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ÉVÊCHÉ DE LIÈGE

Monsieur l'Abbé,

Je forme le vœu que je puisse quelque jour vous adresser des félicitations semblables à celles que je viens de recevoir de votre part. Quelle joie, si la Fille aînée de C Eglise revenait à sa mère ! Quel Te Deum Laadamus on chanterait dans le monde entier !

Aux questions que vous me posez, je crois pouvoir répondre : Le parti catholique belge s'est toujours placé sur le terrain de la défense des intérêts relig-ieux

{i) La Croix, i«'juin igoG.

qu'il considère comme étroitement unis à ceux de la Patrie. Pour lui, sauveg-arder la Religion catholique dans sa liberté et dans tous ses droits, c'est travailler au bonheur de la société et garantir aux citoyens catholiques et autres les droits que leur confère la Constitution Belge en proclamant la liberté des cultes, la liberté de renseignement, etc.

Pendant longtemps des catholiques voulurent, en politique, porter le nom de conservateurs ; peu à peu, sous l'influence des idées, ils abandonnèrent cette dénomination pour ne plus s'appeler que catholiques. Les associations suivirent cette évolution. Celle de Liège prit le nom d'association catholique, il y a environ vingt ans, celle de Bruxelles, il y a environ dix ans. La poussée démocratique a eu une certaine influence sur le changement du nom pour Bruxelles, mais pas à Liège et dans beaucoup d'autres endroits où c'était chose faite avant la naissance du mouvement démocratique chrétien.

Ce dernier parti a failli créer une division dans le camp catholique : quelques groupes s'en sont même détachés et portent le nom de schismocrates, daensistes, etc. Ces groupes n'ont pas d'importance, et il y a lieu d'espérer qu'ils seront dissous à bref délai. D'autres groupes de démocrates chrétiens n'ont pas été si loin ; ils sont restés unis au parti catholique ou s'y sont de nouveau ralliés après un conflit heureusement de courte durée. Si tout danger de scission n'a pas encore disparu, il est cependant en grande partie conjuré.

Le parti catholique, par là-même qu'il veut être

sincèrement catholique, se proclame partisan de toutes les réformes lég-itimes et de toutes les améliorations opportunes en matière sociale. Gomme preuve, il suffît d'en appeler aux nombreuses lois sociales et sainement démocratiques que le parti catholique a fait voter depuis 22 ans.

Je pense que le nom de catholiques exprime le mieux les principes des citoyens belges qui l'ont adopté : ils sont catholiques dans le sens complet du mot, c'est-à-dire ils professent la relig'ion catholique et veulent accomplir tous les devoirs du catholique.

Citoyens fidèles à Dieu, au Roi, et à la Constitution Belg-e, ils veulent le bien de la relig-ion et de la Patrie, défendent les droits de tous et coopèrent à tous les progrès qui peuvent contribuer à la prospérité du pays.

Mes dévoués hommages.

f M. H. RUTTEN,

Evêque de Liège.

Liège, le 4 juin 1906.

Monseigneur TEvêque de Liège, écrivant à un étranger, s'exprime avec une modération toute pastorale sur les dangers que les démocrates de son pays font courir à l'union catholique, comme chez nous les féaux de la République, en solidarisant les opinions contestables ou fausses, qui divisent, avec la profession de foi catholique qui unit.

Mais l'histoire en est connue et les détails seraient faciles à réunir.

Il faut vraiment une singulière audace à celui qui a écrit la brochure : les Elections et le Bloc!.,, pour représenter aux Français que le parti démocrate est le salut de la cause catholique en Belgique.

Pourtant, même en Belgique, le parti catholique ne se compose-t-il pas de deux grandes sections dont l'union, non la fusion, semble désormais assurée : les anciens cadres du parti catholique et la ligue démocratique.

Est-ce qu'en Belgique le parti catholique tout entier ne lutte pas sur le terrain du droit commun? Est-ce que la victoire sur les « libéraux » anti-cléricaux ne fut point remportée grâce à l'alliance avec les indépendants?...

Supposez que la Ligue démocratique disparaisse ou qu'elle perde la liberté de ses mouvements — deux hypothèses également invraisemblables, grâce à Dieu, — c'est la ruine politique des catholiques belges... Aussi, nous n'hésitons pasà l'affirmer: substituez au parti catholique belge actuel un parti catholique identique à ce « parti catholique » que plusieurs préconisent chez nous « à l'instar des Belges », — et le gouvernement catholique belge ne sera bientôt plus qu'un souvenir historique !

