‹ Rome et Bade dithyrambesChapitre 5 sur 6 · BADEN-BADEN · texte numérisé non relu

BADEN-BADEN

Pays deux fois oadhi.

Désœuvrés de Moscou, de Paris et de Londres, Pigeons de l'équateur et des rudes frimas, Touristes ennuyés e* Crésus hypocondres, Dupes de tous les rangs et de tous les climats, Accourez chargés d'or ! Venez par colonie Apporter les trésors de la Californie Au pontife de Bade, au vrai Messie hébreu : ' Rois du monde, rendez hommage au roi du jeu !

Les mages de Babel. d'Assur, et de Palmyre Offrirent à Jésus l'or, l'encens et la myrrhe ; Bénazet n'aime pas la myrrhe.... passe encor Pour l'encens.... Bénazet avant tout aime l'or. Ainsi donc, o joueurs! race abjecte et bizarre, Accourez ! Bénazet est un autre Pizarre.

' Le directeur des jeu»: s'u^f.etlc Ben-aiet de niélireii btn-uziih, qui tijsiiiDe fili de l'nUrr, huile, oi'ui. C'est ■'■juilil je le ■:|iiiililie dn nom J,:

De l'or î... Pour assouvir son appétit croissant. Tout l'or du Nouveau Monde à peine est suffisant. A sa table 1 o badauds ! * le Saigneur vous convie : Il vous prendra la bourse et peut être la vie ; 3 C'est bien : n'êtes vous pas ses nègres bruns ou blonds? À lui, tous vos louis, à lui, tous vos doublons !

Exploiteurs des humains, marchands, propriétaires,

Banquiers, agents de change, usuriers et notaires,

Vomissez ici l'or que vous avez pillé,

L'or des larmes du pauvre encore tout mouillé....

Engraissés des sueurs et du sang des empires,

Vautours, ouvrez le bec! Rendez gorge, vampires!

Le jour de la justice est enfin arrivé ;

Vous demandiez un maître et vous l'avez trouvé.

yi j'en crois des journaux les réclames pompeuses Et les descriptions brillantes et trompeuses, Bade est un paradis avec chemin de fer.

Mais ces bons Allemands l'appellent un enfer.* Suivant ce peuple fort.... sur la métaphysique Bade est une caverne où d'habiles voleurs Dévalisent les gens en les couvrant de fleurs, Et leur coupent la gorge au son de la musique.

I De jeu.

' /Waiii vient snns Joule île Bnil* [■[ ii-nilni Imiristr allant a Buiie. 1 [i n'es! ]ias rare que îles jiniiriir.- ruiné- se suieideiil. * fplrlkallt ; enfer île jeu.

Et vous, infortunes, parias, artisans, Ne craignez pas d'offrir vos modestes présents ; Du prêtre do Mammon l'indulgence est si grande Qu'il ne dédaigne pas la plus chétive offrande ; Il songe au temporel ; il accumule aussi Son denier de Saint Pierre et ne dit pas merci. Comme le Pape, il prend l'obole de la veuve, Le sou de l'orphelin ; pourvu que l'argent pleuve Il est content. Autour de sa personne, un chœur De poètes sans ame et d'écrivains sans cœur, 0 moquerie amère ! o comble de bassesse!

Vantent sa bienfaisance et sa haute sagesse.

"—Quoi dépouiller le pauvre? O crime! » Dites-vous.

— La morale convient aux bourgeois tels que nous.

Qu'on n'ait ni probité, ni loi, ni conscience

Cela peut révolter notre inexpérience,

Mais les forts, les puissants, les êtres surhumains,

N'ont pas tant de scrupule et prennent des deux mains.

La justice, l'honneur, sont une servitude

Faite pour contenir la vile multitude ;

Elle peut se plier à ce joug odieux :

Mais les révélateurs, les prophètes, les Dieux,

Se mettent au dessus de ees lois ridicules ;

Ose-t-on imposer des chaînes aux Hercules ?

En avant donc, roulez frédérics, souverains,

Louis, napoléons, roulez ! Roulez, florins ! 1

1 Le florin (S fr. ÏO c.) eal la mise la plui bassr.

in.

Eutre avec moi, lecteur, dans l'enceinte du temple Où l'on vient adorer le Hasard, et contemple Les autels où l'on offre à ce maître exigeant Non le sang des brebis, mais des piles d'argent.

