‹ Rome devant l'Europe (volume 4)Chapitre 3 sur 16 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

l/UNITÉ ITAl.lENîiE ET LA SOUVERAINETÉ DU PAPE

Ce siècle semble destiné à triompher du temps comme de l’espace; les prévisions disparaissent comme les distances, etles révolutions s’improvisent comme les voyages. L’histoire ressemble à un roman, rien n’y procède que par aventures. Les événements deviennent des coups de théâtre, et la paix, comme la guerre, éclate avec la rapidité de la foudre. On dirait que la Providence, en se réservant à elle seule le mystère de ces prodigieuses surprises, se plaît à montrer plus directement toute la ja-

L’UNITL ITALlENNIi

lousie de sa puissance, et ù mieux confondre les plus savants calculs de la sagesse humaine.

Mais jamais cette soudaineté prestigieuse ne se révéla en traits plus saisissants que dans les étranges péripéties que peu de mois ont suffi à accomplir. Le monde se remet à pejne de sa stupéfaction ;à l’aspect d’un tel passé, 011 se dei’ha'uje ce tjin» stH. l’avenir. L’étonnement et

l’anxiété !sE.p»ftagonl:lps fsocitS’.*'»

En*ce*'moméri\, Ttouf ce qiî’iry h de plus grand dans le monde de Lhistoire et dans celui de l’avenir, l’Italie, la liberté, l’Église, subissent une crise solennelle, dont le dénoùment est encore une énigme pour les plus habiles, dont les périls ne sont un problème pour personne.

En même temps qu’on les cite devant un congrès de rois, on les fait comparaître devant l’opinion des pcnples. I)ans nos temps d’expansion et d’activité, cette opinion se fuit jour à travers les obstacles. On peut la comprimei’, on ne l’étouffe pas. Elle juge toujours les délibérations des couronnes, elle les détermine souvent. Malheur à qui la dédaigne, honneur à qui l’éclaire!

Jamais, au reste, elle ne vit de plus hautes questions débattues, de plus chers intérêts compromis.

L’Italie est la patrie immortelle et univei’selle tout ensemble; elle appartient à tous, nul ne s’y croit étranger. Elle porte sur son front la triple couronne de la foi, de l’histoire et des arts. Son nom seul fait palpiter les pi'emières émotions de notre jeunesse et ranime encore la

■•nnpps.

ET L\ SOI) VEhAINETÉ DU UAPE. ô

Et moi aussi, je l’ai visitée celle ferre privilégiée entre toutes; je l’ai glorifiée souvent, je l’ai aimée toujours. J’y ai trouvé les plus doux délassements de ma retraite, les plus précieuses consolations de mes plus intimes épreuves.

Et moi aussi, j’aime la liberté constitutionnelle, que j’ai servie; je suis fidèle surtout à la religion, qui nous sert toujours et que je voudrais servir; je n’aspirerais qu’à voir unir ces grands noms dans un commun triomphe.

Leur solidarité serait si naturelle et si puissante I La religion est partout le contre-poids nécessaire des institutions politiques. Elle est toujours la sauvegarde delà liberté comme du pouvoir. Que la dictature s’appelle féodalité, tribunat ou césarisme, elle ne peut trouver de frein que dans l’autorité qui commande aux consciences. Moins elle reconnaît de limites dans les lois, plus il est nécessaire qu’elle rencontre celles de la i cligion.

La religion fait la grandeur de l’Ilalie; l’union et la liberté feraient sa force.

Ünité religieuse, indépendance municipale, union fé* dérative : telle fut ma constante espérance pour l’avenir de l’Italie.

Ce fut le but persévérant de ses plus grands hommes. Celte généreuse pensée arma le bras de ses plus renommés capitaines, inspira la plume de ses plus beaux génies.

" ' ' ' ^ ‘ f>nr)ont

L’IIMTE ITALIEN.NE

disposer de son avenir s’agitent depuis plus d’un demisiècle dans des systèmes et des entreprises contraires.

Ils ont cherché la liberté de l’Italie dans la guerre à l’Église, qui fut, durant les plus mauvais jours, la seuFe gardienne de ses franchises, le seul bouclier de son indépendance.

Ils ont cherché sa force dans la destruction de ces nationalités municipales, qui, dans les temps de servitude et d’oppression, avaient seules assuré sa domination et sa gloire.