Enfin! voilà le grand mot lâché. Ces vrais dé-

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fenseurs de l'Eglise, ces interprètes autorisés de la pensée pontificale qui, comptant sauver la foi par un accord avec les non-catholiques contre les catholiques-monarchistes, renforcent encore, et singulièrement, la formule de VOsservatore. Les voilà arrivés à y substituer la foi à la monarchie, et à dire : « La profession catholique nous divise, la foi républicaine nous unit ! »

Le directeur d'une de leurs feuilles, M. l'abbé Vallée, l'a exactement traduite un jour dans un Journal de Versailles :

Laissons de côté les monarchistes que le Pape appelle rebelles. Et demandons de préférence aux républicains, même libres-penseurs^ leur coopération pour triompher de la persécution maçonnique, qui a juré la ruine religieuse et morale de la France (i).

Et le journal qui parle ainsi s'intitule : rAction catholique.

Quant à M. Vanneufville et à sa brochure propagée par la Croix, pour faire admettre partout la pensée de l'Action Libérale, les voilà exactement et, par un motif identique, au même niveau que le Sillon de M.Marc Sangnier, pour

(1) Cité par \SiSemaine religieuse deÇambrai, 20 février 1897.

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lequel le parti catholique est devenu une vraie phobie. La cause en est connue.

Ce qui est digne d'attention, c'est qu'il ne s'agit pas d'une vaine question d'étiquette. Le mot ici n'importe qu'à cause de la chose. La raison pour laquelle on ne veut à aucun prix d'un parti catholique, c'est que la profession de catholicisme déjouerait les trafics du libéralisme.

La grande illusion, la grande erreur, découlant des principes mêmes du système, est de vouloir d'abord conquérir la masse, en faisant l'accord sur un programme indéterminé, dont le vague permette toutes les confusions. Et ils croient que quand ils seront parvenus à faire triompher l'équivoque, la vérité en tirera la victoire. Quelle contradiction !

Mais si la raison et la vérité politique condamnent ce faux calcul, combien plus fortement est-il réprouvé par la vérité catholique, devant laquelle il est une défection ! En politique, on ne s'impose que par la fermeté des principes; mais la foi religieuse, en outre, n'admet pas d'être dissimulée; elle ne triomphe qu'en s'affirmant. Hœc est Victoria quœ vincit mundumy fides vestra.

Le dédain des sages selon le monde et leurs

sarcasmes n'y changeront rien. Uespoir, l'avenir ne peuvent être que dans le développement d'initiatives dont on trouverait l'exemple, à Paris, do-iisY Action catholique française; àToulouse, le Bloc Catholique ; à Vannes, la Résistance Catholique du Morbihan; à Kouhaix^V Union Catholique, etc.

L'Association des catholiques de la Mayenne paraît avoir eu un complet succès. Voici ce qu'écrivait au R. P. Léon, le 23 mai 1906, son zélé président, sénateur de la Mayenne :

c( Combien vous êtes dans le vrai ! Voulez-vous un exemple pour appuyer votre thèse ? Prenez les élections sénatoriales et les élections lég-islatives de la Mayenne (janvier-mai 1906). En faisant la concentration sur le terrain catholique, nous avons donné à la Mayenne une représentation exclusivement catholique : 3 sénateurs et 5 députés. — Il est vrai que nous avions travaillé de long-ue date à faire naître cet état d'esprit dans notre pays, en fondant ici il y a trois ans l'association des catholiques de la Mayenne dont le conseil d'administration, comprenant i4 monarchistes et I républicain, avait donné l'exemple de la larg-eur de ses idées en nommant président celui de ses membres qui appartient à l'opinion républicaine. Oui, Monsieur l'abbé, votre thèse est vraie, et mieux vaut s'exposer à des échecs passag-ers en combattant

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SOUS sa bannièi^e que de rassembler des troupes sans cohésion... etc. (i) ».

Nous devons aux électeurs, au pays, l'affirmation de nos croyances catholiques et de nos droits.

Dans son excellent ouvrage : les Vrais principes de r Action catholique, M. Tabbé Garon décrit très exactement le mal incalculable causé par les trahisons du libéralisme (2). Après avoir mis en opposition les déclarations pompeuses et sonores de M. Piou, dans les banquets et les congrès catholiques, avec sa propre conduite comme candidat évitant soigneusement de prononcer le nom de Dieu, il ajoute :

L'Action Libérale érige en principe cet aphorisme : que le catholicisme, en tant que catholicisme, et se présentant comme tel, est impuissant à triompher dans les luttes présentes. Les catholiques sont invités en conséquence à dissimuler leurs principes et à se présenter devant l'opinion nationale seulement comme des citoyens qui, forts du droit commun, revendiquent leur part de commune liberté, au nom des

[\) La Vérité, 2 juin 1906.