Roulette! Dans ce jeu le monde se reflète.

Qu'est ce que notre globe? Une immense roulette.

L'herbe est le tapis vert, et nous, les numéros.

Les gagnants sont les rois, les princes, les héros,

Les élus du hasard avec ou sans mérite ;

Les perdants, sont tous ceux que le sort déshérite,

Les faibles, les maudits, les travailleurs enfin

Dont la vie est un long duel avec la faim.

Le mobile instrument qui tourne sur lui même,

De la création est le fidèle emblème;

Ainsi, tournent au ciel les astres éclatants,

Ainsi tournent les jours sur le cadran du temps.

La bille décrivant sa courbe aléatoire

Semble un événement qui passe dans l'histoire;

Il brille, il vole, il roule, il fait un peu de bruit

Et disparait bientôt dans l'éternelle nuit.

C'est le hasard qui sauve ou perd une entreprise :

C'est lui qui fait mouvoir les fils de nos destins ; 1

Les plus fiers conquérants ne sont que des pantins,

Que le hasard soulève et que le hasard brise.

1 J'aurais pu njniiier le* décorations île km! genre ; les prix de l'Institut, prix Moalhyon, prix Vulney ce.

("est lui qui tient les dés de la guerre et du jeu ;

Il est de l'univers le véritable dieu.

Les couronnes de roi qu'emporte la tempête,

('elles que l'on ramasse et qu'on met sur sa tête,

La femme qu'on rencontre, un soir, sur son chemin,

A qui d'une voix tendre on murmure : à demain ;

La gloire et le néant, le lis et la bardane,

La loi que nous absout, la loi qui nous condamne,

Hasard que tout cela! Qu'est ce que la vertu?

Un hasard! Par hasard on naît droit ou tortu,

Riche ou pauvre, idiot ou cloué de génie.

De notre premier pas jusqu'à notre agonie

Nous sommes du hasard la table et le jouet ;

Nous rampons sous son joug, nous tremblons sous son fouet.

Misérable troupeau que sans cesse décime

La tombe, où nous sombrons comme dans un abîme

Sans espoir de laisser — après tant de combats

De larmes, de sueurs, — une trace ici-ba3.

Parcourons les salons. A la clarté des lustres Observons les dandys et les évaporés, Les cuistres, les escrocs titrés et décorés, Les sommités d'un jour, les nullités illustres Qui viennent chaque soir étaler sur ces bancs Leur sottise, leur morgue et leurs bouts de rubans.

Approchons des autels. Mêlons-nous à !a foule Qui se presse béante autour du dieu qui roule.

Après avoir vingt ibis l'ait le tour du salon

I* voyageur oisif qui trouve le temps long

Se décide à tenter la fortune. Il échoue

Il recommence. Il perd. Plus il perd, plus il joue.

Qui joue est sûr de perdre et mil n'est épargné. Vouloir gagner au jeu serait du pédantisme.

S'il arrive à quelqu'un de dire : J'ai gagné.... C'est toujours quelque rhume ou quelque rhumatisme.

]£ naïf débutant ignore tout cela.

Cependant il s'obstine et, changeant de Pactole, Va du Trente-et-quaraute à la roulette folle; ("est comme s'il tombait de Charybde en Scylla.

Il joue, il perd encore. Il s'emporte, il foudroie. Il attend, sur le bord du gouffre dévorant, Que l'abîme affamé revomisse sa proie; 1,'abîmc prend toujours et garde ce qu'il prend.

Une nymphe fait signe à ce joueur novice, Et, lui prenant le bras, l'entraine loin du vice.

Regardons maintenant le joueur éhonté,

Main crispée, œil hagard, front sombre et dévasté.

Comme ces vétérans qui, sans verser de larmes,

Voient la mort balayer leurs vieux compagnons d'armes,

Il voit sans sourciller partir tous ses écus,

Kt. pour se consoler, dit : Malheur aux vaincus 1

Philosophe d'instinct, stoïque de routine, Avec indifférence il court à sa ruine, Triste martyr qui craint de se déshonorer, Il sourit au lion qui va le dévorer.

l"ne antre espèce encore attend notre anathème: C'est le joueur qu'on nomme un joueur à système. 11 couve un nouveau monde; il compte, avec aplomb, Sur une gloire égale à celle de Colomb.

