DEUXIÈME LETTRE
Liverpool — W'illesden et ses souvenirs — Londres : “ Time is money !” — Le clergé catholique — Physiononie du peuple angluis — La cathédrale de Cantorbéry.
# à CaxrorBéry, le 27 novembre 1893.
SRIVERPOOL, vous le savez, est une ville 7% de nouvement et d’une grande activité d) commerciale, mais en somme peu intéressante. Elle possède Lien quelques monuments religieux de certaine valeur, trois Ou quatre points de ralliement pour les touristes ; et après? Oh! de la fumée plein 4 lesyeux, du brouillard, une atmosphère qui vous prend À la gorge, de fréquentes averses, un air froid et humide k qui vous pénètre jusqu’à la moelle des 08, des rues 4 sales, boueuses, éclaboussantes.. Admirez done cela, si M vous le pouvez!
PA DU D RTE À DE DR nr
Ce qui vaut infiniment mieux, c'est que, comme la plupart des villes du nord de l'Angleterre, Liverpool a joliment bien résisté aux assauts du protestantisme : on y compte vingt-sept églises catholiques et un évêché, Cependant, il y a mieux que cela : dans la ville di Preston (de Priest-home, dit-on), on trouve tout autant de catholiques que de protestants, et encore ces derniers sont-ils des rapportés.” Mais passons,
Il me tarde d'arriver à Londres où plutôt à Notre- Dame de Willesden, dans l’un des faubourgs les plus importants de la métropole.
Parti de Liverpool à 10 heures du matin, le 24 novembre, j'arrivais vers les deux heures à Willesden et allais frapper tout droit à la porte du couvent de Jésus-Marie, J'étais ici un inconnu ; mais, grâce À une lettre de présentation que m’avaient donnée les dames de l’académie Jésus-Marie (Sillery), l'accueil fut des plus sympathiques. Immédiatement on appelle au
parloir deux Canadiennes distinguées : Sœur Sainte- Joséphine et Sœur Saint-Edmond, (nées Barnard, E. A.).
Nous lions bien vite connaissance, et a10c anelle anima-
tion nous parlons de notre cher ;à1+ de: parents, des amis de là-bas! Les questions se pressent, se croisent de part et d'autre... Qu'il est doux de rencontrer des
compatriotes en pays étranger !
Notr
Henri !
celebre, iniracul en 153€ maître, talemer Walsin, toutes t coup fat de Cell près de Aujo liques, ( ainsi qu Cologar tiques, € Avou secondé Marie.
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Notre-Dame de Willesden n’a plus, hélas ! au point
le vue catholique, l'importance d'autrefois, Avant | Henri VIIT c'était, on le sait, un lieu de pèlerinage | celebre, De toutes parts, on venait y vénérer l’image miraculeuse de Notre-Dame, Mais un jour, — c'était en 1536, — obéissant À l'ordre inique de son «imable maître, Cromwell, de sinistre mémoire, s'empare brutalement des statues de Notre-Dame de Willesden, de
Walsinghan, d'Ipswich, et les brûle publiquement |
toutes trois... Ce fut pour Willesden en particulier un coup fatal. La foi disparut avec cette image vénérée de Celle qui est le marteau des hérésies, Et il fallut près de trois siècles pour y rétablir le vrai culte, Aujourd'hui, grâce à Dieu, on y trouve 609 catholiques, et le nombre en augmente graduellement. C'est | ainsi que le curé actuel, un brave Irlandais, le R. Père Cologan, reçoit l’abjuration d’une trentaine d’héré- ! tiques, chaque année, Avouons que le saint homme est merveilleusement secondé dans son apostolat par les Dames de Jésus- | Marie. Quand ces bonnes religieuses vinrent bravement se fixer, il y a six ans, dans ce centre protestant, —qui comptait À peine six familles catholiques, — les sectes s'émurent ; ct, pour faire pièce à la communauté de Jésus-Marie, elles établirent, à leur porte, un superbe
couvent de Sisters quelconques. On croyait par ce
daux off
moyen, enrayer le courant, couper les vivres aux Dames
françaises, en un mot empêcher les protestants d'aller Æ deen !, à Jésus-Marie…., Il n’en fut rien. On continue tou Æ en jours à demander aux Sœurs catholiques le haut ensci- À causion:
gnement, l'éducation choisie, la formation supérieure nage s’4 qu'on ne trouve que chez elles. Les plus brillants à Dao succès couronnent annuellement les examens. Si bien 1 patriote qu'un jour ou l’autre, — on le prévoit, — les Sisters M teur éta
s’en iront armes ct bagages, ct les religieuses de Jésus- parle at
Marie s’installeront triomphalement dans le couvent D Nous rival. 3
Æ va sans Honneur done à la fondatrice de Willesden, la révé- M ce jour ( rende Mère Saint-Ephrem, aujourd’hui Supérieure à pas à Ï Sillery ! Honneur aussi À ses dévouces coopératrices l'ancien
tion. C
parti rl.
qui continuent magistralement son œuvre !