Les querelles du sacerdoce et de l’Empire, les luttes des Guelfes et des Gibelins, toute l’histoire enfin des guerres de la papauté contre l’Allemagne au profit de ritalie a semblé s’effacer de toutes les mémoires. Les novateurs ont déclaré à la fois la guerre à l’Église et à l’Empire. Ils ont pris pour ralliement une double devise dont la contradiction eût étonné leurs ancêtres : Guerre à l’Autriche, guerre au pape ! Le premier cri a d’abord retenti seul; on a contenu le second pour ne pas effaroucher les esprits; on ne se gêne plus aujourd’hui, le drame marche.

Un effort incessant mine l’unité religieuse qui fit la gloire de l’Italie, et qui est restée sa véritable puissance. Et on tente d’y substituer la création impossible d’une unité politique, qui ne relèverait pas ses forces et enchainerait toutes ses libertés.

mot : c’est par respect pour elle que je voudrais écarter de ses destinées une décevante et funeste chimère.

C’est sa grandeur môme qui lui défend runité. Une seule république ne pourrait suffire à la garantie de toutes ses libertés; une seule couronne serait trop ciroile pour toutes ses gloires.

Chacune de ses grandes cités a rayonné comme un puissant empire. La Providence a donné à chacune des souvenirs, des aspirations, une histoire, une capitale, un idiome, des monuments, des lois, des mœurs, des trésors de richesse et de génie qui suffisent à constituer et à immortaliser une gr.ande nation.

Aussi, on trouve dans ses annales toutes les grandes évolutions qui troublent ou glorifient la marche de l’humanité. Tout s’y rencontre, tout, excepté l’unité.

L’Italie antique a brillé par ses guerres et par ses lois. Toutes ses républiques se sont disputé la prééminence, mais elles n’ont jamais été unies que quand elles se sont rencontrées ensemble, sous le joug de Rome, en compagnie de tout l’univers. Encore ce joug, rilalio le subit plus durement et plus tard que le reste du inonde. Cinq cents ans suffirent à peine à la future reine des cités pour imposer ses lois à l’étroit bassin qu’qn peut contempler du haut du Capitole. L’Orient lui coûta moins à conquérir que sa propre banlieue. Elle dominait Athènes et Carthage, l’Espagne et la Syrie, et toutes les républiques italiennes n’avaient pas encore perdu leur vieille liberté. On sait les périls de la guerre sociale , les oppressions des vain-

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queurs, les resseiilimenls des vaincus, si admirablemeiU retracés dans ces vers immortels de noire plus grand poète :

Ce n’est pas au bout de ruiiivcrs

Que Rome fait sentir tout le poids de scs fers,

Et de près inspirant les haines les plus fortes Tes plus grands ennemis, Rome, sont à tes portes.

(lUcixE, Millmdate.)

Et quand enfin les dernières républiques italiennes s’engloutirent dans cet immense confluent de rois et de peuples qui vint porter au Tibre l’empire de l’univers, ce ne fut pas pour commander au monde avec Rome, mais pour obéir à Rome avec le inonde, ou, pour mieux dire, pour obéir avec Rome et le monde à la tyrannie des Césars.

Rome et les républiques de l’Ilalie avaient conservé longtemps leur mutuelle indépendance.

Ces jours firent leur gloire ; elles perdirent leur liberté en s'absorbantj et ne connurent l’unité que dans l’esclavage. b’italie n’avait point été associée à la domination de Rome, elle partagea ses disgrâces. Les invasions barbares déchirèrent son sein et brisèrent funité de l’empire, sans rendre à l’ilalie l’indépendance de ses cités. Il n’y eut plus de patrie romaine ; il n’y eut pas davantage de patrie italienne ; il ii’y en avait jamais eu. Tout différait, les races comme les caractères. La nature fait les péninsules, ce sont les origines, les histoires et les mœurs qui font ]<><: nntions.

Qui pourra dire les annales de l’Italie au milieu des .sanglantes ténèbres qui suivirent? Qui trouvera le courage de la peindre envahie par tous les conquérants étrangers qui se la disputaient comme la plus riche proie, dévastée par tous les barbares de l’Europe et de l’Asie débordés de la Gaule et de la Germanie, subissant tour à tour les dominations les plus contraires, où rien n’était italien, pas même les rois d’Italie ?

Enfin quelques cités courageuses osèrent s’affranchir de ces tyranniques unités.

Ce fut d’une fédération que jaillit le premier éclair de la délivrance. La ligue des villes lombardes donna le signal. Bientôt, avec ses vieilles indépendances municipales, l’Italie retrouva les éléments de sa grandeur. Pise, Gênes, Venise, Florence, la firent de nouveau reine du monde. Petites par le territoire, puissantes par le courage et le génie, ces immortelles républiques rappelèrent les grandes républiques de l’antiquité et les surpassèrent plus d’une fois. Elles défendirent la chrétienté, protégèrent l’Église, continrent l’Empire, dominèrent l’Ol’iAl, civilisèrent le monde. Les unes rendirent à l ltalio la gloire de la conquête, les autres le sceptre des arts. Ce fut une splendide auréole au milieu de tant de siècles do confusion, d’oppressions et de douleurs.