(2) i''* partie, chap. III.

principes de liberté, d'ég-alité et de fraternité, inscrits dans la Déclaration des droits de l'homme.

On leur apprend aussi que, pour fortifier leurs revendications, ils doivent se réclamer de toutes les bonnes volontés, se confondre, se noyer, si possible, dans l'armée des honnêtes g'ens, et qu'ils finiront ainsi, tous unis sous le drapeau libéral, par faire triompher la cause de la seule liberté « en tout et pour tout ».

Si les libéraux ne se rendent pas à la force de la vérité, celle des événements devrait suffire à les convaincre. Du jour où leur prog-ramme fut appliqué, la déroute commença. Voici ce qu'écrivait un homme politique mêlé depuis plus de vingt ans aux événements de France, après les élections de 1898.

Une statistique consciencieuse des suffrages exprimés, dans les scrutins des 20 août et 3 septembre, donne les résultats suivants :

Union conservatrice, 997.598; ralliés, 569.942 ; gauche libérale, 616.498 ; opportunistes, 2.464.902 ; radicaux, 1.027. 767 '■> socialistes, 549.064; révisionnistes, 188.770.

En 1889, la statistique indiquait, au contraire : Union conservatrice. 3.444.978 : révisionnistes de gauche, 629.955 : opportunistes et indépendants, 2.980.540 ; radicaux, 981.400 ; socialistes. 90.593.

Ces chiffres ont une douloureuse éloquence, une éloquence qui alarme notre patriotisme, qui inquiète

nos âmes, qui nous fait redouter à bon droit les plus sinistres entreprises.

Leur caractéristique réside, en effet, dans l'amoindrissement des voix conservatrices, de ces voix qui s'étaient unies et g-roupées pour la défense sociale et religieuse, et, d'autre part, dans l'immense progrès des voix socialistes, passées de 90.000 à 549-ooo.

Nous n'avons aucune peine à avouer que, dans les voix opportunistes de 1889, la part à faire à la gauche libérale était inférieure à la part qui lui revient en 1898 ; mais cela ne compense pas et n'atténue pas le mouvement qui emporte la France vers les partis de révolution, et contre lesquels les résistances conservatrices étaient, à coup sûr, plus efficaces que ne peuvent l'être les velléités d'un parti libéral, auquel il manque le courage, l'énergie et le sentiment complet des nécessités religieuses. Quel est, en effet, celui des candidats de la gauche libérale qui a mis dans son programme l'abrogation de la loi scolaire et de la loi militaire ?

On peut le chercher, on ne le trouvera pas. Lorsqu'en présence de ces résultats on reçoit d'un écho lointain, mais très affîrmatif, cette appréciation fantaisiste que l'unité nationale est refaite, en France, comme au temps de Henri IV, on reste confondu et humilié d'une semblable interprétation des faits et de leurs conséquences.

L'Unité nationale, pour la France, suppose, en effet, que Dieu et la religion sont directement associés à tous les actes de la vie publique, que le pouvoir est franchement chrétien, qu'il fait acte de foi,

qu'il convie le peuple entier à des solennités où la patrie se place sous la protection du Dieu créateur et providence (i).

Et pour ne citer par le détail qu'un exemple du succès de cette politique libérale, voici les graves paroles qu'on lisait dans la Semaine religieuse de Luçon, à la fin d'août 1898 :

La Vendée catholique n'a point le droit de se glorifier des élections législatives du 20 avril 1898.

Sur 100.000 votants de ce département, 48.000 ontdonné leurs voix aux candidats les moins favorables à la cause religieuse, libres-penseurs plus ou moins déclarés, résolus à défendre et à maintenir les lois oppressives contre lesquelles nous avons, nous chrétiens, enfants de l'Eglise, le rigoureux devoir de protester et de lutter . . .

Puisse une certaine bonne foi, à laquelle nous essayons de croire, servir d'excuse devant Dieu pour ces électeurs qui, chrétiens à l'Eglise, portent à la religion les coups les plus déplorables par leur façon de voter ?

Je sais bien qu'on a osé mettre en avant, durant la période électorale, un argument étrange ; on a dit par la voix de la presse, et sans doute aussi dans les réunions publiques :

» Electeurs catholiques, et vous, prêtres du diocèse de Luçon (quel comble d'impudence ?) rappe-

(i) La Vérité j 9 septembre 1893.

lez-vous, au moment où va s'ouvrir le scrutin, qu'en votant ou en faisant voter pour les candidats réactionnaires (c'est ainsi qu'on désig-ne les candidats catholiques) vous commettrez un acte g-rave de désobéissance vis-à-vis du chef suprême de l'Eg-lise.

