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CHAPITRE XVI

Les contre-révoIutionnaireSi qui ne cherchaient le salut que dans la politique du pire, se réjouirent du décret du 27 novembre par lequel la Constituante avait mis le clergé en demeure d'obéir à la loi. Ils y virent la promesse d'une future victoire et redoublèrent d'ardeur à attiser la révolte cléricale.

La GazeUe de Paris, qui passait pour l'organe des princes et de Marie-Antoinette, proclama avec une virulence accrue que la cause de la religion se confondait avec celle de la royauté et <|ue l'une et 'autre tomberaient ou se relèveraient en même temps : « La religion lève son étendard dans ces jours de proscription, comme on élevoit l'oriflamme, lorsque dans un jour de combat le roi étoit en danger. Chevaliers et chrétiens, réunissez-vous autour de l'Autel comme vous vous réuniriez autour du roi (1) 1 »

Le haut clergé se jetait maintenant à fond dans la bataille, oublieux de la réserve des premiers jours. Il ne se bornait plus à protester contre la seule constitution civile du clergé, il étendait ses critiques et ses

(1) GaxeUe de Paris, du 9 décembre 1790. Le même journal ouvrait une souscription pour les prêtres que la privation de traitement réduirait à la misère, n reproduisait tous les jours les protestations les plus violentes élevées par les évêques ou les prêtres contre les décrets.

âpres censures à Toeuvre tout entière de la Constituante. Chaque Jour le champ du combat s'élargissait. L'évêque d'Amiens dénonçait la destruction de l'état religieux, « cet état de sainteté préconisé pav tous les Pères de l'Église », l'anéantissement du clergé tombé au rang d'un corps de fonctionnaires salariés, la destruction d'un grand nombre d'églises, « monumens de la piété de nos pères envers Dieu... » et surtout l'envahissement des biens d'Église. « Prendre ces biens pour une autre destination, c'est violer les maximes les plus sacrées du droit naturel et divin, ecclésiastique et civil, reconnu universellement de toutes les nations catholiques depuis l'établissement de la religion jusqu'à nos jours. » Le même prélat s'attaquait longuement à la Déclaration des droits de l'homme qui, d'après lui, présentait de nombreuses maximes « entièrement opposées à la sainte Écriture et même à la saine raison. Par exemple, il est faux que les hommes naissent libres, car ils naissent dans un état de faiblesse et de dépendance ». Il s'élevait contre l'article 6 de la Déclaration, qui « semble ne donner pour règle à la liberté d'autres loix que celles qui sont l'expression de la volonté générale, d'où on pourroit conclure que la volonté des hommes est leur seule règle, qu'il n'y a point d'autres loix que celles que les hommes se font à eux-mêmes, ce qui supposeroit l'athéisme ou le déisme le plus révoltant ». La liberté de la presse lui paraissait un mal épouvantable, cav cette liberté permettait de publier « toute sorte de mensonges, d'erreurs et d'impiétés qui brouillent toutes 1m idées et renversent tous les principes de la vertu ». Il terminait enfin sa philippique en proclamant qu'il aimerait mieux perdre la vie que d'adhérer

en rien à des choses contraires à la religion (1).

Tout en protestant pour la forme qu*il se soumettrait à la décision du pape quelle qu'elle fût^ l'évêque d'Angoulême s'écriait : « Je ne puis admettre une constitution entachée de toutes les erreurs que l'Église a condamnées, telles que le presbytérianisme, richerisme et luthéranisme, etc., une constitution schismatique qui nous sépare du chef de l'Église... (2) »

Augustin Barruel s'excusait auprès de ses lecteurs d'avoir paru croire que la constitution civile pouvait être baptisée. Il la jugeait maintenant radicalement incompatible avec le catholicisme et condamnait, lui aussi, mais bien tardivement, « la proscription infamante de la solennité des vœux de religion » et la « spoliation » des biens d'Église qui était, à cette date, chose déjà ancienne (3). Du coup, Barruel regagnait les sympathies des aristocrates les plus violents (4).

Les curés maintenant entraient en lice, entraînés par leurs évêques. Cent cinq curés de Bretagne protestaient contre lès décrets dans un écrit répandu à profusion (5).

Les deux agitations aristocratique et cléricale se

(1) Déclaration de M. Véoéque d^ Amiens au su/et du serment civique lue à la séance du département de la Sommet le 29 novembre 1790. Arch. nat. DXXIX i» 25.

(2) Lettre de M. Véoéque d'Angouléme à M. le procureur général du département de la Charente, 24 déc. 1790. Bib. nat. Ld*

(3) Journal ecclésiastique de décembre 1790, p. 447 et tQiv.

(4) Cf. Mémoires ou correspondance secrète du Père Lenfant, confesseur du roi, Paris, 1834, t. I, p. 33, p. 108.

(5) Protestation de 105 curés de la Bretagne contre la nouvelle organisation civile du clergé adressée à V Assemblée nattmale, s. 1. n. d. Bib. nat. Ld^ 3083.

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confondaient chaque jour de plus en pius et paraisââîent obéir à un même mot d'ordre.

Le plan était simple. II s'agissait, d'une part, d'empêcher la mise en vigueur de la constitution civile du clergé par une abstention unanime et, d'autre part, de frapper d'impuissance le décret du 27 novembre en obtenant du roi qu'il refusât de le sanctionner.

« Le seul moyen de sauver l'Église catholique en France et de prévenir le schisme dont nous sommes évidemment menacés, écrivait l'évêque de Tréguier au chanoine Duparc dès le 25 octobre, est que les pasteurs du second ordre et les prêtres refusent unanimement de communiquer in divinis avec les évêques élus par les départements (1). » La plupart des pamphlets aristocrates répètent le même espoir : aucun évêque ne voudra participer au schisme en consacrant les nouveaux élus (2) !

Un jour, raconte la Correspondance secrète, le roi trouva dans son livre d'heures une lettre anonyme qui lui représentait la nécessité de profiter du soulèvement des prêtres pour sauver son trône. « On a beau se croire dans un siècle de philosophie et d'a- Uiéisme, la voix des prêtres tonne encore sur le peuple; les prêtres seuls élèvent ou renversent les trônes et malheur aux souverains qui osent les attaquer. Henri III, Henri IV ont péri sous des poignards sacrés et le poison romain a seul abrégé les jours du frère

(1) Lettre eitée dans le BaUetin d'autographes de la maison Noël Charavay, août 1910, p. 20.

(2) Conseils donnés à un ecclésiastique concernant sa conduite, son ministère dans les circonstances actuelle, le serment civique, 4 décembre 1790, p. 27. Bib. nat., Ld* 3131.

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de votre épouse ( 1 ) . Mettez-vous donc, sire, à l'ombre d% Tautel. Les prêtres relèveront votre trône et tandis que du Nord au Midi vos braves chevaliers vont bientôt presser vos sujets rebelles, les prêtres vous prépareront la voie, ils vous proclameront le martyr de la religion, Foint du Seigneur... »

En refusant sa sanction, le roi s'attirera la reconnaissance et le dévouement des prêtres et donnera le signal de la contre-révolution (2) I

Les aristocrates aimaient à se bercer de ces illusions. Mais, peu confiants ou peu logiques, beaucoup s'empressaient de passer la frontière, ce qui n'était pas le moyen d'encourager le roi à suivre leurs conseils (3).

Les évêques partisans de la conciliation restaient encore nombreux. Tous ceux qui étaient sincèrement religieux n'envisageaient pas sans effroi l'imminence du schisme. Ils voulaient espérer que le pape n'oserait pas prendre la responsabilité de le provoquer par un refus qu'ils ne s'expliquaient pas. Toute leur tactique consistait à demander des délais afin de donner à la réponse de Rome le temps d'arriver et de prévenir les malheurs qu'ils prévoyaient.

L'évêque de Langres, La Luzerne, terminait une lettre qu'il adressait aux administrateurs du dépar-

(1) Joseph IL

(2) Lescure, Correspondance secrète, t. II, p. 489-491, à la date du 18 décembre 1790.

