CHAPITRE XXVI
suppléé et remplacé par trois magistrats de création récente appelés conservateur» de la I tonne chambre de la ville (almæ cameræ Urbis). Les conservateurs, représentants du sacré sénat et de la république romaine, veillaient au maintien et à l'observation des nouveaux statuts Ce régime dura jusqu’en 1377, époque du retour définitif des papes.
Retour iiéfimti» i>es papes. — Cette dernière révolution avait alarmé Grégoire XI , successeur d’Urbain. Craignant de perdre le fruit de l'habile et vieille politique du saint-siège, il commença par excommunier les Florentins, dont l'intervention venait de relever au Capitole la statue de la Liberté ; puis, se berçant de la même illusion que son prédécesseur, il crut qu’il n'avait qu’à se présenter pour recueillir la souveraineté de Rome, et quitta Avignon. Le 11 janvier 1377, la galère qui portail le pape et la fortune de l'Église mouilla sur trois ancres au port d’Ostie. On descendit pour passer la nuit dans l'enceinte fortifiée bâtie auprès des ruines de l’ancienne ville. Des groupes de vieillards , muets de joie , dansaient et battaient des mains au son des instruments, en agitant des torches, sous les fenêtres du château où soupa le Saint-Père. A minuit, Grégoire se leva pour chanter laudes; puis, après un repos de quelques heures, la trompette sonna le réveil, et il regagna sa galère, qui se mit & remonter le Tibre à force de rames. On mit quinze heures pour faire seize milles, et le jour était tombé depuis longtemps lorsque enfin le vaisseau jeta l'ancre devant Saint-Paul, line foule immense couvrait la rive, où brillaient des milliers de flambeaux. La galère pontificale fut saluée par les trompettes, par les acclamations du peuple et ce cri de joie qui sortait de toutes les bouches : Vive le pape ! Malgré l'enthousiasme qu’on lui montrait , fidèle à ses habitudes de prudence, Grégoire resta dans sa galère et ne débarqua avec ses cardinaux que le lendemain quand il fit grand jour, pour visiter la basilique Saint-Paul.
Quel magnifique vestibule de la métropole des apôtres I En mettant le pied dans celte église abandonnée, solitaire et muette, comme toutes les basiliques de Rome dont la foule respecte depuis quinze siècles le mystérieux isolement, le pape se trouva au milieu d’une forêt de colonnes. On en comptait cent trente-deux toutes antiques, toutes enlevées aux temples païens. Quatre lignes de vingt colonnes chacune partageaient l’église en cinq nefs. Parmi les quarante colonnes de la nef du milieu , vingt-quatre, qui étaient d’ordre corinthieu et d’un seul bloc de marbre violet, avaient été prises au tombeau d'Hadrien. Tout rappelait dans ce monument admirable la sévérité et la douloureuse tristesse des idées chrétiennes au vi* siècle , date de sa fondation : d’énormes poutres que ne recouvrait aucun ornement formaient la toiture, le pavé était composé de fragments irréguliers de marbres arrachés aux anciens édifices et aux sépulcres de la voie Appia. Du seuil de la grande porte de bronze faite à Constantinople en 1070, l’œil était frappé par la mosaïque à per-
I. l'er tiare qulrbc soddldaiiotie al eiiudloi Romani die non Tolevano il aenatore foresiiere c tja tjaali volcva || coinpeu-Mi tli abolira i! magistrat» di Riformutori cotue injorhso per la sua origine alla sovraniu dcl l'omlflcaio, (à crealo uu alirw ui.tgi»iraio di Ire Comeiniiun. (Gigli, .tnn. 1369.)
SOUVERAINETE TEMPORELLE DES PAPES
sonnages gigantesques qu’on apercevait derrière l'autel par delà cette forêt de colonnes : elle servait comme d'inscription à tout ce qui était alentour, et nommait à l’fime le sentiment qui la troublait',
Exiaée triomphale de Grégoire XI. — Grégoire XI y entendit la messe et s’achemina ensuite vers la ville, à cheval, au milieu de ses cardinaux. Ils étaient au nombre de treize, neuf Français, un Espagnol, un Milanais, un Florentin et un Romain. Des histrions habillés de blanc les précédaient eu battant des mains. Les fils des nobles criaient devant eux : Voici le Seigneur que nous attendions ! Et à chaque instant s'élevait la grande voix de la foule dominant le bruit et jetant ces acclamations : Vive le pape! Allons joyeux ! A quelque distance de la porte Saint-Paul étaient groupés les prélats à la tête du clergé et les joueurs d’instruments. Les magistrats et les officiers de la ville l'attendaient à la porte. Ils étaient suivis par six appariteurs portant leurs niasses d’argent. Après les massiers s'avançaient à cheval quatre hallebardicrs de la garde du sénateur en chausses rouges et en uniforme jaune et pourpre décoré de parements blancs. Ils précédaient le capitaine de la garde sénatoriale qui , montant un cheval magnifiquement caparaçonné , avec sa barrette ombragée d’une plume , sa jupe de damas rouge pressée par une éclatante cotte de mailles, et ses chausses à l’antique, l’une cramoisie, l’autre jaune et rouge, attirait tous les regards. A ses côtés marchaient deux hallebardicrs , et derrière les maîtres d'estrade ( maestri di slrada ) deux syndics du peuple , deux secrétaires du Capitole, deux scribes du sénat, et quatre maréchaux ayant en main le bâton blanc comme signe de leur office.
Immédiatement après les maréchaux défilaient quatre par quatre, en troublant de leurs roulements l’écho de la porte Saint-Paul , les tambours des treize rioni. Sur lesquels étaient peintes avec les armes des rioni l’ancienne devise républicaine S. P. Q. R. le sénat et le peuple *. Treize pages des caporioni à cheval, vêtus d’un élégant costume , déployaient ensuite devant les chefs du peuple les bannières des rioni*. Les caporioni venaient après les pages, montés sur des chevaux superbes et couverts de velours vert à franges d’or ou d’argent. Deux chanceliers en soutane de velours escortaient et devançaient les orateurs des rois, des princes et des républiques présents à la cérémonie. Ceux-ci étaient suivis par le gonfalonier du peuple portant le grand étendard de la liberté romaine, par le préfet, les pages du sénateur, les vitorchiani ou fidèles du peuple romain et deux gentilshommes à cheval en costume de soie cramoisie élevant au bout de leur lance , le premier la statue d'or de Rome qui, assise sur un lion, tenait d’une main la Victoire et de