On a répété partout que le Pape condamne les candidats réactionnaires, que Mgr l'évêque de Luçon, lui-môme est en désaccord avec le Souverain Pontife, calomnie qui devrait faire rougir ceux qui s'en rendent coupables.

Mais comment les électeurs catholiques ont -ils pu se laisser tromper? Est-ce par des journaux ennemis de l'Eglise qu'ils doivent se faire renseigner sur les vraies intentions du Souverain Pontife?

Peut-on ignorer que le Pape, en nous conseillant d'accepter le gouvernement établi, fait cependant un devoir à tous les catholiques « de combattre, par tous les moyens légaux et honnêtes, les abus progressifs de la législation » et, par une conséquence nécessaire, de « voter seulement pour des hommes qui ont déjà mérité ou qui doivent bien mériter du nom chrétien »... ?

On sait les progrès accomplis depuis lors. Et pour nous en tenir aux plus récents, même en mettant de côté tout esprit de récrimination, il est impossible de ne pas redresser les fausses appréciations de VOssei^uatore Romcino, citées dans Favant-propos de ce livre.

On est d'abord surpris d'y rencontrer une

contradiction assez apparente. Il y a quelques mois, quand VOsservatore dénonçait, sans motif, le projet d'entraver VAcllon Libérale dans les élections,il reconnaissait volontiers que, le scrutin une fois passé, il pourrait y avoir lieu d'examiner si quelque chang-ement à cette organisation ne serait pas utile. Aujourd'hui, elle s'impose à tous,« c'est à elle qu'est réservé l'avenir w.Aquoi tient ce revirement? Le succès, même le plus brillant, devrait-il suffire à en décider, quand des questions de principe aussi graves que celles du libéralisme se trouvent en cause? Beaucoup d'esprits, en France, manquent de cette souplesse italienne.

Les deux faits auxquels VOsservatore rattache son espoir sont l'introduction d'un ver rondeur au sein du Bloc et la force croissante de Y Action Libérale,

Le ver rongeur, c'est la discorde entre les groupes de la majorité sur la question des réformes sociales, imposée par la prépondérance des socialistes, succédant à l'accord de ces groupes dans l'anticléricalisme. Quelle illusion de croire que l'anticléricalisme est usé! La guerre à la religion continuera longtemps encore, hélas! de rallier tous les sectaires sous un même dra-

peau; quant aux progrès du collectivisme, ils s'accompliront, non sans tiraillements, mais sans amener aucune scission dans un parti où les peureux suivent toujours les violents.

L'autre fait n'est pas moins contestable. De prime d'abord, ce chant de victoire en l'honneur de V Action Libérale a quelque chose de déconcertant. Comment! nous n'avons donc pas été écrasés dans les élections? U Action Libérale n'était donc pas notre meilleure, notre unique org-anisation? L'opposition, le parti honnête et religieux est en pleine déroute, et V Action Libérale, qui en était l'âme et l'espoir, triomphe ? Mystère et merveille .

Elle seule, nous dit-on, a réussi à maintenir intacte sa position. Admettons ce résultat, admettons-le de confiance.

Je demande s'il y a de quoi être si fier, si ce grand succès n'est pas un piteux échec. Voilà donc tout l'effet de ces magnifiques promesses dont on berçait Rome et la France ? car Rome les a entendues comme nous. Tant d'efforts, de sacrifices, d'abnégation, et les catholiques de tout parti en ont été prodigues en faveur de V Action Libérale, quoi qu'on ait dit avec ingratitude, tout cela aboutit à faire rentrer à la Chambre un

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groupe identique en nombre et en valeur à celui que nous avons vu s'aplatir devant Rouvier? Et c'est là-dessus qu'on fonde ces objurgations aux catholiques français de ne songer à rien de mieux î

Eh bien! non, le désastre n'a pas été aussi complet, aussi humiliant. Mais il ne faut pas que l'Action Libérale, à qui il appartenait de le prévenir, soit mise aujourd'hui hors de cause. Elle s'en tire vraiment à trop bon compte. La défaite des autres est aussi la sienne, et les succès qu'elle s'attribue ne sont pas tous siens.