Il passerait ses nuits dans l'infernal repaire; Il perd, il perd toujours et toujours il espère ! Il cherche le secret de n'être pas tondu ; I! le découvre enfin, quand il a tout perdu ! Inventeur méconnu que rien ne déconcerte, Il va partout prônant sa grande découverte; Tandis qu'en son pouvoir il n'a pas six liards, / Il va de porte eu porte offrir des milliards. Il s'engage à jouer pour des millionnaires.

Qui veuillent partager ses gains imaginaires; Il promet aux benêts 1 des terres, des châteaux, Pourvu qu'on lui fournisse assez de capitaux ; Donnez-lui de l'argent, car cela seul sur manque Et mon banqueroutier fera sauter la banque.

Enfin, toujours rêvant au précieux métal, Consumé de misère, il meurt à l'hôpital.

liai. Ces! ainsi rjue rrélia est, il.m. nulrr iineictiiie Inutile, le même injt que ehrèiicn. L':ii;i-i-|iii(<ii .■von. luire île ce mol tient & ce que ta cil rj liens primitifs élaii-nl île.) ilri-s inertes et imlilTiirrnls ;i Imite: les elinses île et monde rumine le sont les erilins irjujoiirilliiiï.

Le joueur est hideux. La joueuse est infâme; C'est la femme des Turcs, la femelle sans âme ! Elle exliibe aux regards insolents du public Sou front de maroquin, ses yeux de basilic.

Impudente, morose, insociable, avide, Son visage est un masque et sou cœur un sac vide. Autrefois, ses amants l'occupaient nuit et jour ; Maintenant, le jeu seul.... C'est son dernier amour. Elle est vieille, elle est laide et méchante et dévote. D'une petite rente à peine elle vivotte :

Cependant elle expose au jeu cet humble avoir ; Elle perd, elle perd.... tout... excepté l'espoir.... Au vice infatigable, au larcin même encline, En un mot, dans son genre, une autre Messaline. De la table maudite on ne peut l'arracher; La malheureuse y tient comme l'huître au rocher.... Elle se fait chasser de l'impure tanière ; Haletante, épuisée, elle en sort la dernière.... 1 Une froide sueur trempe son Iront vermeil.... D'affreuses visions traversent son sommeil.... Elle joue du dormant.... elle dit: Iiottge, noire.... Elle voit la roulette et la bille d'ivoire ; Elle compte et s'égare en calculs superflus; Elle entend retentir le sourd rien ne va plus! Elle perd, elle perd.... Par bonheur, c'est en songe, Mais elle ne veut pas que ce soit un mensonge. Le jour luit ; elle court au lieu d'iniquité, Et le songe devient une réalité.

■ ■ .... et i[uuJ jioliul, la roi; il ullimu cdlutu Relliiiuil . . . . * Jrr.

Pendant qu'un joue ainsi la musique fait rage. Elle rend au joueur l'espoir et le courage ; Le plus irrésolu par elle est raffermi.

Comment ait son du cor retourner en arrière?

Ainsi, dans les combats la trompette guerrière Excite le troupier à charger l'ennemi.

0 profanation des plus célestes choses!

Prostituer les lis, fouler aux pieds les roses! 0 Mozart, Beethoven, Rossiui, Meyerbeerj Bellini, Mendelssolm, Donizzetti, Weber, Lorsque vous moduliez, doux et puissants génies, Vos chants mélodieux, vos graves harmonies, Si vous eussiez prévu que ces accords si beaux, Exerceraient un jour l'orchestre des tripots, Vous eussiez, accablés de honte et d'amertume, Arrêté le torrent de vos créations, Brisé le clavecin et jeté loin la plume, Qui servait à fixer vos inspirations.

Fuyons le tapis vert et l'immonde couronne De sottes et de sots qui toujours l'environne. Fuyons cet or qui pleut, stérile capital, De tant de vrais plaisirs source trop ignorée, Et les croupiers blafards et !e râteau fatal Qui ramasse sans cesse une moisson dorée....

Errons sous ces massifs et sur l'émail des prés ; Bien dans ces bois charmants n'émouvra notre bile :

À la chaste Diane ils semblent consacrés :

On y trouve la fleur des nymphes do Mabile.... Les biches de Bréda, riches à millions Traînent ici leur cour de cerfs et de lions.

Mais qu'est-ce donc que Bade?— Une longue vallée

Dont le fond est coupé par une longue allée;

Un village coquet dans un bassin étroit

Où l'hiver le plus chaud est frais et presque froid.