(3) < Les émigrations continuent en abondance », Corres^ pondance du Père Lenfant, à la date du 3 décembre 1790, p. 60. L'archevêque de Vienne émigrait à Genève, le 9 décembre 1790. Nestor Albert, Histoire de M, de ThioUax, 1907, t. I, p. 105.

tement de la Haute-Marne par un appel à la concorde dont la sincérité est indéniable et par Fespoir qu*il allait pouvoir à bref délai «xécuter les décrets : « Je n*ai pu voir sans douleur le corps le plus respectable de ce diocèse, dont la plupart des membres sont mes diocésains et mes enfans en J.-C, dont tous les autres peuvent le devenir incessamment, s'élever contre moi, avec une vivacité de démarches et d'expressions que certainement rien de ma part n'avait provoquée. Permettez cette représentation à mon caractère et, quelque expérience qu'a dû me donner l'usage des affaires, ce n'est pas ainsi que le bien public s'opère. Nous allons probablement bieniôl être chargés de le procurer ensemble, non pas dans un même ordre de choses, mais dans la même Rendue de pays. Ah I ne divisons pas ce qui doit concourir au même but. Formons au contraire une union dont la mesure et les égards mutuels deviennent le lien et dont le bien public soit l'objet (1). »

L'évêque d'Alais, Bausset, partageait les espérances de l'évêque de Langres. Dans une lettre à ses curés, datée du 27 novembre, il leur recommandait une tranquille confiance : a Le chef de la Nation a interrogé le chef de l'Église et nous devons attendre, dans la sécurité que donne toujours la paix de la conscience, une décision qui peut concilier tous les devoirs, calmer toutes les inquiétudes. Si, contre toute espérance, nos vœux Paient trompés, si la Providence réservait notre vie à une longue suite de peines et de contradictions, il faut au moins que notre caractère soit exempt du

(1) Lettre de M. Vévéque de Langres à MM. les administraiêUTM du département de la Haute-Marne, Langres, 20 décembrt 1790, Bib. nat., Ld« 3141, p. 55.

plus 16ger soupçon de faiblesse ou de dissimulation (I)... > L'évêque de Séez rappelait aux administrateur çlu département qui le- pressaient d'appliquer les décrets qu'il avait prêté le serment civique et il ajoutait : « Je ne refuse pas d'exercer mes fonctions dans le département, mais je ne pourrai le faire qu'à l'époque où l'Église m'aura conM toute la juridiction nécessaire à cet effet (2). »

L'abbé de Vauxpons, ayant été élu au nouvel évêché de Laval, avait refusé son élection. Son évêque, l'évèque de Dol, courut chez lui après son r^Fus « et, par des considérations prises dans le bien de l'Église, usa de toute son autorité pour l'obliger d'accepter, provisoirement toutefois et sous le bon plaisir du pape. Le prélat écrivit aussitôt à l'Assemblée électorale de Laval et dépêcha un courriel pour porter l'acceptation (3). »

Cet espoir que Rome sanctionnerait était partagé par l'abbé Royou lui-même, le directeur de VAnU du Roi. S'il protestait dans son numéro du 30 décembre contre la précipitation de l'Assemblée à exigea la sanction royale, c'est qu'il croyait qu'avec un peu de patience elle aurait donné à la sanction pontificale le temps d'arriver : « L'Assemblée ne devoit point exiger un serment qui annonce une grande défiance de ses propres opérations ou l'imvie de réduire au

(1) Lettre de M, Vioêque d^Alais à M. le curé de,,, en lui envoyant V instruction pastorale de Mgr Vévéque de Boulogne, Paris, 27 novembre 1790. Bib. nat., Ld* 3116, p. 28.

(2) Réponse de M. Vévèqae de Séez.,. Séez, 13 déc. 1790, Bib. nat., Ld^ 3146, p. 9.

(3) GuiUon, CoUêCtion du brefs de Pie VI pendant la Eévolution française, Paris, 1798, t. I, p. 76, note.

désespoir une classe de citoy«as déjà trop écrasés. Elle devoit procéder à Texécution des décrets, sans se tourmenter ni tourmenter les autres pour les faire approuver; il eût été temps de sévir lorsqu'elle auroit éprouvé de la part des évêques et des curés une résistance ouverte. C'était là Toccasion de pratiquer cette tolérance si prêchée par les philosophes... > Ge langage était tout différent de celui de Barruel. Le regret de la rupture y perce à chaque mot.

Dans leur sincère désir de concilier leurs devoirs envers la patrie et leur respect des rites sacramentels, certains évêques imaginaient les solutions les plus hardies, tel Tévêque de Blois, Thémines, qui n'hésitait pas à proposer la suppression du salaire des prêtres, la séparation de l'Église et de l'État, la réduction du catholicisme au niveau des cultes dissidents simplement tolérés : « Il nous est venu, écrivait-il, une pensée peut-être salutaire, c'est d'acheter notre liberté et de rentrer dans notre héritage. Les temples et les synagogues ne sont pas une charge pour la nation, elle ne s'en mêle pas. Puisque nos biens nous ont fait tant d'ennemis et que nos dépouilles ne les ramènent point, nous sollicitons. Messieurs, comme une faveur, de ne recevoir aucun traitement pour nous, ni pour les dignes coadjuteurs de notre entreprise. Nous désirons offrir généreusement dans notre église cathédrale nos soins et notre sollicitude. Laissez-nous les âmes et prenez tout le reste, vous nous commanderez ailleurs, mais dès que vous entrerez dans l'égUse, vous y serez nos enfans et nos disciples... (1) » Mais les temps n'étaient pas encore

(1) LeUre de M. Vévéque de Bloi$ à MM. la adminiitraUun

mûrs pouF ces solutions radicales si opposées à Tesprit du siècle. Les révolutionnaires, qui voulaient unir au point de les confondre F Église et l'État, ne les sépareront que contraints et forcés par la logique des circonstances.

Ils ne désespéraient pas alors de lever les scrupules des prêtres patriotes et d'entraîner les hésitants. Camus s'efforçait de démontrer que la constitution civile du clergé pouvait entrer en application sans recours au pape, et sans violation des formes canoniques. Sa brochure recevait l'adhésion de vingt-neuf curés députés (1).

Avant même que le roi ait donné sa sanction au décret du 27 novembre, des prêtres désireux d'afficher leur civisme s'empressaient de prêter serment devant les municipalités (2). L'archevêque de Sens, Loménie de Brienne, n'attendait pas plus longtemps pour obéir aux décrets et organisait son conseil épiscopal (3). Dans toute la France partisans et adversaires du serment se jetaient les pamphlets à la tête avec cette charité évangélique qui caractérise d'ordinaire les polémiques des prêtres. Les réfutations de VExposilion des principes se succédaient nombreuses et âpres.

Le curé d'Huillaux, Laurent, député à l'Assemblée,

du département du Loir-et-Cher, s. 1. n. d. Bib. nat., Ld^3148, p. 12.

(1) Développement de Vopinion de M, Camus,,., Imp. nat., 1790. Bib. nat. Le 3> 1131. Parmi les signataires, Je vois Lecesve, Ballard, Gouttes, Saurine, Aubry, Latyl, mais ni Grégoire ni JaUet.

(2) Gazette de Paris du 7 déMmbrt 1790 «t discours d« Camus, du 23 décembre 1790.

(3) Correspondance du Père Lenfant, t. I, p. 93, l«ttr« du 3 décembre 1790.

n% voulait voir dans l'attitude des évoques que calcul •t hypocrisie : « Dieu, s'écriait-il, n'a pas livré les peuples à la domination des prêtres... mais... il a donné des prêtres aux peuples, ce qui est différent. » Rappelant avec indignation les abus d'autrefois, il insinuait que le regret des richesses perdues inspirait au fond toutes les protestations : a Vous avez profité de la longue absence du législateur pour élever le Veau d'Or. Mais enfin le législateur a paru pour punir votre idolâtrie... (1) » Le curé de Rongères, Tridon, également député à l'Assemblée, ayant protesté contre ce langage indigne d'un prêtre (2), à l'en croire, s'attira une réplique mordante de son contradicteur qui l'accusa de « déprimer honteusement son sacerdoce en prêchant le dogme de l'obéissance aveugle, dogme favori, qui fait la base de l'hérésie épiscopale (3). »

Plus hardi encore et plus philosophe, le curé de Nouaillac, Paganel, qui siégera plus tard à la Convention sur les gradins de la Montagne, ne voyait dans les protestations des évêques qu'un coup de la « superstition », qui évoquait ses terreurs et ses fantômes pour séduire la piété des peuples. Entrant pleinement dans la pensée des Constituants, il définissait en ces termes le devoir du prêtre : « Comme Prêtres-Citoyens,

(1) F. X, Laurentf curé d'Huillaux, député du département de V Allier. Déclaration d'un curé membre de V Assemblée nationale sur la Constitution du clergé, Paris, Cussac, 1790, p. 19.

(2) Réponse à la déclaration d*un curé membre de V Assemblée nationale sur la Constitution du clergé, Paris, Crapart 1790. Bib. nat., Ld« 3094.

(3) Un petit mot à M. Tridon, de la part de M. Laurent, auteur de la Déclaration. Bib. nat., Ld^ 3096, p. 8.

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unifltons-oout à It Nation; eomme Pasteur» tt fonetionnairee délégués par dlo, faisons aimer et accomplir les volontés suprêmes de la Nation. » C'était mettre la Nation à la place de Dieu. Paganel poursuivait dans sa logique : S'il en était autrement f il n'y auroit pas unité de Nation. Le droit public dépendroit de deux principes rivaux, les ministres du culte, au lieu d'être une portion de l'État, en s^oient une puissance et les prêtres qui, sous le rapport des citoyens, feroient partie intégrante de la souveraineté, formaroient en même temps, comme portion du clergé et sous le rapport de dépendance avec le chef de l'Église, un pouvoir qui restreindroit la Souveraineté et pourroit en contrarier les actes (1). »

Béhin, curé d'Hervin-Coupigny et député à l'Assemblée, raillait l'importance que lesévêques donnaient aux formes canoniques et se demandait s'ils étaient de bonne foi en réclamant le recours au pape ou au concUe (2).