UOsservatore a une curieuse façon de présenter ces succès :

« Le premier de ces faits, qui nous paraissent dignes d'être notés, c'est la fortune diverse rencontrée dans les urnes par les trois partis qui formaient l'opposition antiblocarde, dans la Chambre défunte : les nationalistes, les prog^ressistes, et les conservateurs. Tandis que les deux premiers partis ont perdu, dans les récentes élections, l'un la moitié, l'autre le tiers de leurs représentants, le seul qui ait réussi à maintenir intacte sa position est le parti représenté par V Action Libérale, sous la bannière de laquelle M. Piou, exclu de la Chambre aux précédentes élections et maintenant réintégré au premier

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scrutin, a cherché à org-aniser les forces catho- Hques. »

Il y a là une équivoque qui ne peut être tolérée, lâchag-epeu honorable, d'une part, et, de Tautre, accaparement injuste. h'Osservatore a bonne grâce, vraiment, à opposer la déconfiture des nationalistes et des progressistes à la position avantageuse des conservateurs, dont il attribue en bloc tout le bénéfice à V Action Libérale. Il oublie seulement qu'elle avait partie bien plus liée avec les nationalistes, et même avec les progressistes, qu'avec les conservateurs, dont un bon nombre se sont présentés sans elle, ou malgré elle. Sa sympathie, son appui, son concours n'allaient pas moins à ceux-là qu'à ceux-ci. Tourner aujourd'hui le dos aux uns et attirer tous les autres sur son cœur serait d'un naturel bien oublieux, bien volage.

Les profits et pertes de VAction Libérale se chiffrent tout autrement. Si l'on veut en avoir une idée exacte et mesurer ses progrès réels, il faut examiner le chiffre de voix recueillies par les différents partis au premier tour de scrutin, celui où se révèle le plus sincèrement l'état d'esprit des électeurs. Peu importe qu'ensuite ce chiffre de voix se trouve mal en rapport avec le nombre

de sièg'es obtenus, par suite de la retraite de nombreux candidats.

Ce travail a été fait avec beaucoup de soin par la revue de V Action catholique française. Elle divise l'opposition en progressistes, nationalistes, libéraux, qui représentent l'Action Libérale, et conservateurs, c'est-à-dire candidats monarchistes, catholiques, indépendants des autres classes.

Or, les candidats de cette dernière catég-orie, laquelle est en dehors de V Action Libérale et plus affirmée qu^elie dans l'opposition politique comme dans la défense catholique, ont gagné au premier tour de scrutin 333.555 voix sur le premier scrutin de 1902, les libéraux en oui perdu 248.064; les nationalistes ont également perdu 245.731 voix, et les progressistes 233. 58o.

D'où il résulte que, seuls, les partisans de l'affirmation catholique et de la résistance politique se sont trouvés en progrès^ tandis que tout le reste de Fopposition, la cause libérale, sous ses dénominations différentes, et sans en excepter V Action Libérale, était en baisse.

Donc, non seulement V Action Libérale a sa part dans l'échec des nationalistes, voire de certains progressistes, mais, pour son propre compte, elle a perdu du terrain.

Nous aurions préféré nous abstenir de ces constatations, du moins nous sommes-nous efforcés de n'y mêler rien d'amer, mais elles devenaient nécessaires, en présence des exhortations de VOsservatore. 11 y va des principes dont l'abandon a tout compromis en France.

Ce journal semble s'en rendre compte, puisqu'il parle, langage que nous sommes heureux d'entendre et dont on nous avait trop déshabitués, de ce parti représentant la France ({u\,aDant de penser et de se préoccuper si elle doit être républicaine ou monarchiste, a à se rappeler, si elle ne veut faillir à ses traditions les plus glorieuses, qu'elle est essentiellement et sincèrement catholique.

Toute la question, en effet, est là. Mais faire honneur à l'Action Libérale d'être ce parti et de sauver cette tradition, c'est comme si VOsservatore disait, toute comparaison à part : la République française continuera d'être respectueuse de notre foi, selon ses traditions glorieuses, ou : les comités royalistes de V Action française s'abstiendront de toute opposition politique, selon leur tradition.

Il s'agit de savoir si nous allons,enfin, en France nous comporter comme un parti, une opposition

essentiellement et sincèrement catholique, ou, rester, selon la tradition de la lig-ue de M. Piou, dans les errements du libéralisme.

Une instruction du cardinal Rampolla donnée, au nom de Léon XIII, à l'archevêque de Bogota, en 1900, conseillait aux catholiques de ne pas s'intituler libéraux dans les luttes politiques.,. Ah! si le cardinal Rampolla nous avait donné le même conseil!... On ne verrait pas les candidats de V Action Libérale, et son chef en tête, non seulement se poser en libéraux devant le pays et leurs électeurs, mais taire leur titre de catholiques.