Il y à peu de monuments remarquables À visiter ici.
Mais comment résister au plaisir de voir l’ancienne intestinc église de Notre-Dame, devenue St Mariÿs Church ? Elle est petite et appartient au genre rococo. L’ab- Tond = à — : ondi side est du XVIe siècle. On voit, à gauche, la niele Es : k i k y aller, 1 où trônait la statue miraculeuse ; À droite, une pein- Cette
ture moderne représente Marie au bereeau, avec l’insjours du
cription caractéristique : “ Naissance de la Vierge A
ï $ vi ñ à ’ As & VE
Marie” La Vierge Marie! O testimonium anime Les
étoiles,
naturaliter christianæ !
C’est dans cette église célèbre que Gladstone assiste
vres aux Dames testants d'aller \ continue tous le haut ensciion supérieure plus brillants mens, Si bien ,—les Sisters euses de Jésus-
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lesden, la révé- | Supérieure à s Coopératrices re !
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dstone assiste
Aie
aux offices, quand il vient rendre visite À lord Aber- : leen |, 4 Ce matin, j'étais l'hôte du R. P. Cologan. Nous causions tranquillement, lorsqu'un troisième person- ® age s'annonce tout à coup par ce salut : “ God save 0 lrlund!"? Je me retourne pour serrer la main de ce 0 patriote irlandais, Quelle surprise ! Notre interlocuteur était tout simplement un Verl- Vert, qui, ma foi, parle autrement mieux que celui de Gresset..
4 Nous voilà du coup lancés dans le Æome Rule. Il Æ va sans dire que les fils de la Verte-Erin entrevoient 0 ce jour de délivrance, bien que les nuages ne manquent Ù pas à l'horizon. Après Gladstone, Edward Blake, 0 l'ancien chef libéral can | en, est homme de la situation. On croit générale.uent qu’il sera le leader du parti irlandais et qu'il réussira À apaiser les discordes intestines. Tant mieux !
UE
Londres est À une demi-heure de Willesden ; il faut y aller, ne fût-ce qu’en passant.
Cette ville est maussade, surtout en automne: tou- Jours du brouillard agrémenté d’averses. Ne cherchez
as à vous guider sur le soleil, encore moins sur les À Le») ?
1— Aujourd'hui gouverneur-général du Canada.
étoiles. Et comme l’air est humide, glacé ! IT avait
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joliment raison cet observateur qui disait : “ La lune de Naples chauffe plus que le soleil de Londres”... Bien que nous ne soyons pas dans la ville-lumière, ct qu'en plein jour il fasse presque aussi sombre que dans le royaume de Pluton, il règne partout ici une activité extraordivaire. Londres est incontestablement la plus grande métropole commerciale du monde. Dans les rues, c’est un va-et-vient continuel et, la plupart du temps, une circulation à double étage, grâce aux chemins de fer souterrains. Comme le dit si bien M. le juge Routhicr, ‘ à certains endroits, s'ouvrent sous vos pas de gigantesques entonnoirs, et si vous descendez leurs longs escaliers en spirales, vous arrivez à une gare où passe un train toutes les cinq minutes. C’est là qu’il ne faut pas être lent à monter en voiture, ar chaque train, pressé par celui qui le suit, s'arrête à peine à chaque gare, et repart aussitôt avec la rapidité de l'oiseau ! C’est quelque chose d’effrayant d’entendre hurler ces monstres au fond de ces abîmes et de les voir s’élancer dans la nuit sombre pour ne retrouver qu’à l’entonnoir suivant un pâle rayon de lumière.” Vous le voyez, pour les Anglais comme pour les Américains, time is money !