Ces prêtres philosophes se mettaient peu en peine de suivre leurs contradicteurs sur le terrain de la théologie et du droit canon. D'autres, plus profondément chrétiens, plus respectueux des formes, s'attachaient à réfuter pas à pas l'argumentation des évêques. Un docteur de Sorbonne, qui se disait « ami de la Religion

(1) Lettre de M. Paganel, curé de Nouaillac, procureur syndic du district de Villeneuve (sur Lot), à MM. les curés et vicaires desservant le même district.,. A Agen, Vve Noubel, déc. 1790. Bib. nat., Ld* 3144, p. 11.

(2) Lettre de M. Béhin, curé d'Hervin-Coupigny, député à V Assemblée nationale de la ci-devant province d'Artois à M..., sur P écrit intitulé Exposition des principes.., 9 déc 1790. Bib. nat., Ld« 3136.

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6t det leix », »'«fforçtii de prouver que It eonsiitution civile n'était pas hérétique puisqu'elle ne touchait qu'à la discipline, qu'elle n'était pas sdiismatique, puisque les rapports du pape avec les différentes Églises nationales sont matière d'opinion et non de foi. Elle ne portait pas atteinte à l'autorité spirituelle, car le conflit, l'usurpation de juridiction spirituelle ne pourrait naître que de la résistance du clergé, c'està-dire d'un vice qui n'était pas inhérent à la constitua tion. L'Église devait se soumettre. Si elle résistait, les suites seraient affreuses. L'incrédulité seule y gagnerait. Le serment était licite, car il n'obligeait point à approuver expressément tous les décrets ou même à reconnaître la compétence de l'Assemblée dans les matières ecclésiastiques. Avait-on attendu la permission du pape pour prêter le premier serment, le serment de 4 février, renouvelé le 14 juillet? On se plaignait du despotisme de l'Assemblée. Avait-on oublié dans quelle dépendance le Parlement tenait la puissance ecclésiastique? Les scrupules invoqués, peut-être respectables, n'avaient donc pas de fondement (1).

L'abbé Charrier de la Roche, député de Lyon à l'Assemblée, dans une épaisse consultation, bourrée d» références, raisonnait à peu près de même que ce docteur anonyme. Avec beaucoup d'à-propos il montrait que la Constituante avait été loin d'approcher des hardiesses de Louis XIV qui avait « présumé de régler seul, dans l'édit célèbre de 1695 sur la juridiction de l'Église, des questions beaucoup plus graves ». Cet

(1) Apologie du serment civique par un pre^e de la maison et soeiéU de Sorboime, ami de la religion ei des lois, Pari84790 21 p. Bib. nat., Ld* 3126.

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édit obligeait les bônéflciers pourvus de leurs titres en cour de Rome de se munir du visa de Tévêque diocésain, défendait aux réguliers d'administrer le sacrement de pénitence sans la permission des évoques, ordonnait aux évoques de visiter ou de faire visiter tous les ans au moins une partie de leurs diocèses, etc. Autant d'empiétements évidents de la puissance civile sur la puissance spirituelle 1... « En comparant ce despotisme absolu avec ce qu'a fait l'Assemblée nationale, jugeons avec impartialité lequel des deux a excédé dans l'étendue de ses droits et l'exercice de son pouvoir, ou celui qui, bien au delà du concile de Trente et de l'ancienne discipline de l'Église, a sacrifié tous les droits du second ordre à l'ambition, à la domination du premier ; ou celui qui n'a fait que rétablir, conformément aux règles primitives et aux anciens canons de l'Église, les droits et les devoirs des uns et des autres dans les justes bornes de la sagesse et de la modération... » Et l'abbé Charrier protestait contre la thèse ultramontaine qui faisait des évèques les délégués du Saint-Siège. Bossuet, Pavillon s'intitulaient évoques par la Providence divine I Que les évoques de ce temps se souviennent qu'ils tiennent leurs pouvoirs de Jésus-Christ ! Si le schisme se produit, ils en seront responsables car ils peuvent au moins par provision exécuter les lois nouvelles en se servant du procédé des délégations (1).

(1) Charrier de la Roche, député de Lyon à l'Assemblée nationale. Examen des principes sur les droits de la religion^ la jwisdiciion et le régime de V Église catholique^ relativement à r influence de l'autorité séculière dans la Constitution civile du clergé, Paris, Lederc, 1790, 101 p. fin décembre 1790. Bib. nat.» Ld* 3160.

Les administrations locales secondaient de leur mieux le zèle des curés patriotes, publiaient à leurs frais leurs brochures apologétiques et les répandaient dans le peuple (1) ou bien se livraient elles-mêmes, par la plume de leurs procureurs généraux syndics^ à de véritables consultations théologiques. Il est facile de se moquer, avec notre esprit d'aujourd'hui, de ces laïques qui dissertaient de choses d'Église et imitaient le Pascal des Provinciales. Je ne les trouve pas, pour ma part, si ridicules puisqu'ils étaient pour la plupart de sincères catholiques et que l'Église de ce temps-là était encore l'assemblée des prêtres et des fidèles. Il y a quelque grandeur candide dans cette argumentation, que le conseil général du département de la Marne oppose à l'évêque de Reims : « L'œil attentif de l'Être suprême a veillé sur l'œuvre de nos Représentans. Quelle qu'ait été la] disposition de leurs cœurs, leur main n'a écrit dans la Constitution que ce que le doigt de Dieu t^açoit, et ils n'ont porté de loi pour faire revivre les droits de l'homme et pour rappeler la discipline ecclésiastique qui ne soit fondée sur les maximes de l' Homme-Dieu et sur les règles saintes de l'Éghse (2). »

(1) La lettre de Paganel, analysée plus haut, fut imprimée en vertu d'un arrêté du district de Villeneuve, en date du 21 décembre 1790, les Observations de Le Coz, principal du collège de Quimper, par ordre du département du Finistère, la réponse de Nusse, curé-maire de Chavignon,à l'évêque de Soissons, par ordre du département de l'Aisne, etc. Il est inutile} d'indiquer ici les nombreux pamphlets qui parurent dans ce mois de décembre 1790 pour et contre la constitution civile du clergé. On les trouvera au catalogue de la Bibliothèque nationale. Je n'ai voulu que marquer les principales positions des thèses en présence...

(2) Lettre adressée par le Conseil général du département

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La iorce du courant populaire éttlt teiâe q«e les arUtocraies les plus perspicaces^ les plus rassis ne s'imagûiaient pas qu'il fût possible de le nmoater* Avec la plupart des «hefs patriotes ils prophétisaient que le clergé se soumettrait finaleiEient et que le pape serait heureux de baptiser ce qu'di ne pouvad!t empêdier^ Le 6 décembre, le comte de La Marck, qvà servait d'intermédiaire entre la Cour et Mirabeau, écrivait à ragent autrichien Mercy-Argenteau : c Ceux qui ont provoqué ce sermeait (de la constitutioa civile) et ceux qui Tont appuyé savent bien que la igrsnde majorité des ecclésiastiques obéira et que œux qui résisteront de bonne foi ae paraitront être que des victimes volontaires. On s'est empressé cependant d'envoyer un courrier à Rome pour obtmir du pape l'accomplissement des fora^lités spintudiles qui doivent lever les difficultés que le clergé avay. op^^éfis. Comnxe on a lieu de croire, d'un côté, que, f usqu'ao retoiiu: du courrier, l' Assemblée ne provoquera pas ia sanction du Roi au décret, et que, de l'autre, ^i est convaincu que le pape accordera tout, les espérti^es que quelques esprits avaient fondées sur cenonveau motif de mécontentement se réduiront à peu de chose (1),» C'était traita avec bien du dédain le plan contre-révoltttioimaire.

Les députés du côté gauche partageaient ponr la

ée îa Mxzrne, à M, Véuêque du siège de ReimSf déterminé par la loi de VÉlal pour être celui du département, 1^ déc. 1790, Bft). nat., Ld* 3135, p. 7.

(1) Correspondance de La Marck et de Mirabeau, t. II, p. 397»

plupart le sentiment du comte de La Marck. « La cai^ale des évêqueSy écrivait le député de Brest, Legendre, s'arrêtera k l'arrivée de la buUe, ou ea toat cas à l'^exécation du décret du 27 qui sera sanetioané JAcessam]iieQt(l}. • Le curé de Berna.j, Thomas Liodet, avec un beeui laépris pour le corps dont il faisait partie, annoo^^ait À ses commettants^ le 1^ décembre, que les auteurs de lExpwiiion des principes allaient s'empresser et jur^ pour ne pas perdre leurs 20 ou 30.000 livres {2}.