Enfin notre résistance doit être une résistance catholique, la résistance d'hommes qui ont en main une cause sacrée, d'hommes convaincus que leurs droits sont imprescriptibles, et qui, chargés de l'honneur de Dieu et de l'Eglise, ne permettront jamais qu'on l'outrage impunément devant eux.

Il est douloureux d'avoir à constater les capitulations de l'Action Libérale, vraie flétrissure pour la cause cathohque.

Sans en faire l'énumération pénible, qu'il suffise de rappeler que presque tous ses membres, à la Chambre, depuis les nouvelles élections, ont craint de se prononcer contre Taffichage du discours de M. Clemenceau en réponse à M. Jaurès. Ils ne se sont pas souvenus que le président du Conseil est l'ennemi acharné de l'Eglise, qu'il la poursuit ouvertement de sa haine, qu'il s'est montré plus fanatique que tous les autres dans la séparation de l'Eglise et de FÉtat, combattant l'article 4 contre Jaurès luimême ; et, sans doute, ils n'ont ressenti aucune indignation, lorsque, dans ce même discours, M. Clemenceau outrageait l'Église et bafouait le Christ, en dénonçant la faillite de son enseignement social.

Ce triste incident a suggéré à M. Auguste Roussel ces trop justes réflexions :

N'était-ce pas un devoir aussi pour M. Jacques Piou, qui a l'ambition de diriger la masse électorale contre les maîtres du jour, de faire ressortir, avec toute son éloquence, et l'insanité perverse des programmes radical et socialiste, et, par contre, la fécondité, pour l'intérêt des masses et la paix sociale, des idées dont il poursuit le succès ? Ainsi mise au fait des divers programmes qui se disputent son choix,

l'opinion attentive eût été mieux à même de se prononcer raisonnablement.

Mais il y a une lacune plus douloureuse aux cœurs chrétiens que ce silence des chefs de g-roupes de la droite. Pour nous, ce qui nous opprime bien davantag-e, c'est ce qui s'est passé quand M. Clemenceau, par deux fois, dans ce fameux discours qui va être affiché partout, a osé mettre en cause la personne divine de Notre Seig-neur pour sig-naler ce qu'il a appelé la faillite de son enseignement social .

Gomment se fait-il qu'en ce moment pas une protestation ne se soit élevée des rang-s de la droite catholique, que pas un cri de réprobation indig-née n'ait jailli des poitrines de tous ces baptisés, qui n'ont pas renié leur baptême et qui, mieux que personne, pouvaient répondre victorieusement à un tel blasphème? Oui, certes, l'occasion était belle pour fermer à jamais la bouche aux contempteurs de l'œuvre chrétienne. Quel discours admirable il eût été facile de prononcer rien qu'avec l'exposé de tout ce que le peuple, depuis des siècles, doit à l'enseig-nement de Jésus-Christ et à la charité de l'Eglise formée sur cet enseignement I

Les conclusions à tirer [sont fort claires. 11 faut les regarder en face, ce n'est pas le moment de farder la vérité.

Encore une fois, nous mettons toutes les bonnes intentions hors de cause ; nous n'avons garde d'identifier les vraies directions pontificales avec la politique [de ralliement, ni ce qui a été avec ce qui aurait pu être. Ces réserves, auxquelles aucun esprit sincère ne se refuse, volontiers nous en donnons acte de nouveau.

Mais, cela fait, qu'on ne nous demande pas d'envelopper avec soin nos conclusions dans ces réticences, ces atténuations, ces ménagements de toute espèce, où tant de gens se complaisent, et qui sont pour eux l'accompagnement nécessaire de la vérité, peut-être parce qu'ils leur servent de prétexte pour se dispenser de la reconnaître. 11 est temps enfin de se placer franchement en présence de la situation.

Ces conclusions nettes, formelles, auxquelles il nous semble impossible d'échapper, sont celles-ci :

La politique de ralliement a été une immense erreur, une immense injustice, et un désastre.

Le premier pas nécessaire pour se relever du désastre sera de reconnaître l'erreur et de réparer rinjustice.

L'erreur fut de marcher au rebours des prescriptions de l'Encyclique. La politique, qu'elle reléguait au second plan, a tout primé, beaucoup plus qu'auparavant, et au profit d'une cause détestable; tandis que la défense de nos droits catholiques, que le Pape nous pressait de faire passer avant tout, est devenue question très secondaire.