Ainsi, dans l’Italie moderne comme dans la Grèce et dans l’ancienne Italie, l’imité fut la servitude, l’indépendance municipale fut la grandeur. Qui oserait comparer rnnité de la Grèce macédonienne ou romaine avec la glo-

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rieuse confédération des Thermopyles ou de Salamine ? Qui pourrait préférer pour ritalie la tyrannie des Césars de Rome ou de Souabe aux vieilles libertés de l’Élrurie, aux gloires modernes de Gênes et de Venise?

Ct cependant tel est le but inévitable vers lequel l’aveuglerncnt des novateurs cherche depuis longtemps à entraîner ses destinées.

Encore si l’état présent du monde pouvait ouvrir à l’unité de plus heureuses perspectives que le passé; mais j miais elle ne sembla plus périlleuse et plus étouffante qu’aujourd’hui.

L’unité ne servirait ni la civilisation ni la paix de l’itali : la prospérité des peuples ne se mesure pas plus sur l’étendue de leurs frontières que leur liberté et leur vraie grandeur. Athènes a vaincu l’Asie ; Florence a éclairé l’Europe. La Suisse s’est affranchie de l’Empire, et, malgré les atteintes portées par l’unité envahissante des révolutions à ses libertés héréditaires, le généreux montagnard des petits cantons se sent plus fier d’appartenir à l’aittique tribu de Guillaume Tell que d’être compté parmi les innombrables serfs qui défrichent les stoppes de la Russie, ou dans les millions de machines humaines qu’exploite la dévorante activité des manufactures britanniques.

C’est qu’on effet tout ce que la force gagne à l’unité, c’est presque toujours la liberté qui le perd.

C’est le travail incessant des siècles de combiner par •-..I., An,iU:hrp ces deux nuissances. nui font la vie

des sociétés. Les institutions constitutionnelles sont faites pour garantir les grands États contre les excès de l’unité, comme les unions fédératives pour préserver les petits des dangers de l’isolement et de l'impuissance. Une fédération de monarchies constitutionnelles consacre assurément la plus puissante organisation des peuples pour la liberté et pour la paix.

Un tel privilège serait digne de ritalie. Il lui serait donné d’associer l'antique et chère indépendance de la patrie du berceau avec l’unité tutélaire de la patrie du drapeau. Mais ses nouveaux maîtres ne lui permettent pas de jouir de tels bienfaits ; ils ne veulent l’inspirer, la gouverner, l’organiser que pour la guerre.

Et pourtant le temps est plus que jamais à la paix ; tous les cœurs aspirent à en jouir, tous les bras voudraient la féconder, L’Europe, épuisée par les luttes sanglantes de la République et de l’Empire, a goûté trente ans les bienfaits de la paix. Les progi’ès qu’elle a fait éclore l’ont rendue chère au monde, et le successeur de Napoléon b' a offert le plus éclatant hommage au vœu du temps en faisant de la paix le programme imprévu de sonnouvel empire.

Les guerres qui ont éclaté depuis n’ont été pour les peuples que des malentendus ou des surprises. Us les ont vues commencer avec regret, ils les ont poursuivies sans interrompre même leurs sympathies nationales. Et, malgré leurs triomphes, ils en ont pleuré les sacrifices et précipité la fin.

lü L’UNlTÈ ITALIENNE

Espérons que leur volonté unanime en préviendra le retour, et que les vœux de l’humanité prévaudront désormais sur les habiletés belliqueuses et les imprudences pacifiques. Puissent tous les intérêts comme tous les entraînements personnels se voir enfin contenus par la sauvegarde énergique de l’Europe !

La paix enfin devient de plus en plus l’état normal et nécessaire du monde. On ne se passionne pas longtemps pour les haines nationales, encore moins pour les ambitions dynastiques ; il en faut dire autant des conquêtes et des unités absorbantes, qui ne sont après tout que des conquêtes sur les libertés établies. De telles unités ne peuvent s’imposer que par la guerre et ne profitent qu’à elle. Elles froissent tant de droits, elles éveillent tant de résistances, qu’on ne peut les soutenir que par la concentration du pouvoir au dedans et la diversion de la guerre au dehors. <

Ce double spectacle en ce moment frappe tous les yeux.

