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rences religieuses avec Démétrius et reçu Tabjuration du prince entre ses mains. Telle était sa réputation de prudence et de tact, que le nonce Rangoni tenait excessivement à le voira Moscou. Renonçant au dessein qu'il avait d'abord conçu de Py envoyer avec le comte Alexandre, il lui donna Tordre d'accompagner Marine (1). Aucune tergiversation n'était à craindre de la part du jésuite, car une lettre du pape était venue confirmer les dispositions prises par le nonce, qui rentraient du reste dans les vues des supérieurs de la compagnie.
Le 26 janvier. Marine, accompagnée de son père et d'une suite nombreuse, se mit en route pour Moscou (2). Sigismond avait donné un privilège à Mniszech, qui le mettait à l'abri de toute poursuite judiciaire pendant son absence, Démétrius avait largement pourvu aux frais du voyage, et quoique mécontent du silence de Marine, il demandait avec instance qu'on accélérât le départ (3). Force fut donc de s'y résigner malgré les rigueurs de l'hiver. Deux jours après, le P. Sawicki partit dans la même direction avec le frère coadjuteur Laurent Opoczny. A Dembowiec, le jésuite s'aperçut que sa nouvelle position ne laissait pas que d'être délicate, car bien qu'il fût le chapelain de la caravane, la veille de la Chandeleur, Marine voulut se confesser à un prêtre séculier. Ces procédés de la
(1) Le 27 janvier 1606, le P. Sawicki écrivait de Cracovie au cardinal Borghése : « Idemque (Claudins Rangonius) ante menses aliquot ablegavit etiam nepotem suum in Moschoviam^ gravissimis adductus rationibus, et ad mentem SS™* ncc non Sereniss.™* Régis nostri exactissime ponderatis at^ae me quoque socium itineris illius adjungere cogitabat, sed certas ob causas mutavit postea consiliam. Nimirum ut adjungeret potius in comitatu Ser.™"* Ducissae Moschoviae et Ili™* 0. Palatini Sendomirien. parentis illîus, quod jam omnino etiam per^ fecit prudentia et vigilantia suâ singulari. >
(2) Dans la description du voyage de Marine le P. Wielewicki nous servira de guide. L'exactitude de son récit ressort de la comparaison avec le Journal de Marine traduit par Oustrialov {Récits des contem-* poralns^ 1. 1) sur les manuscrits recueillis par Albertrandi.
(3) Voir le curieux post-scriptum dans la lettre de Stanislas Buczjoski datée de Moscou, 27 déc. l&^»(CoUecHon Roiimianzov, II, 113.)
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future tsarine dérivaient d'un motif aussi naturel que raisonnable, qui ne tarda pas à se manifester lorsqu'on fut arrivé à Sambor. Habituée dès Penfance à la direction spirituelle des Pères Bernardins, Marine voulait rester fidèle aux souvenirs de sa jeunesse et ne pas confier à d'autres religieux les secrets de sa conscience. Il fut donc décidé, — au grand contentement du P. Sawicki, qui déclinait ainsi une lourde responsabilité, — que quatre religieux de Saint François accompagneraient Marine et qu'ils auraient la haute direction des aflaires spirituelles. Des rapports de mutuelle courtoisie s'établirent aussitôt entre les Bernardins et le jésuite et on reprit hardiment le voyage. Lorsqu'on passait par des villes, où il y avait des collèges de la Compagnie, la tsarine ne manquait jamais de les visiter, et elle y était reçue avec les honneurs dus à son rang. A Nieswiz, les Polonais ne cachèrent pas leur étonnement de voir dans un pays si éloigné un collège qui aurait été digne de la capitale. Une impression d'un autre genre les attendait à Orsza. Les voyageurs y saluèrent avec émotion la dernière église catholique de ces pays limitrophes de la Moscovie.Sur le point de quitter le sol natal, le P. Sawicki exhorta ses compagnons à bien considérer la gravité des circonstances dans lesquelles ils se trouvaient. Dorénavant ils seraient tous en contact journalier avec des