Plus prévoyant, parce qu'il était plus religieux et parce qu'il savait par expérience quelle puissance exerjl^it .sur l'âme de ses confrères ie respect des rites tradiUonnels, le curé d'Embermesnil, Grégoire^ était moiiid eonfiant. Il craignait l'échéaAee du se^rmont et, si on l'en crodt, il ût ce qu'il put pour la retaider (3). ht comité ecclésiastique, qui avait déjà {H*êdié ia tempodsatèon avant la loi du serment, persista dans son aititude prudente et léservée. Il conseilla de ne pas preaa^ la sanction du roi. Mais l'Assemblée n'écoutait plus le Comité ecclésiastique. EUe lui raprocbait d'avoir endormi sa vigilance. Les td^is du côté ^uche veulent obtenir l'exécution immédiate da décret sur te serment afin de devancer la réponse tte

<l) OMTe^^Bctance 4e Legeadre, lettre d« 19 décembre 1790. La. JiémAuiion française, t. XL» p. 50.

<2) Correspoadance de Thomas LÀjadtt, publiée par A. Mmitier,Paris, 1899,p. 245.

(5) « T>ans i'espiferaiice devoir arriver la réponse du Souverain ï^nftife» ptoRCurs tels moi-même j*aî «ngagé M. le ^arde des «œovK À De pas presser ta sandtâMitAi Roi,iiiHi|BBiiieabt posr traimuiUiser feux qui croient que la €«>n&titaitisa iieiirte la religion et pour éviter un choc funeste entre le sacerdoce et Tempire. » Grégoire, Légiiîmiïé du sermeni (1791), cité par EL. Omaier, ânda mr l'hMoite itë^use 'Ae ia SHévoluUon, Paris, tSB7y p« 13, nufte 1.

Rome. L'un d*eux, Gaultier de Biauzat, qui joua un rôle important dans cette crise, a exposé très clairement les raisons de leur attitude. Il écrivait le 14 décembre à ses électeurs de Clermont-Ferrand : « Ce retard de la sanction est F effet d'une imprudence ou d'une fausse démarche ; c'est que le Roi a écrit à Rome et que le courrier ne peut être de retour que le 24 ou le 26 de ce mois. L'on ne doute pas que, quel que soit l'avis du Pape, le décret sera sanctionné ; mais Ton improuve qu'on ait pris ce parti qui pourrait faire croire à quelques personnes qu'on a jugé l'avis du Pape nécessaire pour la validité du décret, du serment ou de la sanction. Nous travaillons actuellement avec quelques-unes des personnes qui approchent le plus près du Roi pour obtenir la sanction avant l'arrivée du courrier. C'est un procédé très délicat à suivre, et principalement pour éviter l'explosion des idées de résistance ou d'improbation de la démarche déjà faite... (1) » Autrement dit, la gauche regrettait d'avoir laissé croire, par ses atermoiements antérieurs, qu'elle comptait sur la sanction pontificale pour rendre possible la mise en vigueur de ses décrets. Elle comprenait la faute commise et se hâtait de la réparer. N'osant pas blâmer ouvertement la nouvelle négociation entamée par le roi, puisqu'elle avait autorisé l'ancienne au moins par son silence, elle s'appliquait à à la désavouer par le fait en brusquant les choses.

L'obstacle à vaincre est désormais la résistance du roi. Les jacobins déchaînent une vaste agitation qu'ils intensifient tous les jours. De tous les points de la France les adresses affluent à l'Assemblée. Le 13 dé-

(1) Gaultier de Biauxal, sa vie et sa correspondance, par Francisque Mège, Paris, Lechevalier, 1890, t. II, p. 349.

cembre, Biauzat fait lecture à la tribune d'une délibération des administrateurs du Puy-de-Dôme qui réclament des mesures énergiques contre les évêques rebelles : « Daignez réfléchir que les jours de clémence ne font que des ingrats et que, tant de fois outragée, la patrie veut enfin une vengeance éclatante (1). » Le lendemain, Biauzat écrivait aux mêmes administrateurs pour les inviter à lui faire parvenir de nouvelles plaintes qui lui serviraient à peser sur Tesprit du roi par l'intermédiaire du garde des sceaux qui apparaît ainsi gagné à cette tactique : « Je dois vous observer, disait-il, que pour autoriser M. le garde des sceaux à presser la sanction du décret sur le serment, il faudra le munir de preuves établissant qu'il convient d'éviter le trop long retard comme le refus. Je voudrais bien que vous m'écrivissiez, par forme de questions pressantes, sur ce retard. Votre lettre, partant le 18, me parviendrait le 21, ou, en cas de durée de mauvais temps, le 22, et je m'en servirais le même soir pour contribuer à presser la sanction, de manière qu'elle soit accordée avant l'arrivée du courrier parti pour Rome. Vous pèserez mes observations et vous verrez s'il ne serait pas convenable d'exprimer dans une délibération les dangers du retard de cette sanction, sans cependant faire apercevoir que l'on est instruit de l'envoi à Rome. Vous chargeriez notre président de m' écrire pour savoir les causes de ce retard. Remarquez que ce que nous faisons ici à ce sujet n'étant qu'une négociation secrète, ce n'est pas au président de l'Assemblée nationale qu'il faut écrire (2), »

(1) Moniteur, t. VI, p. 622.

(2) Gaultier de Biauzat, lettre du 14 décembre 1790, postscriptum.

454 ROME ET lA COHSTFTUANTE

he jour même où Biauzat écrivait celte lettre qnî nous écîaîre sur la lactique de la ^uche, le célèbre acteur Larive venait déclamer à la barre une adresse de rassemblée électorale du déparlement de Paris où étaient d^oncées les tentatives de Fépiscopal pour soulever la piété crédule. « L'opposition de la puissance spirflueBe à la puissance temporelle n*est qu\ine antithèse de Tignorance, une hérésie en poHtrque, un blasphème contre l'Évangile (1) ! »

En vain le roi s'efforçait de calmer Tagitation et d'aller au-devant des demandes d*expIication. Dès fe 14 décembre, il faisait parvenir à l'Assemblée un message du garde des sceaux où il était dit : « L'intention du Roi a toujours été de donner une pleine et entière exécution aux décrets de l'Assemblée nationale du 12 juillet, dont celui du 27 novembre est une conséquence. Le Roi s'occupe des moyens d'en assure? Tcxécution et prévenir tout ce qui pourrait la contrarier. Sa Majesté me charge de dire à l'Assemblée nationale, qu'elle a donné assez de preuves de ses principes, de son attachement à la Constitution pour qu'on ne puisse élever aucun doute sur les motifs qui l'ont déterminée à retarder la sanction de ce décret (2}. » Ces assurances ne satisfirent pas la gauche qui avait son parti pris.

La presse jacobine redoublait d'attaques contre Fentourage du roi, contre l'Assemblée elle-même î « L'opinion publique, écrivaient les Révoluiîons de Parts, soutiendra la révolution contre la mollesse de

(1) Moniteur, réimp., t. VI, p. 63S.

(2) Prvcès-uerhta de V Assemblée naihnate, séance du mardi 14 décembre 1790 au matin, p. 25.

lE SCHI9ME 455

^Assemblée ii«tioiial«^ et les irrésolntîefiâ^ du rof. L.'opîmoii piobtique a déerélé avant T Assemblée, a sanctionné aran/tlerot 1» sarment imposé aicx évèques. ils te prêteront, ee serment.» {l) » Mars^ mtltuMf 8<H» naméro du d décembre « Révolte du Roi contre la Gonstitutiais ». Le bruit coaraH que les arîstocratea se ptopesaleiLt d'esitever Louis XYI et de le condmre en Belgique pour le mettre à la tête de la eontre-ré- TolntÊQU. Ittavat prétendadt savoir que le 17 du urne « une persomue anciennement attachée à son service Savait sjorpris fondant en l»mes^ ôans son eabniel cl s^eftorçant de les eael»er à tous les regards » ^). Les efforts faits Isl veille poiir le faire fuir auraiienl été la cause de ces larmes. Un cer^aSi» Philippe Hec- ▼ieux aecusaft le comte d'Angivillers, directeur cPes bâtiments, d^être Fauteur principal du retard apporté à l»a sanction attendue. « Les ministres actuels ne peu» vent balanccDT son mffuence sur l'esprit <*e Louis XVI (3) K Cette plirase, répétée par le jourHatiste, aurait été prono^ieée pudiquement par le nouveau garde des sceaux, Duport Dutertre, si on en ereit la Coîffespondantt seerèU qui la ne4e trcHS jours avawl qu'elle eût paru dans- la Chronique de Paris (4).

Lefjrand débat qiue tout anneoiçaiteut lieu le 23 dè-

(1) RbHilutioas. de Paris, &<> 75» n® eu 11 au 18 déc«nbre

(2) Ami du peuple, du 23 décembre. Cf. la même version dans Hft Cerreapendanee secrète du 24 décembre, t. II, p. 492.

|9) Cfatuu^tie' de Parier du ^ âécenbre.

(4} Oarespondtaice ucr^e du a décraibre^. t. 11^, p. 487.

cembre. Camus demanda à la séance du matin que le président se rendît chez le roi sur-le-champ pour s'informer des motifs pour lesquels le décret du 27 novembre n'était pas encore sanctionné et pour le prier de donner immédiatement cette sanction. La proposition de Camus fut adoptée sans débat.