Mais si les Anglais ont la bosse de l’industrie et du commerce, ils n’ont pas, en revanche, celle des beaux. arts, À quoi bon aussi ? Est-ce pratique ? Et d’ailleurs
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Cromwell ne les a-t-il pas proscrits en haine du catholi-
cisme ?.. Soyons juste. Si, dans ce pays du confort, le
culte des arts laisse À désirer, néanmoins il y fuit
aujourd’hui de réels progrès.
D'une autre part, pour suppléer aux productions
indigènes, on a le talent d’accumuler dans les musées
de l'Etat les chefs-d’œuvre de l'étranger. Les Anglais
sont de rudes collectionneurs, Visitez, par exemple,
le Musée britannique ; d'après l'écrivain cité plus haut,
“ses collections d’histoire naturelle sont les plus
considérables qui existent, et je n'ai trouvé ni dans les
musées français, ni dans ceux d'Italie, une aussi
colossale exhibition de mammifères, de poissons, de
serpents, d'oiseaux, d’insectes, de coquilles et de ; ; ; l
minéraux, le tout rangé et classifié dans un ordie
parfait. — Un colosse antédiluvien y remplit toute une
salle : c’est le mégathérium. Sa charpente osseuse
ressemble au squelette d’un trois-mâts naufragé que
l'on apercevrait sur un rivage désert. Le déluge nous
a débarrassé de cet animal, et c’est bien fait.” — C’est
égal, ce colosse à dû faire fureur en son temps, et je
n'hésiterais pas à lui donner pour épitaphe : ‘ Sta ?
viator, herom calcas.”?
Pour abréger, visitons rapidement, et sans les décrire,
l’abbaye de Westminster, la Cathédrale de Saint-Paul,
la Tour de Londres, le Palais de cristal, la Galerie de , ?
Madame Tusseaud, et, parmi les églises, celle des Pères
Jésuites, si belle et si riche en marbres variés, ete, **x Ce qui, peut-être, vous intéressera encore davantage,
ce sera, je pense, le tableau suivant, qui vous donnera
une idée du grand nombre de prêtres que possèdent
l'Angleterre et la Principauté de Galles :
Diocèses Prêtres MVORUNINRIOL En rer nenagee TN AE sr «. 220 OR a 107 AL OLIS Les 100 M nr mcntomen tandis 112 TON RE a 405 NOMABMDION EE Barre 58 NOTA DNA eenipner crovrre ve LE DR RE ee © 97 FOMEMOUTLR, à eve oeria sacre 109 LS BOUT es eee curseurs sercracers OÛT
Ce clergé se recrute en bonne partie en Irlande. Toutefois, juste ciel ! quand done pourra-t-on appeler de nouvean ce pays l'Ile des Saints ?
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Avant de dire adieu aux fils d'Albion, crayonnons
riés, ete,
à la hâte leur physionomie. — Au physique, les Anglais
sont grands, robustes ct généralement bien faits. Leur
teint est blanc ou rose, leurs cheveux blonds ou l'oux.
re davantage,
— Ils sont également bien bâtis au moral; leur carac-
"ous donnera
tère est réfléchi et leur jugement droit.
jue possèdent
De plus, personne ne niera que les Anglais ont
avant tout, le culte ct le respect de la constitution. La Grande-Charte, ils l’adorent, Grâce À cctte vénéra- ,
Prêtres ss 008
tion de la loi et de l'autorité, leurs gouvernements
sont stables, — Reconnaissons aussi l'esprit de tolérance
—— religieuse qui se manifeste de plus en plus chez eux. [l ue L'Eglise romaine n’a pas à lutter contre le fanatisme |: — “ie d'autrefois. Et les conversions au catholicisme sont À | = eo l'ordre du jour, | ee. #*%x | | ss 18 il =. 07 Quoi qu’il en soit, ne restons pas à Londres plus I 109 longtemps qu’il ne faut. Pourquoi n’irions-nous pas, k … 061 par exemple, passer le dimanche à Cantorbéry, où nous | …. 807 appellent tant de souvenirs ? |
L! était À peu près trois heures de l'après-midi, le 26 novembre, quand j'arrivai chez le R, Father Power, le colossal curé de Saint-Thomas de Cantorbéry, On
en Irlande.