schismatiques, ennemis traditionnels de la Pologne ; il fallait donc les édifier par de bons exemples et tâcher de les gagner par la charité. Enfin, le 18 avril, on franchit le pont qui sépare les deux pays. Un monde nouveau s'offrit alors aux regards étonnés des voyageurs : usages, costumes, physionomies, tout enfin portait une empreinte étrangère qui frappait les Polonais. Averties par les autorités, les populations accouraient de toutes parts pour saluer leur souveraine et lui offrirle pain avec le selj antique usage, par lequel les Russes témoignent leur soumission à leurs maîtres. Dans les bourgs et les villes plus riches on y ajoutait du vin, de l'hydromel et de l'eau-de-vie. A la tête de
ces populations se trouvaient tantôt le pope de Tendroit, tantôt quelque dignitaire. De temps en temps le rapprochement entre les Polonais et les Russes devenait inévitable. Le P. Sawicki relève surtout une conversation assez caractéristique qu'il eut avec quatre seigneurs russes à Wassilévitch. Leur premier soin fut de s'informer en détail s'il était du rite grec ou latin, prêtre séculier ou simple moine, si Marine avait des prêtres grecs ou serbes avec elle, et si les prêtres catholiques étaient nombreux. Le P. Sawicki s'efforça de satisfaire leur curiosité sans manquer aux lois de la prudence.
A Loubno, village situé près de Krasno,MassalskietNaghi, avec une suite brillante de deux cents cavaliers, vinrent à la rencontre de Marine. Le 20 avril, ils se présentèrent au palatin et Massalski, qui jouissait parmi les siens du renom d'éloquence, le félicita dans un long discours de ce que sa fille eût été préférée par son maître à toutes les autres princesses chrétiennes. Après une courte entrevue avec Marine, les seigneurs russes se retirèrent dans leurs modestes logis. Le lendemain, il y eut un frémissement d'admiration dans le peuple à la vue des équipages magnifiques amenés de Moscou. La voiture destinée pour Marine attirait surtout l'attention. Elle était traînée par douze magnifiques chevaux blancs et avait la forme d'une maisonnette élégante, recouverte au dehors de brocard et de soie, et garnie au dedans de velours et de peaux de zibeline, espèce de magnificence fort affectionnée par les tsars. Le cortège de Marine prenait ainsi un aspect vraiment royal. En dépit de ces apparences fastueuses et au grand étonnement de tous, les voyageurs ne purent se louer de l'accueil qui leur fut fait par le voïévode de Smolensk. Soit prudence, soit haine des Polonais, celui-ci ne voulut permettre ni à Marine ni à son père d'entrer dans la forteresse. Ils durent se contenter des honneurs qui leur furent rendus en ville par les troupes russes, revêtues de beaux costumes rouges.
La dernière étape de ce long et fatigant voyage fut entre
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Wiazma et Moscou, à quelques verstes seulement de la capitale. On avait dressé au milieu des champs de belles tentes, dont la principale se distinguait par un luxe vraiment oriental. Elle était tendue à l'intérieur de riches tapis, une précieuse image du Sauveur lui servait d'ornement et tout autour de la corniche, les érudits pouvaient lire le psaume xx, élégamment écrit en quatre langues dififérentes. C'est dans cette tente que Ton célébrait chaque matin les saints mystères sur un autel portatif, et que Marine remplit ses devoirs religieux le 12 mai, jour fixé pour l'entrée solennelle à Moscou. Elle voulut cette fois se confesser au P.Sawicki,quilui adressa, après la messe, quelques paroles bien senties pour lui recommander la religion catholique et la Compagnie. Il demanda aussi la faveur d'avoir un facile accès à Moscou, tant auprès d'elle qu'auprès de Démétrius. Les promesses les plus rassurantes furent la seule réponse de Marine, toute préoccupée des préparatifs d'étiquette.