A la séance du soir le président, qui était alors Dandré, fit connaître la réponse que le roi lui avait remise par écrit. Louis XVI protestait qu'il méritait la confiance de l'Assemblée, qu'il attendait d'un moment à l'autre l'effet des mesures qu'il avait prises pour appliquer les décrets en évitant de troubler la tranquillité publique; autrement dit, il demandait qu'on lui laissât le temps d'obtenir une réponse de Rome. Camus remonta à la tribune. Le décret du 27 novembre étant un décret constitutionnel, le roi ne pouvait refuser son acceptation. Tout délai compromettrait la tranquillité publique. « Il y a eu trop de délais ! » L'Assemblée ne souffrirait pas qu'on portât atteinte à la Constitution et Camus évoquait le souvenir du serment du Jeu de Paume, glorifiait la fermeté que l'Assemblée avait montrée quand elle avait porté les derniers coups au despostisme royal. « Vous avez épuisé tous les palliatifs, il n'y a plus d'autres ressources, soyez ce que vous devez être ou renoncez à la liberté. » Et Camus montrait l'anarchie grandissante dans le clergé par suite de l'incertitude régnante, réveillait le vieux gallicanisme, faisait craindre la mévente des biens d'Église et proposait en terminant de faire une nouvelle démarche auprès du roi « pour lui représenter les inconvénients sans nombre qui résultent du décret du 27 novembre, pour lui représenter ce qu'exige la sûreté de la Constitu-

lion, et pourTinviter à peser, dans sa sagesse, dans son amour pour les peuples et pour la religion, tous ces motifs et pour le prier d'envoyer demain une réponse définitive ».

En vain Toulongeon et Duquesnoy essayèrent de gagner du temps. Toulongeon contesta que la chose publique fût en danger pour qu'on dût agir avec cette précipitation. « Si elle y était réellement, vous n'auriez pas accordé de délai. » Il demanda l'ajournement jusqu'au 1^' janvier.

Duquesnoy, un homme de Mirabeau, après avoir dit beaucoup de mal du haut clergé, invita l'Assemblée à se montrer tolérante et à ne pas faire le jeu des fanatiques qui désiraient des martyrs.

Camus et Chasse t soulevèrent une chicane de forme. La réponse du roi était-elle signée de lui et contresignée d'un ministre? Avait-elle une valeur légale?

Hautain et provocant, l'abbé Maury railla ce formalisme et formula le souhait que, dans l'intérêt et la cause aristocratique, on pressât la sanction, qu'on l'arrachât par la violence : « Je vous observe que le terme fatal de la sanction des décrets constitutionnels n'est pas limité avec une grande précision, et que la liberté non des membres de cette assemblée, mais du chef de l'État demande de grandes précautions, parce que tout acte de violence serait un bienfait pour... » Des murmures violents l'interrompirent. Il acheva cependant sa pensée : « Je dis qu'un acte de violence deviendrait un acte conservatoire. » C'était dire, à mots couverts mais très clairs, que la sanction qu'on allait arracher au roi n'aurait, aux yeux du haut clergé aucune valeur, car ce serait une sanction forcée. Ce que le haut clergé, chez qui la religion du

458 ROME ET SJ^ CQ'lfS'nTUANTE

pot élaft »v mmns aiim vive que ia ireUgiea du piipe, aurait pu accorder au roi libre, 11^ se rafl en droit «f» le refuser au roi contraint. Rîen ne montre mîemr combien il eût été facile à un autre roi que Louis XYf d'obtcnw de l'épiscopftt Fadhénon à hr conatitutibn em*e dn cfergé> même en l'absence de toute a«t«faation du pape.

L^'Assemblée dédaigna l'avertissement menaçani de Fal^é Mamy. Après dee interventions de Bar», nave, de Chapelier, de CoroWer, de Muguet de Nan^ thou, de Camus, de Biauzat et de Chasset, éttc ordonna que son président se retirerait de nouveau vers ïe rof pour lui demander une réponse signée et contresignée (1).

C'était le moyen assuré de forcer la sanction, en substituant k la responsabffitè royale, qui n'existait pas d'après la Constitution, la responsabiftté ministérieïïe. Mais c'était commettre une imprudence grave, car c'était avertir publiquement le pays que le roi ne pensait pas, non setdenient comme FAssemblée, mais même comme ses ministres. C*était révéter aux aristocrates et au pape le secret des divisions et des faiblesses du pouvoir, et c'était ïeur donner un encouragement précieux.

(1> Un pflBtpUet réirafitaire» daté de j«ia 1791». UàX r^MOber sm Camus U responsabilité de la sanction du décret du 27 novembre. C'est contre Tavis du comité ecclésiastique qu'ff aurait fait la motion d^exîger duroîracceptation du décret V et qa&nd ane personne de ses amis hû a rc^eehé d^avofr ^ iifftâ si YiTomsnfc an: ce ptiat». il a répondarc Cest BarnsPê ^ Va VQula l > Lettre de M^ dû TaUeyrandt micieu éoê^iâ d*Autun, chef à la communion des Talleyrandistes, sur son rapport concernant r admission égale et indéfinie de fous tes imiter nHgîeux, Parte, 1791, 70 p. Bib. nat., Eb*« 5017.

Louis^ XVI, qni avait sa dignité, regimba d'abord contre la sommatîofi qui lui était adressée. La reine et Mme ÉHsabeth le sup][^îaient de ne pas céder et de s'ewfair au besom aux Pays-Bas (1>.

II craignait les reproches du pape. Plus encore, îï craignait ses propres remords s'S prenait (a responsabilité du schisme. Mais, d'autre part, Fimpopularitè de la reine, attaquée chaque jour avec virulence, alarmait sa tendresse. S*il résistait, c'était l'émeute, un nouveau ^ octobre peut-être plus sauvant. Déjà il t^était plaint au [Résident de FAssemblée, quelques jours auparavant, « de la manière la plus énergique »i des calcnnnîes lancées contre la reine par le Journal de Paris (2). H cwisulta Malouet et BoisgeHn par une lettre où il leur dit ses appréhensions. Malouet pensait que le schisme pouvait être évité, que les évêques au dernier moment se délégueraient mutueHemenl leurs pouvoirs. Boisgelin le détrompa : ft Les évoques sages seront forcés, en dépil d'eux-mêmes, de "refuser le serment, si les formes ne sont pas remplies ; chaque èvêque dispersé ne peut pas y suppléer et M. Malouet scmMe avoir confondu ce que l'Église peut faire avec ce qu*on peut faire sans l'Église (3). » Les évêques de l'Assemblée se réunirent en conférence sous la présidence de Boisgelin pour examiner la lettre du rw. Us constatèrent que la majorité avait son siège

(1> Cotrespondance secrète, t. îl, p. 49Q.

(2> Paiok& ât Dandré, à la séance dn 23 déeembte. Le roi avait déclaré à Dandré que la reine était comme lui « infiniment attachée à la Révolution ». Moniteur, t. VI, p. 706.

(3) Pièces de rarmoire de fer, n« LXXI. Lettre de Boisgelin mt rei {nen datée, mais postérieure aa 24 décembre ei antériettre Ml 26).

fait, qu'elle était décidée à imposer ses volontés : f On m'a dit, écrivait Boisgelin après la conférence^ les motifs des chefs, ils ne veulent point reconnaître le recours à Rome. On annonçait le retour du courrier pour le 27 ; ils veulent le prévenir. Si la réponse est favorable, ils ont le droit de regarder l'exécution comme la suite du décret antérieur. Si la réponse est négative ou même dilatoire, ils accuseront le pape et le clergé de n'avoir pas prévenu la rigueur de l'exécution ». Et Boisgelin ajoutait avec tristesse : « Voilà ce que j'ai toujours craint. Le principe de la Cour de Rome devait être de faire tout ce qu'elle devait faire et de ne différer que ce qui pouvait être moins pressant et moins difficile ; quand il ne manque que des formes canoniques, le pape peut les remplir, il le peut, il le doit ; et tels sont les articles que Votre Majesté lui avait proposés. » Autant au moins que l'Assemblée, la Cour de Rome partagerait la responsabilité du schisme.

Mais que faire? En évêque « sage » qu'il était, Boisgelin ne voulait songer qu'à l'intérêt du roi qu'il confondait avec l'intérêt de l'Église : « Je ne séparerai Jamais la religion de l'État, ni l'État de votre personne, parce que la religion et l'État tombent avec le roi. » Or l'intérêt du roi était de subir les circonstances, tout en cherchant encore des a moyens possibles » d'empêcher le schisme. Boisgelin parlait maintenant en bon courtisan, en bon royaliste: « Si l'on était assuré du concours du pape et de la promptitude de sa réponse. Votre Majesté pourrait sanctionner d'avance le décret sans inconvénient. Les départements exécuteraient le décret quand les évoques se conformeraient à la réponse du pape;

mais on ne peut pas combiner des circonstances sur lesquelles on est dans le doute et dans l'incertitude. Si Votre Majesté ne peut pas se défendre des instances renouvelées, si vos ministres ne les préviennent pas, il importe sans doute pour elle et pour la chose que son acceptation semble un acte forcé. Votre Majesté fait une réflexion bien intéressante sur la position de la reine, son intérêt en est un pour TÉtat comme pour Votre Majesté ; et c'est pourquoi il ne faut pas attendre que les chefs recourent encore à des attroupements. Il ne faut pas céder aux émeutes ; s'il faut céder, ce doit être pour les prévenir et l'insistance opiniâtre de l'Assemblée devient, dans l'état actuel, la loi de la contrainte... »

« La loi de la contrainte », « un acte forcé », Boisgelin mettait à l'aise la conscience du monarque et croyait lui préparer pour l'avenir des retours offensifs. Il ne se doutait guère que la duplicité qu'il conseillait conduirait Louis XVI à l'échafaud et la monarchie au tombeau.