Où pour un .jour serein on a six jours do pluie,

Où l'on se livre au jeu parceque l'on s'ennuie ;

Un établissement curatif et thermal

Dont la merveilleuse eau ne fait ni bien ni mal ;

Un parc anglais où règne un ordre académique;

Des chalets empruntés à l'Opéra comique;

Des sentiers bien sablés ; des arbres alignés,

Par la main du coiffeur pommadés et peignés;

Deux chaînes de coteaux où maint vallon s'enclave

Mais qui de tous côtés bornent la vue esclave ;

Aucune perspective.... enfin, un cul de sac.

Oh, qu'on me donne, en Suisse, un coin, au bord d'un lac ;

Voilà le vrai séjour du poète et du sage !

Paysage sans eau n'est pas un paysage :

C'est un salon sans glace, une tête sans yeux.

L'eau repose la vue et réfléchit les cîeux.

Un lac avec ses bruits, ses jets d'ombre et de flamme,

Son courroux, son sourire.... est l'image de l'ame.

Rendez-moi ces grands monts, ces sapins toujours verts, Ces glaciers éternels rayonnant au travers, Ces cimes dont la neige éblouissante et chaste Avec l'azur des flots forme un si beau contraste, Ces sauvage torrents brisés en tourbillous, Et ces bateaux légers comme des papillons...

C'est là, c'est là qu'on peut avec une Haïdée, Etre heureux en effet.... ou du moins en idée.

De Bade en un clin d'œil on se rend à Strasbourg. L'une est la métropole et l'antre le faubourg. Strasbourg ville allemande, illustre et sépulcrale, Que de Vauban encor protègent les travaux.... Par ses pâtés de foie et par sa cathédrale Strasbourg se recommande aux gourmets, aux dévots.

Son église a l'aspect d'un caveau mortuaire Dont la tristesse inspire une secrète horreur ;

Et c'est bien là le Sanctuaire

D'un culte enté sur la terreur.

Il ne s'est propagé qu'en étouffant les âmes, Qu'en évirant les corps avec sa main de fer.

11 ne s'est maintenu qu'en livrant l'homme aux flammes Du Saint Office et de l'enfer.

Les Parlements, les Saints Offices, Tigres que la pitié n'a jamais amollis, Reprirent en son nom les sanglants sacrifices

Que la Grèce avait abolis....

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Le Pontife romain fut lo grand victimaire.... 0 Christ ! Ta croix à peine eut-elle triomphé. On dressa des bûchera en l'honneur de ta mère;

Et, par une ironie amère, L'hécatombe chrétienne eut nom auto-da-fé. 1

De piliers monstrueux entassement barbare,

Temple profond ! je te compare Aux vastes souterrains consacrés à Bouddha.

J'aborde avec effroi cette nef embrumée Et ces arcs qu'on dirait noircis par la fumée

Des bûchers de Torquemada.

On croit voir une morgue où les papes rassemblent Les restes de tous ceux qu'ils ont assassinés. Ces idoles de Saints et de Saintes ressemblent A des eadavres calcinés.

Quand le soir plante.au ciel sa tente violette, Quand avec tous les feux s'éteignent tous les bruits, Que le clocher à jour décalque son squelette

Sur le front étoile des nuits ; J'évoque le passé.... De mitres et de crosses L'air s'emplit.... vingt bûchers se dressent devant moi Sous les pieuses mains de ces béats féroces, Qui tuaient leur prochain en lui prêchant la foi.

' Aalada-fé, mol portugais que signifie aele ,h fot.

Le signal est donné.... les victimes s'allument Et brûlent comme des flambeaux Et de leurs chairs qui so consument

Les prêtres affamés s'arrachent les lambeaux....

Ministres de Satan, fuyez ! Etres funèbres,

Hommes noirs, il fait jour; rentrez dans les ténèbres!

Apôtres de l'enfer, voici la charité !

Apôtres de l'erreur, voici la vérité !

Même la multitude ignorante, insensée 1

Connaît vos noire desseins, bourreaux de la pensée!

Eloignez-vous de nous : c'est l'heure du réveil :

Le hibou disparaît, quand paraît le soleil!

ilics; ils savent ilei formules qui conjurent I e tort, nui font le beau Inops tt U |ililie, qui changent les loi; de la nuline. Leur messe est un inaU- Bec el leurs prière» sont îles r\orrismrs.

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