A cette occasion, Russes et Polonais luttèrent de magnificence. Au son des trompettes, des cymbales et des cloches, le cortège entra dans l'antique capitale des tsars, étonnée de Pentente cordiale qui unissait en ce moment les deux peuples rivaux. Les Russes l'emportaient par le nombre et l'éclat de leurs habits, les Polonais se distinguaient par leurs belles armures. L'héroïne du jour, resplendissante de beauté, était dans un char magnifique, traîné par douze chevaux blancs ; des deux côtés les principaux boyars l'accompagnaient à pied ; elle descendit en arrivant au couvent de l'Ascension où se trouvait la tsarine douairière, ce qui fit une excellente impression sur le peuple, car le bruit ne manqua pas de se répandre qu'elle devait y abjurer V hérésie latine. Une épreuve assez dure l'y attendait. Marine désirait ardemment assister à la sainte messe le jour de la Pentecôte, mais ses plus vives instances restèrent sans effet : aucun prêtre catholique ne fut admis dans l'enceinte sacrée, qu'on aurait cru profanée par
sa présence. Le fait était grave et de mauvais augure pour l'avenir.
Le lendemain même de l'arrivée, le 13 mai, Démétrius reçut en audience solennelle tous ceux qui avaient accompagné Marine à Moscou. Deux heures avant midi ils furent appelés au palais et chacun à son tour s'approcha du tsar pour lui baiser la main. Après quoi Martin Stadnicki,castellan de Sanoc, félicita Démétrius, dans un petit discours, d'être monté sur le trône de ses pères et fit des allusions délicates à son alliance avec Marine, qui devait servir de type à l'alliance des Russes avec les Polonais. Athanase Vlasiev, l'orateur officiel du K]femlin, donna la réponse exigée par l'étiquette.
Ce fut alors qu'on introduisit les deux ambassadeurs du roi de Pologne, Nicolas Olesnicki et Alexandre Gonsiewski (1). On comptait beaucoup sur leur prudence et leur habileté, d'autant plus que Gonsiewski avait parfaitement réussi, l'année précédente, à Moscou, comme on peut s'en convaincre d'après les actes diplomatiques qui s'y rapportent et qui sont parvenus jusqu'à nous (2). Mais les choses ne se passèrent pas cette fois d'une manière si pacifique. Il se produisit un incident fâcheux qui aurait pu avoir les plus graves conséquences. Démétrius était inflexible sur son titre prétentieux d'empereur et de césar. Or, dans son discours, Olesnicki, fidèle aux instructions de sa cour, se contenta de le nommer grand-duc. L'émotion du tsar fut visible, elle s'accrut encore lorsqu'il vit que la
(1) Le Journal de ces ambassadeurs, écrit à Moscou en 1606 a été publié par Tourgueniev (^Ì5^ iîwwwe mon., II. lxxvii) sur les manuscrits recueillis par Albertrandi.
(2) Collection Roumianzov, II, 96, 97. Nous ne relèverons qu'un seul passage dans ces documents. Gonsiewski se plaint au nom du roi que les marchands polonais ne sont pas bien traités à Smolensh et Démétrius promet d'y porter remède. D'après Tacte du 12 juin 1604 {Collection RoumianzoVy II, 79) la principauté de Smolensk devait passer à Sigismond et à Mniszech. Gomment concilier ces deux faits ? Le roi aurait-il demandé l'intervention du tsar dans un pays, qui de droit, était déjà le sien? Aurait-il parlé de Smolensk sans faire la moindre allusion aux promesses de cession?
