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FACTION FRANÇAISE

ait pu prendre ses dernières résolutions touchant le conclave prochain avec plus de fondement.

Premièrement, il est constant que, depuis plus de cent ans, le parti de France en aucun conclave n'a paru si nombreux qu'il le sera au prochain, étant composé de sept cardinaux et peut-^tre de huit (si alors Sa Majesté a pu obtenir le chapeau pour M. le duc de Mercœur), à savoir des cardinaux d'Esté, Antoine, Ursin, Retz, Grimaidi, Mancini et Maldachini. Celui de la maison d'Autriche ne les surpassera pas en nombre, puisque les cardinaux napolitains et les milanois n'ayant pas accoutumé de s'y joindre, mais de suivre le chef à qui ils ont obligation de leur cardinalat, il se réduira aux cardinaux Colonna, Arach, Landgrave, Aragon, Sforza et RaggiS le cardinal de Médicis doyen du sacré-collège étant dans un âge si avancé et d'ailleurs si incommodé de la goutte qu'il n'est plus en état de faire le voyage de Rome; il peut même facilement arriver que ni le cardinal d'Aragon ni Colonna ni peut-être Arach n'auroient pas le temps suffisant pour pouvoir se trouver au conclave prochain; de sorte que si ledit sieur duc de Chaulnes peut venir à bout de tenir bien unis entre eux les cardinaux de la faction de Sa Majesté, et qu'ils veuillent tous la servir fidèlement, elle sera d'un grand poids dans le conclave et donnera grand branle pour les exclusions et les inclusions au parti où elle se joindra selon les occurrences.

Pour bien parvenir à cette union, le point le plus important et auquel ledit sieur duc devra principalement s'appliquer avant que le conclave se ferme, c'est de bien établir la manière dont devront y vivre ensemble MM. les cardinaux d'Esté et Antoine, rien ne pouvant préjudicier davantage au service de Sa Majesté que s'il arrivoit entre eux la moindre mésintelligence. C'est pourquoi ledit sieur duc tirera parole d'eux pour la donner au Roi que, comme la direction des intérêts de cette couronne dans une pareille occasion appartient à celui qui a la qualité de protecteur de ses affaires, M. le cardinal Antoine contribuera tout ce qui dépendra de lui au crédit et à l'autorité dudit sieur

1. Laurent Raggi, Génois, archevêque de Salerne et de Tarente, crée cardinal en i647, par Innocent X.

cardinal d*Este, et celui-ci à la satisfaction et à Testime de l'autre.

Et comme personnene sera plus capable de les brouiller que le cardinal Barberin et qu'on doit tenir pour certain qu'il en aura grande envie, si ce n'est en ce qui regardera sa propre exaltation, il sera bon que lesdits sieurs cardinaux se promettent deux choses réciproquement pour les observer avec franchise et ponctualité.

L'une de n'entrer en aucune négociation sans participation l'un de l'autre et de s entre-communiquer tous les jours sincère ment ce qu'ils auront appris ou découvert ;

La seconde de ne donner connoissance au cardinal Barberin de quoi que ce puisse être ni à ses amis et adhérents et de leur révéler aucun secret, si ce n'est que, d'un commun accord, ils jugeassent à propos, pour le ser\dce de Sa Majesté, de le faire en quelque rencontre.

Et d'autant qu'ils se peuvent trouver 'quelquefois d'avis contraire, ils pourront en ce cas appeler à leurs délibérations quelques-uns des autres cardinaux et même tous ensemble s'ils le jugent à propos de la sorte; et comme il n'y a point d'affaire pour importante et difficile qu'elle soit que Sa Majesté ne veuille bien confier à l'affection, prudence et grande expérience de M. le cardinal Grimaldi, elle aura toujours fort agréable qu'ils en confèrent avec lui et fassent cas de ses conseils, ne laissant pas en même temps de donner toute la satisfaction possible à M. le cardinal Ursin, mais ne lui communiquant rien dont on ne veuille pas que le grand-duc et les cardinaux ses partisans aient connoissance.

La principale et unique fin que le Roi se propose dans une pareille occurrence et à laquelle Sa Majesté recommande auxdils sieurs cardinaux et audit sieur duc de faire tendre toutes leurs actions, c'est qu'il se puisse faire une élection désintéressée et qui n'ait autre égard que celui du service de Dieu, de son Église et du bien public et enfin que l'on puisse avoir un pape dont les intentions soient détachées de toute passion particulière, qui aime la justice et l'avantage duSaint-Sit'^ge, qui ait les vrais sentiments d'un père commun et qui connoisse la sincérité et la piété de

CRÉATURES D'URBAIN Vlli ET D'INNOCENT X. 217

ceux du Roi pour Tavantage de la religion et lequel enfin ayant toutes les parties requises pour être aimé, estimé et honoré des princes chrétiens, puisse agir et gouverner la sainte Église avec fruit et édification de tous les fidèles et s'employer efficacement pour la défense de la chrétienté contre son ennemi.