La constitution suspendue, la presse eniravée, la dictature détruisant les lois et faussant jusqu’à l’inamovibilité des magistrats ; voilà jusqu’à présent les seuls fruits qu’ait produits pour les libertés piémontaises la poursuite de l’unité italienne.

Les manifestes aux populations slaves et les scandaleux embauchages de Ivossuth, voilà les présages de la paix qu’elle promettrait à l’Europe.

L'unité absolue de fltalie, c’est la compression révcil-

Les envahissomenls liynasliques n’auraient exploité l’une que pour subir promptement l’autre.

L’unité monarchique n’est qu’un pont jeté sur lepréci* pice pour rassurer les faibles et égarer les crédules. On se servirait bien vite pour le détruire de ces passions d’indépendance et de jalousie municipale qu’on n’aurait contenues un instant que pour les faire éclater par une explosion plus redoutable. Le grand royaume d’Italie aurait duré un jour, le pont aurait disparu dans l’abîme avec la vaste et fragile couronne que sa largeur nouvelle aurait privée de tous ses antiques appuis. Les ambitieux ne tarderaient pas à l’apprendre, il y a longtemps que les habiles le savent.

L’Europe le saurait bientôt aussi. Car l’unité italienne, c’est la guerre au dehors; c’est la politique remuante, téméraire, changeant sans cesse de projets et d’alliés, s’armant aujourd’hui par jalousie contre la France, demain par ressentiment contre l’Allemagne, après-demain pour ressusciter la nationalité polonaise ou réveiller la nationalité hongroise ; c’est enfin, pour la révolution, un trône ou plutôt un volcan dominant du haut de la Péninsule pour anéantir ses libertés et menacer la paix de l’Europe.

Et ce serait pour donner un tel spectacle que l’Italie abdiquerait l’indépendance de ses races et les traditions de son histoire ! Et ce serait pour atloindre un tel but quelle renoncerait à tout ce qu’elle a de plus cher! Elle

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lointaines frontières, une large conscription, une grosse dette, des emprunts et des impôts, des asservissements et des sacrifices !

C’est toujours, pour tous les esprits vraiment patriotiques et éclairés, un spectacle triste que de voir ainsi un peuple déserter la paix et la liberté pour courir au-devant du despotisme et de la révolution.

De nos jours, ces deux fléaux sont inséparables de la guerre ; on tenterait vainement de les en isoler. La paix et la liberté se soutiennent et se garantissent sans cesse par la force d’un mutuel appui. Mais le despotisme et la révolution viennent par la guerre et ne manquent jamais de l’enfanter à leur tour. Les traités ne sauraient être plus sacrés que les institutions : la violence qui brise les unes n’est pas loin de déchirer les autres.

C’est parce que j’en étais, pour ma part, profondément convaincu, que j’ai, de tous mes faibles efforts, combattu l’idée de la dernière guerre. Je ne me dissimulais pas les imperfections du statu quo, les torts des gouvernements, les griefs de l'Italie ; mais j’attendais peu de ces conflits armés qui font nécessairement prédominer les partis extrêmes et qui ouvrent ainsi devant les peuples une ère sanglante de révolutions et de réactions perpétuelles.

Ce n’était pas l'incertitude des combats qui inquiétait mon patriotisme. Contre l’Autriche seule le succès était

iiifijiiiim.^ •

Contre l’Europe, la tentative était impossible. Villafranca s’est chargé de nous le révéler.

Le plus difficile n’était^ pas de triompher de nos ennemis, mais de s’arrêter à temps, de se dégager de nos auxiliaires, et peut-être d’avoir à vaincre nos alliés.

J’espérais mieux de la paix : la paix prête force aux caractères modérés et aux esprits sages. Le temps, lu discussion, l’esprit du siècle, amenaient de nécessaires progrès.

Les réformes pouvaient avancer par les conseils désintéressés des négociations intimes bien plus que par la solennité calculée des protocoles. Cet éclat imprudent rend les concessions les plus légères impossibles à la dignité des rois et les plus larges insuffisantes à l’impatience des peuples ', il enlève aux uns les honneurs de la spontanéité et semble leur imposer une loi, au lieu de leur proposer un bienfait. Il exalte l’ardeur des autres, en rabaissant le pouvoir de leurs princes, et en faisant luire à leurs yeux la force des appuis étrangers. On ne décide jamais la raison aux nécessités pratiques de l’ordre, quand on éblouit l’imagination par les prestiges de l’utopie; on paralyse ainsi les réformes qu’on voulait; on déchaîne la révolution qu’on ne voulait pas.

