‹ Rome ancienne et moderneChapitre 165 sur 428 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Tonies ces pièces se jouaient dans les théâtres de Pompée, de Ilalbus et de Marcellus , qui pouvaient contenir chacun de trente à quarante mille spectateurs. Afin d'être vus et entendus de ce public nombreux, les acteurs portaient des cothurnes et des patins qui donnaient à leur taille des proportions gigantesques; ils avaient un masque dont la vaste bouche d'airain, faite en forme de conque, triplait l'étendue de ta voix. L'effet choquant au suprême degré, de cette mascarade, quand elle était considérée de près, s'effaçait un peu dans l'éloignement : les hurlements du comédien, adoucis par la distance, redevenaient quelque chose de semblable à la voix humaine. Les lignes du masque antique seules ne changeaient pas, et cette immobilité métallique, contrastant avec l’agilation des acteurs chargés de faire les gestes, et avec les mugissements de la bouche d’airain, devait en réalité transformer les comédiens en statues ambulantes. Interprétées par de tels acteurs, les pièces ne pouvaient offrir un intérêt bien vif, pour un auditoire populaire surtout. Des quarante mille personnes qui écoutaient au son de la flûte d’argent un comédien déclamant les pièces de Térencc ou de Plaute , il n’y en avait certainement pas mille assez bien placées pour entendre , et assez instruites pour comprendre; le reste admirait les décorations, s’amusait quelque lemps de l’aspect de la salle, des ondulations de l'immense voile qui la couvrait, du bruit des causeries patriciennes, des cris des désignateurs occupés à montrer leurs places aux retardataires débouchant en foule des vomitoires , puis, ennuyée de déclamation et de poésie, cette foule se levait tout à coup au milieu de \' Eunuque ou de Y Amphitryon, criant avec rage : les bêles! les pugiles! et il fallait que Jupiter se retirât devant un ours, et que l'esprit de Plaute et de Térence fit place aux coups de poing

Mais si le peuple préférait à la comédie l’exhibition des animaux, le pugilat et surtout la farce du Lauréolus , dans laquelle un ours irrité d’avance s'acharnait sur un mannequin couronné de lauriers et mis en croix, l'admiration des jeunes patriciens dédommageait bien les acteurs des pièces régulières. A la grande indignation de leurs héritiers, ils dépensaient, comme le fils d’Alipius, deux mille quatre cents marcs d'or pour les jeux scéniques, ou , comme Messala , ils donnaient tout aux comédiens. Les manteaux des aïeux, étincelants de pourpre et d’or, flottaient sur les épaules des comparses de Roscius , plus riche lui-même qu'un roi. Gouffre sans fond , le théâtre absorbait en deux ou trois jours l'énorme opulence des édiles. Pour faire jouir Rome de ce plaisir, il fallait semer des millions. Heureusement les ambitieux ne marchandaient pas la popularité. Scaurus, Curion, César, avaient magnifiquement ouvert la voie; les empereurs y marchèrent du même pas. Auguste montra au peuple les jeux scéniques vingt-quatre fois en son nom , et vingt trois fois au nom des magistrats, que cette dépense aurait ruinés. Cali-

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