse. Belle et vive, enivrée des passions de l'intelligence, on peut dire qu'elle a aimé la justesse, la raison et la vérité. Très beaux mots à graver sur le marbre d'une épitaphe ! Mais celleci comporte également de très beaux noms. Vos collaborateurs furent en nombre, et bien choisis. Vous aviez Paul Bourget, et Maurice Barrés. Vous aviez Maurice Croiset, le général Bonnal, Gebhart, Sorel, Frantz Funck-Brentano. Vous aviez Moréas, Plessis et Lionel des Rieux. Vous aviez Faguet et Bainville. Vous aviez Charles le Goffic, Pierre Gauthiez, Henry Bordeaux., Le ciel, qui vous avait conduit chez M. Albert Fontemoing, paraissait disposé à répondre à vos soins habiles;
D'un dextre éclair...
Nous obtînmes notre miracle. A peine étions-nous annoncés, le sol gallo-romain d'une vieille ville de France s'entr'ouvrit, on vous informa qu'une Pallas de marbre, entière et fort bien conservée, venait d'être rendue au jour. Le présage fut interprété comme heureux. Il l'était. La déesse tendrement invoquée1 assista la revue qui se publiait sous son nom. Elle nous épargna les erreurs à la mode, en nous accordant la connaissance et le sentiment de sa tradition.
Notre chimère fut de croire à la durée d'un coup de bonheur. Nous nous étions imaginé que l'olivier d'Attique et le laurier latin, unis à la mode française, feraient immanquablement accourir les honnêtes gens. Nous ne tenions pas compte d'un petit fait. Les honnêtes gens étaient morts. Cette société polie et cultivée qui fut la parure et le charme de l'ancienne vie de Paris n'existe plus. Les étrangers le disent et l'écrivent depuis trente ans. Mais nous ne voulions pas le croire. Plus que nous tous vous refusiez d'accepter pareille disgrâce. Votre optimisme naturel nous pénétrait.
Tout compte fait, vous êtes trop bon pour votre siècle, mon cher ami. Examinons-le de plus près. Commençons par ce qui subsiste du vieux monde français. Nous rencontrerons des