-on appeler
nan ner ane
le disait bien, qu’il avait de “l'avoir du poids.” Il
aurait éclipsé, enfoncé totalement notre bon curé
Labelle. Il est, au demeurant, le meilleur homme du
monde. Même il pousse la bienveillance jusqu'à me prier de faire le sermon le lendemain. Moi? Un sermon en anglais? Oh ! par exemple, c’est trop fort. Je décline l'honneur sur-le-champ, et cours à la cathédrale,
L’extérieur en estimposant : c’est tout. Sans doute, vous avez lu comme moi des descriptions enthousiastes de ce monument. C’est un chef-d'œuvre, dit on. Oui et non; car à ce chef-d'œuvre il manque l'unité. De plus, il est à demi écrasé par les vieux cloîtres de Saint-Thomas en ruine. Dans ces circonstances, n'est-il pas permis de mettre une sourdine à son admiration ?... Certes, comme vous, j'aime le gothique, le gothique pur ; mais cet alliage, cctte fusion de plusieurs styles, non, — pas plus que le curé de Saint-Thomas de Cantorbéry lui-même. — Et puis, dans la façade, quelles statues de mauvais goût, celle de Cramner surtout à côté de celle de saint Anselme !
Nous y reviendrons.
Le 27, à 11 heures, je célèbre la messe paroissiale, d’après des rubriques tout À fait nouvelles pour nous. On donne l’eau bénite en parcourant le chœur et la nef ; entre temps, l’asperges s’entonne et se chante à l’orgue. Il en est ainsi du Gloria, du Credo, du Sanctus et de V’Agnus Dei. Quant aux vêpres, le chœur et le peuple alternativement les psalmodient en anglais, À lexcep-
tion dé latin c Le | de Sai la proi Le ec bes. ] pourtai pare à Pout le lieu rappell mémor Déjà pour s spoliatr le chen il y rev de l’'Eg Cepe a-t-il pa la Cou quatre archiép engage
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anctus et de et le peuple
is, à l’excep-
tion des motets du Saint-Sacrement, qui se chantent en latin comme partout ailleurs.
Le lendemain, nous visitons en détail la cathédrale de Saint-Thomas, devenue depuis longtemps, hélas ! la proie des protestants.
Le chœur est magnifique, les vitraux peints superbes. La voûte de la grande nef est belle, élancée ; et pourtant, comme elle me paraît écrasée, si je la compare à celle de la cathédrale de Cologne !
Pour le moment, hâtons-nous d’aller voir et vénérer le lieu précis du Martyre (The Murtyrdom). Qui ne se rappelle les circonstances émouvantes de ce drame mémorable ?
Déjà, saint Thomas Becket, — menacé de la prison pour s'être énergiquement opposf aux lois iniques et spoliatrices de ILenri IT, roi d'Angleterre, — avait pris le chemin de l'exil. Rappelé dans son ingrate patrie, il y revint avec la même force d'âme et le même amour de l'Eglise.
Cependant, peu après, des calomniateurs (où n’y en at-il pas ?) l’accusent auprès du roi de travailler contre la Couronne et contre le bien publie. Sur-le-champ, quatre émissaires bien armis se rendent au palais archiépiscopal. C'était à l'heure des vêpres. Les moines engagent le prélat à se cacher. Tout est inutile. Ils
veulent qu'on ferme au moins les portes du temple,
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Même opposition : “ L'église de Dieu, s’écrie-t-il, ne se rotège pas À la manitre des citadelles ; je mourrai g Fi volontiers pour PEglise !” Cependant la séance, À l’archevêché est orageuse, ? = pleine de menaces, Il y à du sang dans l'air! On sc
sépare.
L’archevêque, malgré les protestations de son entou-
rage, se rend à la cathédrale, — un de ses compagnons, Edouard Grim, portant sa crosse, Deux fois il s'arrête dans le cloître, puis il entre dans le transept par cette même porte que l’on voit encore à main gauche.
Il était arrivé À une colonne, disparue aujourd’hui, et qui supportait une chapelle supérieure, quand un sicaire, placé de l’autre côté, s’écrie : “ Où est Thomas Becket, le traître ? ” Pas de réponse, — 4 Où est l'archevêque!” hurla Fitz l'Ours. — “ Me voici,” dit ie prélat, “non pas le traître, mais l'archevêque !” Puis s'adressant avec autorité aux soldats : “ Au nom de Dieu, prenez bien garde de faire aucun mal à ceux qui m’entourent !”
Et alors, se recommandant à genoux, lui et l'Eglise, à Dieu, à la Bienheureuse Vierge Marie, à saint Denis et aux autres saints patrons de son église, il livre au fer de l'assassin cette noble tôte qui ne s'était jamais courbée que dans la prière !
Tous ces souvenirs attendrissants et glorieux à la
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Iles ; je mourrai
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