La conséquence de cette erreur a été une odieuse injustice. Ceux qui plaçaient l'honneur et le salut de la cause relig-ieuse avant le triomphe d'une politique pleine d'embûches ont été signalés partout comme réfractaires aux directions de l'Eglise, exclus des rangs de ses défenseurs officiels, reniés et combattus par les catholiques républicains.

Et ce n'a pas été seulement le fait des exaltés. L'Action Libérale et tout ce qui se réclamait du

ralliement a trempé dans cette injustice comme dans cette erreur.

La paix ne commencera à renaître parmi les catholiques et Tunion ne redeviendra réalisable que le jour où les autorités dont le nom, par un incroyable abus, a couvert depuis si long-temps ces excès, les aura désavoués, non pas seulement dans l'intimité de conversations particulières, mais par le refus public de se prêter à cet abus .

Ce ne sont pas là des conditions qu'on aurait l'insolence de poser, c'est la constatation évident e dW état de choses.

Ce jour-là, dis-je, si nos chefs légitimes veulent ramener indistinctement tousles catholiques à une franche action religieuse, sur le terrain constitutionnel tel que l'Eg-lise Ta toujours entendu, ils pourront faire concorder les efforts.

Quant à l'Action Libérale, il faudrait en changer le nom^ le prog-ramme et la direction. Le reste pourra être conservé, si l'on veut.

Le nom est équivoque, le prog-ramme est faux, la direction mauvaise.

Tous les compromis s'abritent sous ce nom de libérale; il manque l'essentiel à ce programme et ses affirmations sont douteuses; la

direction répond nécessairement au programme et au nom qu'elle a choisis.

La France est encore chrétienne, quoi qu'en disent certains démocrates qui trouvent, à le nier, Favantagede se soustraire au devoir d'agir en représentants d'une nation catholique; la France chrétienne sera sauvée par ceux qui sauront réveiller sa foi, au lieu de l'endormir, qui en connaîtront les merveilleuses ressources et qui, devant le pays, au parlement, partout, la professeront courageusement, s'honorant de défendre, avant les droits de la liberté commune, les droits de Dieu et l'indépendance de l'Eglise.

Les catholiques libéraux de i83o avaient, les premiers, pris pour devise : Dieu et Liberté (i) ! L'histoire leur devra du moins cette justice qu'ils ont porté fièrement devant leurs adversaires le nom de Dieu, et servirent la liberté par de grands et glorieux combats.

Ceux d'aujourd'hui, leurs héritiers, ne parlent de Dieu qu'à bon escient, et travaillent avec prudence pour la liberté.

C'est le progrès de notre démocratie.

(i) C'était la devise de l'Avenir.

UOSSERVATORE ROM AN 0

LA REHABILITATION DE DREYFUS i4 juillet 1Q06

On lit, à cette date, dans ce journal :

Paris ^ i3. — Tous les journaux républicains considèrent l'affaire Dreyfus comme définitivement terminée. Ils rendent tous hommag-e à l'impartialité de la Cour de cassation, dont les membres étant parvenus au sommet de leur carrière, n'ayant plus rien à espérer ni à désirer, ne pouvaient pas ne pas être d'une absolue impartialité.

Suivent d'abord des extraits du Matin^ du Gil Blas, du Rappel, de l'Aurore, de la Petite République, de rHumanité, puis de l'Echo de Paris,du Fi^aro,de l'Eclair et d\i Gaulois, Sivec lel Radical entre ces deux derniers.

Voici maintenant l'article de fond, sous ce titre ; UUltima Parola. Nous en donnons la traduction littérale.

Les nouvelles de France apportent que la Cour de cassation, réhabilitant complètement Dreyfus, est accueillie avec beaucoup d'indifférence, parce que tout le monde s'y attendait. Et il ne pouvait en être autrement, puisque, depuis que fut décidée la révision du procès de Rennes, vu et entendu que le traître présumé avait été g-râcié et était libre, il ne s'ag-issait que de la revanche complète, de la réhabilitation du condamné, revanche et réhabilitation qui tenaient àcœur à l'hébraïsme français et cosmopolite, qui tenaient à cœur à tous ceux qui, dans lag-rande lutte de la pensée laïque, sont toujours avec les juifs, les défendent» les assistent, les couvrent de leur poitrine, au nom de la fraternité judéo -maçonnique.