Il avait parlé en courtisan. Il se souvint à la fin de sa lettre qu'il était évêque : « Que deviendraient cependant les évoques destitués? Que deviendraient les diocèses, livrés à des intrus, qu'aucune forme canonique n'aurait légitimés? » Tant son illusion était grande, Boisgelin imaginait une solution qui prouve jusqu'à l'évidence avec la sincérité de ses sentiments de conciliation sa méconnaissance absolue de ce qui se passait à Rome : « C'est alors, Sire, qu'un second courrier doit arracher au pape un consentement forcé ; c'est alors qu'instruit par ces tristes effets dont son refus serait la cause, il se presserait sans doute de les réparer. Il se passerait quelque temps entre la destitu-

462 ROME ET LA COJ^STITUANTE

lion des évêques et T^ectioa de odux qu'on voudrait leur substituer, et dans cet intervalle on pourrait recevoir la réponse de Rome. » Loin de songer à répaner les mauvais effets <kml son refus éiail la twâse, le pape allait encore les aggraver ! La violenoe laite au nu, au lieu de l'incliner à la conciliation, lut, au contraire, une excuse qu'il iiiettra en avaat pour motiver sa résistance.

Louis XVI suivit les conseils de l'archevêque d'Aix. 11 s'arrangea pour qu'il lût bien établi que son eonsentement était forcé. Il laissa d'abord son ministre de l'intérieur, Saint-Priest, lui offrir sa déQiissi<m. îi accepta cette démission {!}. La journée de Noël se passa sans qu'il prît une décision. La matin du 26 décembre, le ministre démissionnaiie le supplia de iMMiveau de sanctionner le décret en signant la lépoose qu'avait préparée le garde des sceaux Duport du Tertre. 11 lui i^présentait, 4i^x^ une eurieuse eoa sultatioa de droit constitutionnel, que les nainistres avaient seuls la responsabilité légale. Le roi n'avait pas à écrire sa réponse. La Constitution ne lui demandait qu'une signature. Simple formalité. Le r^ n'avait pas à délibâ^ar. Ceci n^ardait ses minisiies. Plus il tarderait à répondre, « plus on pourrait en conclure que le roi nisrait délibéré sur ce qu'il lerait. a C'est ce qu'il fallait éviter à tout prix. La responsable Elle est noti&ée à l'Assen^lée à la ^anee du vendredi 34 décembre. Ëlte avait élé oiffierte le ^2. Pièces de l'armoire de ier, n» 175. Il Ssat noteor que le comte de Ferseo, Tâiai de Marie-Antoinette, était au ^jiieux avec Saint-Priest : « Sa maison est la mienne, écrit Fersen, il me comble de bontés, de p^Htesses et de t^nfiance. Je ^ais par lui tout ce qui se passe, , «t sMivent même il >»» eo^^ulte ». Le mmUe 4e Fenen -el 4a Oamr de Ermnce, fiar H. M. de Kiiaf3ico«!S!Êi\ôiR, t 1« p. UV.

bilité minifitérMIe devait t^NJ^ouits ctHivrir le roi (1). Louis XVI céda, Sd on «n croit les Souvenirs du marquis lie Bouille, qm était alors t la <;our, Louis XVi aurait dit au comte de Fecsen^ ooxrâdeid; ûe la rsiaim au momei&t où ii cLounait sa Ei^nature : « J'aimetais mieux être roi de Metz que de demeurer i^i de France dAUS un telle position ; mais eela iînira bientôt C^) ».

L*A»5emblée ^kccueiUît fmr de longs applaudissements la réponse royale, en ordonna l'impression et l'envoi anx «tmicipalités. Elle était con&nte dans 8om imm^ise ptopularité, dans la masse du iDais clergé qui l'avait suivie jnsqœ-là. Elle comptait ia psission popudaire pour vaincro tous les obstacles. Elle avâii le mépris du hamt clergé qu'elle croyait plus attaché aux t»ens terrestres qu^ux vérités éterneâes. Thoxxias Uiulet, fotur évêque constitutioniiiel de TEuite, écrivait le 19 décembj» 1790: « Les murmures augmenjbent dans Paris sur les délais de la sanettovi dm. serment ewlésiastique. Ces nouvelles aventures n'engagent pas le peuple à pr^idre patience, Je cr^is i^ue les dispoeitlonB pénales du 4écret 4u ^27 movemlsa» aercmt plus efficaces que tous les raisonnemaiLts et qm tous les rescrits de Rome pour convaincre ceux qui seraient incrédules à l'autorité de F Assemblée, «, (3) » La piu|iart des hommes de gauche partageaient ces illusions.

<1) Piôœ de l'armoire de ier, n» 175.

<2) Souvenirs du mar^^ de Bouille, t. I, p. 135.

(3) Correspondance éditée par A. Montier, p. 251.

Chose curieuse, beaucoup d'aristocrates ne luttaient que par acquit de conscience et étaient persuadés, eux aussi, du triomphe final de TAssemblée. Le comte de Fersen écrivait, le 3 janvier 1791, à son père : « Beaucoup de gens croient que cela (le refus de serment) fera un grand mouvement dans les provinces. Je n'en crois rien. Le peuple n'entend pas cet article de foi ; il n'est pas à sa portée et il sera toujours enchanté de choisir son curé et son évêque (1). »

Le comte de La Marck, moins pessimiste que Fersen, espérait qu'il y aurait une opposition sérieuse dans quelques provinces et s'en réjouissait.

Mais il estimait lui aussi que la grande majorité du clergé jurerait : a Le nouveau serment imposé au clergé peut aussi causer des troubles, écrivait-il à Mercy, le 30 décembre 1790, si la réponse du pape est un refus. On s'attend à ce que la grande majorité du clergé obéira ; mais la minorité relativement à tout le royaume pourra être une majorité dans quelques provinces, et si la résistance, même sur des points isolés, se communique des prêtres au peuple, on ne saurait calculer les maux qui pourront en résulter (2) ».

La réalité dépassa les espérances de La Marck et des plus déterminés des aristocrates. Tous les évêques en fonctions sauf quatre (3) refusèrent le serment.

(1) Correspondance de Fersen, Didot, 1877, t. I, lettre n« LVIII.

(2) Correspondance de Mirabeau avec le comte de La Marck, publiée par de Bacourt, 1851, t. II, p. 531.

(3) L'archevêque de Sens (Loménie de Brlenne), les évêques d'Orléans (Jarente), d'Autun (Talleyrand), de Viviers (Savine), auxquels il faut ajouter T évêque de Babylone (Du Bourg Miroudot), le coadjuteurde Sens (Martial de Loménie), l'évêque de Lydda (Gobel).

GombiMEi y eut-il parmi les simples prêtres de jiKtenrs et de noiif-jiireOTS? Les aristocrates^ le pape lui-mèroe, dans son bref du là avril, ont prétendu que la majorité était de leur eèté. L* Assemblée décréta le 12mars \7M, cfue ks départements dresserai^it nne statistique. Les éléments de cette statistique existent aux Ârcbiyes nationales^ mais poor quarante-trois départements seulement. M. Sagnac a calculé que^pour ces quarantetrofe départements, il y eut 14.847 assermentés et 10.395 rélractaires, ce qui donne une pwiportion do 57,6 p. 100 de jureurs. Le pape et les aristocrates au* raient donc menti quand ils alirment que les réfractaires lurent plus nombreuxqueles asserm^entés, et c'est en effet Topinion de M. Sagnac (1).

M. Sagnac ne s'est pas aperçu que, même pour les départements dont il a !es statistiques, les états qu'il analyse ne concernent pas la totalité du clergé^ mais seulement le clergé fajuli&nnaire public. Tous les prêtres, en efi^, n'étaient pas astreints au serment, mais seulement les évêques et leurs yîcaîres généraux, les supérieurs et directeurs des séminaires, les curés et vicaires, les professeurs des collèges, etc^ c'est-à-dire tous les ecclésiastiques conservés dans la nouvelle organisaticm. Étaient exclus de l'obligation la foule des moines et des prêtres des congrégations séculières, les prêtres habitués^^ obîtiers, familiers ou succursalistes très nombreux dans certaines régions, comme dans le Gantai ei dans kt Jura, îes an* ciens chanoines et prébendiers, tous supprimés, en un mot tous les ecclésiastiques non fonctionnaires

(1> Artide de M. Ph. Sagnac, datoâ la Reuu€ d*bxstaue mor dant, i. VIU, p. 97 et suiv.