même expression figurait dans la lettre, qui lui fut remise de la part de Sigismond. Il ne voulut pas la recevoir et Vlasiev déclara sur son ordre qu'il n'y avait personne en Moscovie qui portât ce titn?. Les fiers Polonais n'étaient pas hommes à dévorer en silence une semblable injure : ils demandèrent à rompre sur-le-champ toutes les négociations. Là-dessus une discussion directe s'engagea entre les ambassadeurs et le tsar. Celui-ci s'exprima à peu près dans le sens du mémoire sur la dignité impériale, dont il a été question plus haut : Dieu seul était au-dessus de lui, il possédait les mêmes droits que les Assyriens, les Mèdes et les Romains, plusieurs souverains l'avaient appelé César, lui et ses prédécesseurs. Rompus aux affaires, les Polonais se gardèrent bien de toucher au fond de la question et se renfermèrent dans les formalités. Le roi de Pologne, disaient-ils, ne peut changer les formules d'étiquette sans le consentement de la Diète, ni la Diète sans une convention diplomatique spéciale. Or, rien de tout cela n'est encore réglé, ils ne pouvaient par conséquent changer de langage sans trahir leur devoir. Leur fermeté fit impression surDémétrius et les conseils de la modération prévalurent dans son esprit. Il essaya cependant de se tirer d'embarras par une demi-mesure, en offrant aux ambassadeurs de lui baiser la main comme simples particuliers et non comme personnages officiels. Olesnicki s'y refuse. Démétrius consent qu'ils s'approchent comme ambassadeurs. Olesnicki s'y refuse encore à moins. que la lettre ne soit reçue. Bon gré, mal gré, il fallut céder, Vlasiev fit des réserves pour sauvegarder les droits de Démétrius, les ambassadeurs baisèrent la main du grand-^icc, celui-ci reçut la lettre de Sigismond III. Après cela, on ne pensa plus qu'à se préparer aux fêtes du couronnement de Marine.
La cérémonie fut fixée au 18 mai. Deux jours auparavant. Marine vint habiter le palais du tsar, où de magnifiques appartements l'attendaient. Dans la nuit du 17 au 18, le son des
cloches annonça aux Moscovites révénement qui allait s'accomplir. Le Kremlin se remplit peu à peu de curieux ; enfin, vers midi, Démétrius et Marine se rendirent à la cathédrale de l'Assomption, où l'usage antique veut que les tsars et les tsarines soient couronnés. Le palatin de Sendomir et la princesse Mstislavski accompagnaient le jeune couple, quatre ryndys le suivaient, ainsi que les boyars en grand nombre, vêtus de kaftans en drap d'or. Sur le seuil du temple, il fut reçu pas le patriarche Ignace, entouré d'évêques, d'archimandrites et du haut clergé. On commença aussitôt les longues cérémonies du couronnement. Russes et Polonais nous ont laissé là-dessus quelques détails (1), tous s'accordent à dire que Marine a été couronnée d'après le rite grec, on ne saurait cependant affirmer d'une manière péremptoire qu'elle ait reçu la sainte Eucharistie des mains du patriarche schismatique. Les ambassadeurs polonais disent expressément qu'elle se retira dans la sacristie pour y accomplir ses devoirs religieux, ce qui semblerait indiquer une exception à la règle générale; le P. Wielewicki, qui avait sous les yeux les notes du P. Sawicki, ne parle que des onctions royales; le dispositif du couronnement, publié dans la Collection Roumianzov, annonce bien la communion du tsar et de la tsarine, comme devant avoir lieu, mais ne dit pas comment la chose s'est passée. En présence de ces incertitudes, nous croyons devoir laisser la question indécise.
Le banquet d'étiquette fut remis au lendemain et au grand scandale des Moscovites d'ancienne roche ainsi que des Polonais bien pensants, le vendredi de Pentecôte, qui coïncidait cette année avec la fête de saint Nicolas, se passa en festins, accompagnés d'une bruyante musique. Les réjouissances
(1) Voir VAarleiine Bibliothèque de Novikov, Moscou, 1790, t. XIII, p. 115; le dispositif du couronnement de Marine dans la Collection Roumianzo\\ II, 1.38; le Journal des arabassideiirs polonais et le P. Wielewicki.