Cependant j’espérais dans le sceptres! longtemps aimé de la Toscane, dans les antiques traditions de la maison d'Esle, dans la sagesse magnanime de la fille de nos rois. J’aimais à voir dans d’utiles réformes d’administration et

d(' finnncpc app.nmnlioc A Unmp 1p nrAlnar, rruinplipro.

L’UNITÉ ITALIENNE

lions pins importantes, qui sont écrites dans le cœur du Saint-Père comme dans les vœux de l'Église.

Naples touchait à un changement de règne. La mémoire du roi Ferdinand sera toujours en honneur, car il protégea l’exil du Père des fidèles avec le zèle touchant d’un filial respect, et il sut maintenir contre l’audace des factions et les menaces des plus puissantes couronnes l’indépendance de la dignité royale et la grandeur de sa maison. Mais sa fermeté n’avait pu échapper aux enivrements de tous les pouvoirs sans contrôle ; il s’èlait laissé circonvenir par des flatteurs et absorber par des préoccupations peu dignes de sa grandeur. Ce roi, resté populaire, s’enfermait dans son palais comme dans une citadelle, et semblait fuir les bénédictions de ses peuples, comme d’autres en fuient les anathèmes. Cet isolement avait entraîné des fautes et jeté des ombres sur ses dernières années. Mais on saluait l’aurore d’un nouveau règne comme destiné à les éclaircir, et tout semblait favoriser cette ère réparatrice, si elle n’était pas troublée par les guerres et les excitations du dehors.

Enfin, malgré mon peu de sympathie pour la domination étrangère de l’Autriche, je suivais avec une vive sollicitude les généreux efforts d’un jeune prince si élevé par l’intelligence et si grand par le cœur, qui a su se rendre populaire dans des contrées ennemies de sa i-ace. Lui seul eût pu acclimater l’aigle germanique sur le sol de la Lombardie, si ses sages projets, paralysés à Vienne et ca-

Digilized by Goc^le

(lainnés à périr dans l’ingralilude ou dans l'impuissance.

Je m’étais flatté que tant d’éléments d’espérance prévaudraient sur remportcment des passions; je comptais sur la médiatrice intervention des rois, sur le pacifique élan des peuples pour prévenir une guerre funeste au.\ intérêts de tous.

L’énergie des rois a fait défaut. Celle des peuples a déployé toutes ses forces, elle a tenu longtemps les volontés belliqueuses en échec, elle eiU rendu la guerre impossible, si la tribune eût été debout.

Si la tribune eût pu retentir en France et en Autriche, elle n’eût permis ni les provocations incessantes du ministère piémontais qui cherchait l’occasion de la guerre, ni rultimatum précipité du cabinet de Vienne qui l’a si fatalement donnée. Je n’accuse ni les peuples, que rien ne garantit contre les enlrainements des rois, ni les rois, que rien ne garantit contre les entraînements de leur propre faiblesse. H faut les plaindre tous, regretter seulement l’insuffisance des institutions et attendre le temps où la liberté doit couronner l’édifice.

Mais la Providence avait résolu que l’épée serait tirée, et qu’un sang généreux rougirait encore une fois les champs de l'Italie.

Notre armée y a versé des flots du sien, mais elle s’est immortalisée par des triomphes nouveaux qui n’ont rien li envier aux plus glorieuses palmes de nos pères.

nAvoîciHP IavomIp rosnnpf rlp

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rien n’a manqué ni à sa gloire ni à l’admiralion des peuples. Ses prodigieuses victoires ont étonné l’Europe, sa générosité a conquis la reconnaissance des vaincus, son incomparable courage a suppléé toutes les prévoyances, surpassé toutes les habiletés, vaincu toutes les bravoures.

Mais ce qu’elle a conquis de meilleur, c’est la paix. Son chef a su contenir son élan et modérer sa victoire; il s’est arrêté devant la crainte d’une coalition qui rendait la guerre interminable, devant un débordement révolutionnaire qui la rendait funeste.

Ceux qui avaient le plus maudit l’entraînement de la guerre ont béni le courage de cette paix. Elle laisse sans doute l’Italie agitée et le monde inquiet ; elle paraîtra à plusieurs tardive, quoique si prompte. Mais que fût-il arrivé si elle eût tardé davantage? Et que n’eût-elle pas produit, au contraire, si elle eût été exécutée avec la rapide énergie qui l’avait conclue?

Elle devait briser sans retour la chimère de runilé italienne; après un tel échec comment cette unité pourraitelle revivre?

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