ROVB El LA CONITITUANTB. 30^ ^

publics. Dans quelle proportion ces prêtres non employés par rÉtat étaient-ils par rapport aux autres? C'est ce qu'il faudrait savoir pour pouvoir apprécier les chiffres donnés par M. Sagnac (1). Il n'est peut-être pas impossible de connaître cette proportion, mais il y faut le dépouillement de nombreuses archives locales et recourir notamment aux déclarations des bénéficiers faites en 1790. En attendant cette enquête qui sera longue, nous sommes cependant autorisés dès maintenant à faire subir une correction aux conclusions de M. Sagnac qui ne portent que sur une partie du clergé. Il se peut que, considérant l'ensemble, le pape ait été dans son droit en affirmant que les jureurs ne représentaient qu'une minorité (2).

(1) Les écarts peuvent, par suite de cette considération, être considérables. Ainsi la liste de M. Sagnac pour le département de la Loire- Inférieure (le district de Nantes non compris) ne présente que 438 noms (97 jureurs et 341 réfractaires). Or, d'après la Statistique du clergé nantais à la Révolution, de Tabbé Cahour, citée par Sciout (t. II, p. 50), sur 1050 prêtres habitant le département, 189 seulement jurèrent. Le pourcentage des jureurs sur la totalité du clergé au lieu d'être de 22 p. 100, comme dans la statistique de M. Sagnac, tombe alors à 5,6 p. 100.

(2) L'abbé Grégoire a prétendu prouver que le clergé assermenté était bien supérieur en nombre au clergé insermenté. Dans son Histoire de V émigration ecclésiastique, publiée en appendice de ses Mémoires (1840, t. II, p. 175), il fait ce raisonnement : D'après un calcul du chef du bureau des émigrés, Morice, qui lui a communiqué le chifEre, le 9 mai 1805, il y avait 18 000 ecclésiastiques émigrés avant 1793 : c Environ 18 000 autres se sont déportés eux-mêmes ou ont été déportés », soit 36000. t Supposons toutefois et pour un moment, que le nombre des ecclésiastiques émigrés fut double ; et, pour élever cette hypothèse à l'absurde, supposons autant d'ecclésiastiques insermentés restés en France. Ces 72 000 ne

J'ajoute qu'il y a dans les statistiques analysées par M. Sagnac d'autres causes d'erreurs qui lui ont échappé. Dans plus d'une région il y eut des prêtres patriotes non fonctionnaires publics qui prêtèrent le serment sans y être tenus. Les administrations se sont empressées de les faire figurer dans leurs listes. La statistique générale du clergé fonctionnaire public s'en trouve ainsi faussée.

Beaucoup de prêtres consentirent à jurer afin de conserver leurs places, mais refusèrent ensuite d'entrer en rapports avec les nouveaux évêques constitutionnels. Cette catégorie curieuse de jureurs non schismatiques, qui croyaient pouvoir jurer en conscience parce que le serment n'était rien de plus qu'une soumission à l'autorité publique, mais qui ne croyaient pas pouvoir cesser d'obéir aux anciens évêques qui étaient toujours pour eux les évêques légitimes, cette catégorie curieuse n'a pas été recensée à part et entre dans le compte global des assermentés (1). M. Sagnac

constitueraient que la minorité du clergé, et la conséquence certaine serait encore que la majorité du clergé avait prêté le serment. Ce fait a été démontré par Lanjuinais. » J'ignore où Lanjuinais a fait cette démonstration.

(1) Le nombre des jureurs non schismatiques parait avoir été considérable dans tous les départements. Dans l'Ain, une note du directoire du département, en date du 7 juin 1790, évalue à 20 le nombre des jureurs qui se sont rétractés et à 40 ou 50 celui des jureurs qui ont refusé de lire la lettre pastorale du nouvel évêque constitutionnel (Arch. nat, DXIX, 21). « Quelques amis de la liberté et de l'égalité » de Belley écrivirent à Danton, le 4 septembre 1792, pour se plaindre que beaucoup de curés en fonctions, qui refusaient de reconnaître l'évêque Royer et qui s'étaient secrètement rétractés, contL nuaient à toucher leur traitement. L'évêque et ses vicaires généraux n'osaient pas les dénoncer et envoyer au département

oogle

ne Ta pas distinguée, faute d'une connaissanee suffisante des questions ecclésiastiques. Il n^a pas tenu compte enfin des rétractations qui furent nornlvenses ai^és la pul^ication des brefs du pape et des serments avec restriction acceptés pour valables par les munîôpafités complaisantes.

Avant que toutes ces reetiâcatioiK soient faite» il ne paraît pas possible d'affirmer dès maintenant que les jureurs furent, même au début, plus nombreux que les réfractaires.

A Kre les statistiques, nous touchons du doigt la raison de la faillite de Fœuvre religieuse de la Constituante : la pénurie presque absolue de prêtres assermentés dans certains départements. Dans la ci-devant Bretagne et dans la Normandie, dans la ci-devant Flandre et dans la ci-devant Alsace, le nombre des assermentés est infime : 8 p. 100 dai>s le Bas^Rbin, 11 dans le Morbihan, 17 dans la Mayenne, 23 dans le Rnistère, 19 dans le Nord, 19 dans le Pas-de-Calais et ces chiffres, je le répète, sont supérieurs à la réalité, n y eut des districts où on comptait en tout et pour tout un assermenté (Rochefort, Vannes). Valenciennes en compte Z, Hazebrouck 5. Qu'importe «près cda qu'il y eût d'autres régions où inversement, le nombre des réfractaires fut infime? Les assermentés furent dans l'Indre 84 p. lOQ, dans le Loiret 90 p. 100. le Var 96 p. 100, les Hautes-Pyrénées 77 p. 100» la Haute-Saône 71, etc. Dans ces départements-là, Tapplîeation de la constitution civile allait toute seule.

ka pcoc^vorbaux ccmstata&t leur» refu» de eemmui^ML Le 20 septendure. Diuitoa tranmiit la lettre à RaUnâ et RolAnâ écdvit le 24 im d^iMurtem^t de VAixk peur Fiavitejr à lakewieea^nitteCAidi. Aat, Fia 398).

LE SCBI8XE 4€9

La France n*en était pas moîas coupée en deux* Dans toute une partie du territoire, la réforme reii- ^uae ae pourrait étte imposée — si elle le pouvait — que par la force.

La Constituante avait voulu créer une Église na- Uouale et faire servir la religion 4 consolider Tordro nouveau. Le résultat, c*était qu'un ^^nd nombre de prêtres, jusque-là bons serviteurs de la Révoluticm, par scrupule <ie conseienee, parce que le pape n'avjût pas voulu faire le geste rituel qu'ils attendaieat, étaient obligés à une lutte qui n^était primitivement ni dans leur cœur ni dans leurs prévisions. Le résultat, c'est que le parti aristocrate était grossi du formidable renfort des consciences timorées, c'était qn*au licpu d'instituer une Église d'État^ la Constituante n'avait institué que T Église d''un partie l'Église du parti an pouvoir, en lutte dès le premier jour avec l'ancienne Église devenue l'Égiise du parti provisoirement vainciL Les querelles politiques vont être de pius en plus mêlées de rd^on. Mais précisément parce que la question était politique au premier chef, les révolutionnaires ne pouvaioit reculer sans compromettre toute leur oeuvre.

Quelle joie, quelle bonne fortune pour les émigrés et pour les aristocrates i Le sentiment monarchique avait été impuissant à leur fournir une revanche et voilà que le ciel leur venait en aide 1 Le sentiment religieux iut Je grand levier dont ils se servirent poar provoquer la contre-révolution.

Dès le 21 janvier 1791, Mirabeau donnait à la Cour, dans sa 43^ note, des conseils scélérats : « On ne p<Hivait pas, disait-il tjrouver une occasion plus favorable de coaliser un grand nombre de mécontents

d'une plus dangereuse espèce et d'augmenter la popularité du roi aux dépens de celle de l'Assemblée nationale. » Il fallait : « !<> provoquer le plus grand nombre d'ecclésiastiques fonctionnaires publics à refuser le serment ; 2© provoquer les citoyens actifs des paroisses qui sont attachées à leurs pasteurs à se refuser aux réélections ; S® porter l'Assemblée nationale à des moyens violents contre ces paroisses, tels que de faire mander à la barre les officiers municipaux des grandes villes, de casser les municipalités et de requérir le roi d'employer la force publique pour exécuter les décrets, d'empêcher que l'Assemblée n'adopte des palliatifs qui lui permettraient de reculer d'une manière insensible et de conserver sa popularité... »[^LaCour et les aristocrates ne suivirent que trop cette politique du pire.

Par la force des choses, la Constituante fut obligée de réformer la constitution civile afin de la rendre malgré tout applicable. Elle donna prise ainsi au reproche de jouer au concile et la constitution civile du clergé, qui avait été faite pour être mise en vigueur avec le concours de l'épiscopat, put être présentée, à cause de ses additions, comme une œuvre avant tout politique.

