Si ce n'est dans les monastères catholiques
retenue par un certain mépris que témoigne cet Empirisme pour le verbiage des courtisans du peuple. Cet Empirisme enseigne et professe en effet que l'ordre des sociétés, de quelque façon qu'on l'obtienne, importe plus que la liberté des personnes, puisque cela est le fondement de ceci ; au lieu de célébrer l'égalité, même devant la loi, son attention se porte, instinctivement mais aussi méthodiquement, sur le compte des différences naturelles qui ne peuvent manquer de frapper un œil d'analyste ; enfin, quand tant d'instituteurs publics fatiguent les oreilles de cette vieille France avec l'éloge de la plus molle sensiblerie dans les lois et les mœurs, l'Empirisme loue, au contraire, comme normale, une saine mesure d'insensibilité morale et physique.
Qu'est-ce que tout cela au regard de la vieille France, si ce n'est une réaction contre les idées de Jean-Jacques ? Elle y reconnaît les principes de morale classique et de politique païenne qu'avait gardés si précieusenent le catholicisme ; et peut-être nos contemporains sont-ils mieux éclairés sur cet ordre d'idées que ne le furent les jésuites de 1857, lorsqu'un ami d'Auguste Comte vint leuroffrir l'alliance positiviste1. Dece qui est traditionnel ou « vieille France », l'Empirisme organisateur n'exclut à peu près rien, sinon peut-être les abus du sentiment chrétien. Mais ces grands abus, l'on peut dire que l'Eglise ellemême les neutralise ou les combat, puisqu'elle n'a jamais cessé de renier les sectes ignorantines ou iconoclastes qui sont nées de la lecture des livres juifs. Enfin cet Empirisme n'offre rien de sectaire. Il ne force personne. A peu près comme à l'Hygiène, il lui suffit que dépérissent tous ceux qui le négligent, personnes ou sociétés.
Ces remarques, qui nous éloignent de Sainte-Beuve autant qu'il s'est lui-même éloigné quelquefois de son type supérieur, ont du moins l'avantage de nous mêler aux plus nobles intelligences de sa famille. J'y trouve des naturalistes comme Taine et Renan, nommés réactionnaires, de ce que, ayant essuyé les maladies de leur époque, ils ont rétrogradé, en effet, jusqu'à la