Maintenant le dernier mot a été prononcé, le capitaine Dreyfus a été absous de toute imputation, et^ non seulement nous nous inclinons devant la sentence^ mais encore nous en sommes enchantés et nous en félicitons avec celui qui en est le héros, plus fortuné que tant d'autres qui, pourtant condamnés innocents, n'ont jamais trouvé un Zola fulminateur^ un monde entier en armes pour les défendre, les libérer, les réhabiliter, et cela peut-être parce qu'ils n'étaient pas juifs, peut-être parce qu'ils n'étaient pas revêtus de l'habit de moine, peut-être parce qu'ils avaient une conviction relig'ieuse.

28o APPENDICE

Nous sommes enchantés cependant que, pour Dreyfus, on ait fait justice, et condamnons comme nous avons toujours condamné ceux qui, pour des motifs occultes, dans un but frauduleux, ont falsifié des documents, caché la vérité, ont mis en œuvre l'imposture et la ruse, pour arriver à Taccomplissement de leurs louches desseins.

Et si quelqu'un, quel qu'il soit, s'est employé pour que la vérité puisse finalement triompher et contribuer au triomphe final de la justice, il doit recueillir nécessairement les louanges de tout le monde civilisé.

Suivent des observations sur Tidentification que font certains journaux italiens du triomphe de Dreyfus avec celui de ranticléricalisme et du rationalisme politique. Après quoi, VOsservatore, revenant à la France, ajoute :

Avec cela, nous n'entendons pas mêler les nationalistes aux catholiques, puisque, pendant que les premiers, aveugflés par la passion politique, se mettaient dans le troupeau des détracteurs intéressés de l'officier juif, les seconds suivirent une politique purement défensive, ou, tout au plus, firent silence devant la sentence d'un tribunal français qui, jusqu'à preuve du contraire, devait être juste.

Ne voilà- t-il pas une distinction heureuse et flatteuse pour les uns comme pour les autres?

UOsservatore nous semble de plus en plus difficile à comprendre, quand il poursuit :

Les catholiques français, en face du débordement du judaïsme qui voulait Dreyfus innocent avant que ce fut prouvé, en face de cet hébraïsme qui déclarait une g-uerre de religion au nom d'un homme chois] comme drapeau et symbole d'intolérance et de tyrannie, se défendirent et firent bien.

Ils firent ce qu'ils devaient faire.

Ils seront les premiers à se raviser, joyeux que sur la terre de France s'aligne un traître de moins, un de ces délinquants ignobles, etc..

Maintenant, si les Français, nationalistes ou catholiques, avaient par hasard besoin d'apprendre à quel point ils peuvent, à leur tour, en prendre à leur aise avec les jugements de VOsseruatore Romano, il suffirait de rappeler un autre incident politique qui ramènerait celui-ci et beaucoup d'autres à leur juste valeur. Il servit en effet d'occasion à une déclaration du Secrétaire d'Etat dont nombre de gens en France auraient à faire leur profit.

On sait qu'une ligue s'est formée entre les catholiques anglais groupés autour du duc de Norfolk, et les catholiques américains g-roupés autour de Mgr Ireland, pour propager en Eu-

rope, et surtout à Rome, cette idée que la domination britannique favorise partout l'extension du catholicisme.

A l'époque de la guerre des Boërs, ils eurent à craindre que les jugements sévères portés sur la conduite politique des Anglais ne fissent tort à leur cause. Les critiques fréquentes de VOsservatore Romano leur étaient particulièrement sensibles. Enfin le duc de Norfolk en écrivit au cardinal Rampolla, le 16 janvier 1900, au nom du Conseil de TUnion catholique de la Grande- Bretagne.

Nous citons un passage de sa lettre :

Nous nous aventurons donc à représenter à Votre Excellence que ce fait qu'un journal, passant généralement pour exprimer des opinions en harmonie tout au moins avec les vues générales du Saint-Siège, montre une prévention déloyale envers TEmpire Britannique, produit un efFet malheureux et dommageable en ce pays sur l'esprit de beaucoup qui, sans être catholiques, sont disposés à considérer le Saint-Siège avec respect, et cause une très grande peine et un très grand découragement à beaucoup de catholiques eux-mêmes.

La réponse du Cardinal Secrétaire d'Etat, en date du i3 février, commence par cette déclaration :

Je dois d'abord déclarer que V Osservatore Romano^ bien que recevant comme certains autres journaux catholiques italiens une subvention du Saint-Père, — n'est ni un organe officiel, ni un journal officieux du Saint-Siège,à l'exception de la colonne intitulée ;Nostre informazione. Les opinions et jugements qui peuvent être exprimés dans lesarticles publiés dans les autres parties du journal ne peuvent donc être attribués au Saint- Siège.

Avant-propos,

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