Les premiers évêques constitutionnels furent obligés d'employer les notaires et les juges pour se faire accorder l'institution canonique (1).

La procédure de l'appel comme d'abus imaginée par le décret du 15 novembre 1790, dut elle-même être

(1) On sait que de tous les évêques jureurs en fonctions, TaUeyrand seul consentit à sacrer les nouveaux évêques élus (MaroUes et Expilly).

complétée. Il y avait des provinces où aucun évêque n'avait juré, où par conséquent il était impossible de faire faire des sommations par ministère de notaire. Un nouveau décret, celui des 27-30 janvier 1791, pourvut à cette difficulté en renvoyant les nouveaux évêques devant le directoire du département qui leur désignait dans toute la France un évêque consécrateur. Par une nouvelle dérogation à la constitution civile, le décret des 21-25 février permit le sacre hors de la paroisse cathédrale. Le même décret dispensa les nouveaux prélats de demander pour leur consécration là permission de T évêque du lieu.

Le comité ecclésiastique dut se résigner à fonctionner à la manière des congrégations romaines. Il résolvait les difficultés canoniques et liturgiques qui lui étaient soumises. Treilhard, son président, envoyait aux nouveaux élus une longue et précise inslruclion sur la marche qu'ils devraient suivre pour leur sacre et leur institution canonique (1).

Le comité ecclésiastique fut consulté sur les points les plus délicats. L'évêque des Côtes-du-Nord lui demanda un jour quelle conduite il devait tenir à regard d'un curé constitutionnel qui, avec son vicaire, scandalisait tous ses paroissiens. Le comité répondit par une consultation minutieuse (2).

La pénurie des prêtres obligea d'abréger les délais des stages fixés par les décrets aux aspirants aux fonctions ecclésiastiques. Il fallut aussi permettre aux prêtres d'un département d'être nommés dans un

(1) Arch. nat., DXIX, 27. L'instruction n'est pas datée» mais elle n'est pas beaucoup postérieure au décret du 21 février.

(2) Arch. nat., DXIX, 30.

autre (1), Gomme les séculiers étaieiii insuffisants, on MCOBTut xux aiMâesis religieux qtti xeçureni ime pnme, la ittMtié de ieur pension deTetraiie, «n i^ms du traite* ment de le»r nouv^ ^nploà (2).

Le Tecrutement des prêtres tut la grande afteire des Bouveaux évêques. Beaucoup improvisèresit des sémmaires qu'ils peuplèrent de jeunes g^is sans vocaf ttoi nommés prêtres au bout d'un stage ridicuiement MsQZflsant. €eB séminariste fabriqués à la gros» R''é(iiâèrfflit guère leurs paroissiens «t cfmtribttèreat an discrédit de TÉglise nationate.

Il fallait du temps pour élire les nouveaux pastoars. Ea attendant, dans les paroÈssos dont les prêtres refusaient ie serment, qui dirait la naesse et qm. dis* tribuerait les sacrements? L'Assemblée n'avait pas pirévu le cas. X.e décret du 27 novembre, sanctionné le %% décembre, ialsait défense, aous peine de pocxsuiteB, à tous les prêtres non jureors «de s'immiscer ^ns axicune fonction publique. Or, baptiser, marier, enteirer, donner ia communii», confesser, préciser, étaient en œ temps4à des fcmctions publiques. £n prenant le décret à ia lettre, les prêtres réfpactaires, c'estrÀdire, dans certains départements, tous les prêines, devaient cesser »ibitement leui« f onctiosxs, fje département du Pas-de-Calais ordonna en effet aux inser- Okentés de quitter leurs églises. La numiGipsdité d'Anras protosta : « Les marguUbers Bont déjà vean nous demander qui (diantera vêpres ; il y a deux morts à enterrer, on nous demande qui enterrent? Et visi-

(1) Décret des 7-9 janvier 1791. Cf. aussi le décret des 4-6 am^ 1791.

(2) I>écret des 7-9 janvier 1791. Cf. aas^ le décret des 4-6 avrU 1791.

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seoEiMAUemeiit oes quesiionB vo&t se renouveler à ciiaque instant. Que faire? Nous ne nous dissimulons pas de quel dangie^ serait pour ia tranquillité publique et quelles funestes conséquences pourrait avoir la déserUoa des psétres et la Roture des églises... (1) » Partout les faémes maintes ae firent jour. Une cessation géniale et eoneerliée du culte pouvait mettre instantanément la moitié de la France en feu. Heureu- •^nent les intentions <iu pape n'étaient pas encore connues et la guerre sacrée ne se produisit -que dans qu^ques cas exoej^iionaels (2). Mais 1* Assemblée eut peur« Par soa instruction du 21 janvier 1791, véritable encyclique qui devait être lue par tes curés ou à leur défaut par les municipalités^ dans toutes les églises, elle s'efforça de calmer l'agitation et de rassurer ies &dôleB. Battant en retraite, eUe demande aux réfrcMCtaires, en quek^^; sorte comme un service^ de oentinuer l'exercice de leur ministère jusqu'à leur remplacement. U y en eut qui ne furent pas remplacés avant un an et plus. Les curés destitués obtinrent uae pension de ôOO livres.

Dans ce^te mardie en arrière le comité ecclésiastique allait plus loin encore que l'Assemblée ellemênîè. Un décret formel en date du 4 janvier avait interdit d'accepter des serments précédés ou suivi» « de préambules, d'explications ou de restrictions ».

(1) Abbé Deraraecourt, Le ckrgé du dhcèseé* Airm, BetOo^jint rf Saiin-Omer penàmit ia Rèvôluiion, 1885, t. H, p. 105* La nranicipiditë de Nantis écrivait au cemilé eeclésiastiqae le 10 janvier pour lai signaler les daiagers de la grève éo, culte <Ardi. nat, DXDC, 102, M. 612).

(2) Par exemple à Nevers où neuf curés sur onze cessèrent simultimément leurs foRctions. Abbé Joseph Dasse, isuUlmtme TàUet. Nevers, 1905, p. 29.

Or, le comité répondait invariablement, aux nombreuses administrations qui le consultaient sur la validité de pareils serments, de les reconnaître comme valables (1).

A la demande d'un évêque constitutionnel, qui était en même temps député, Joubert, un délai supplémentaire était accordé aux réfractaires pour satisfaire à la loi. Le décret du 18 mars leur donna pour réfléchir tout le temps nécessaire. Jusqu'à leur remplacement leur serment fut admissible. Les administrations, les clubs, les patriotes influents se mirent en campagne pour décider les réfractaires à revenir sur leurs refus (2). Il y eut même des serments acceptés après l'expiration du délai légal (3).

La Marck avait raison de signaler à Mercy-Argenteau les atermoiements et les regrets de l'Assemblée : « L'embarras que donne à l'Assemblée le décret sur le serment des ecclésiastiques fonctionnaires publics est cependant très évident. On voudrait bien n'avoir pas ordonné oe serment, que ceux-là mêmes qui le prêtent regardent comme inutile, et les comités, à défaut de l'Assemblée, ne cherchent qu'à déguiser,

(1) Réponses de ce genre sont faites, le 29 mars, à Dargennes, procureur de la commune de Moyaux (Calvados); le 29 février, au directoire du département du Pas-de-Calais ; le 8 mars, au département de la Creuse (Feuilles de travail du comité ecclésiasUque, fol. 592, 588, 613. Arch. nat., DXIX, 101).

(2) On répandit dans le public une caricature représentant une scène du serment dans une église. Le curé est en chaire. Le maire est au-dessous de lui et lui ordonne de jurer en même temps qu'il tire une corde fixée à une poulie. La corde lève le bras du curé.

(3) Ainsi celui du curé de Saint-Laurent de Rouen (Feuilles du comité ecclésiastique, fol. 597, Arch. nat. DXIX, 101).

qu'à graduer une rétractation que personne n'ose avouer. On avait supprimé toutes explications et l'on a donné des explications. On avait refusé de déclarer qu'on n'entendait point toucher au spirituel et l'Assemblée a presque fait cette déclaration... (1) »

Mais le temps n'était plus aux ménagements et aux palliatifs. Le mal était fait. Il alla en empirant. Les remèdes les plus énergiques furent insuffisants à le guérir. Il fallut se rendre à l'évidence. Il était impossible d'imposer à la France, à toute la France, l'Église constitutionnelle. On dut se résigner à laisser vivre en marge, à côté d'elle, ce qui restait de l'ancienne Église. Il y eut ainsi deux cultes catholiques entre lesquels on fut obligé d'établir un modus vivendi que ni les idées ni les lois n'avaient prévu.

Sous la pression des faits, les idées et les lois évoluèrent. Du système de l'Église d'État se dégagea peu à peu, non sans heurts et sans déchirements, le système de l'Église libre. La résistance du pape, inspirée par des intérêts égoïstes, se retourna en définitive contre le catholicisme. La manœuvre romaine dénoua les liens qui unissaient les deux pouvoirs. Après l'Église libre, l'État libre.

(1) Correspondance de Mirabeau avec La Marck, t. III, p. 25 (26 janvier 1791).

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