La France a, de tout temps, été bien éloignée de ces prétentions d'esclavitude où d'autres nations ont toujours voulu tenir les papes. Personne n'ignore les mauvais traitements qui leur ont été faits et par qui, quand ils n'ont pas voulu contenter l'injustice de leurs demandes toujours réglées sur l'intérêt particulier et peu souvent par la raison.

Le Roi ne veut rien d'injuste ni d'extraordinaire, aussi ne désire-t-il de voir assis dans la chaire de saint Pierre qu'un homme de bien qui ait les intentions droites et assez de force pour les mettre afin et, en ce cas-là, il n'y a respect, soumission et obéissance de fils que Sa Majesté ne lui rende très volontiers comme à un bon père, ni bien et avantage qu'elle ne soit ravie de procurer non seulement au Saint-Siège et à l'Église, mais aux parents même de Sa Sainteté, et enfin Sa Majesté ne souhaite si ce n'est que le pape qui sera élu puisse connoître véritablement le fond des cœurs et des intentions des uns et des autres, parce que cela étant. Sa Majesté ne peut pas douter qu'elle n'en soit toujours traitée en vrai fils aine de l'Église conmie elle l'est.

Ce sont les sentiments du Roi en général que lesdits sieurs cardinaux et ledit sieur duc auront beau champ de faire valoir, y ajoutant que Sa Majesté à l'imitation de ses prédécesseurs, ne prétend point violenter par moyens illicites les suffrages du sacré-collège, ni empêcher en quoi que ce puisse être la liberté du conclave et qu'au contraire elle sera toujours prête, s'il en étoit besoin, d'envoyer ses forces pour établir et protéger cette liberté.

Ledit sieur duc aura soin d'assurer lui-même les créatures du pape Urbain VIII, et de leur faire encore confirmer par M. le cardinal Antoine que le Roi qui conserve toujours une vénération particulière pour la glorieuse mémoire de ce digne pape, désire fort qu'une d'entre elles puisse être élevée au pontificat et qu'il

les appuiera tous pour cela de son crédit, estimant beaucoup leur mérite et s'assurant qu'ils suivront volontiers l'exemple que leur bienfaiteur leur a laissé de cbérir et considérer cette couronne.

En même temps ledit sieur duc pourra dire aux cardinaux de la faction pamphilienne appelée F escadron volant parce qu'ils sont demeurés sans chef et n'ont pas laissé de se tenir ensemble autant unis que s'ils en avoient un qui les dirigeât, qu'encore que Sa Majesté n'ait aucune obligation à la mémoire dlnnocent X, ni aucun sujet d'être satisfait de son pontificat, néanmoins cette considération ne fait aucun préjudice à ses créatures auprès de Sa Majesté, laquelle est très bien informée que ledit pape Innocent auroit beaucoup mérité de l'Église s'il s'étoit aussi bien acquitté du devoir d'un bon pape en toute autre chose qu'il l'a fait dans les promotions de cardinaux, ayant toujours élevé les sujets qui notoirement, dans la cour de Rome, en étoient reconnus alors pour les plus dignes et, partant, que Sa Majesté ne consentira pas seulement à leur exaltation mais la favorisera aussi de très bon cœur aux occasions qui s'en offriront dans le conclave.

Et pour la faction du cardinal Chigi, ledit sieur duc prendra soin aussi de leur donner les mêmes assurances de bonne volonté de la part du Roi, et qu'il ne tiendra pas à Sa Majesté que le nouveau pape ne soit élu dans leur corps, Sadite Majesté estimant beaucoup le mérite de tous et voulant bien concourir de son autorité à leur exaltation, selon les occasions qui pourront s'en présenter.

Le Roi, après une mûre délibération et se souvenant surtout de ce qui s'est passé aux deux derniers conclaves,aprisla résolution cette fois-ci de ne faire l'exclusion formelle et ouverte à aucun cardinal que le plus grand nombre des autres veuille exalter, et ainsi Sa Majesté ne charge point ledit sieur duc ni les cardinaux de sa faction de se déclarer contre l'avancement de qui que ce soit ni de l'empécher formellement en son nom ; bien pourront-ils demeurer neutres et indifférents quand il sera question de tenir éloigné du pontificat quelque sujet qui ne sera pas jugé si capable ou pour qui Sa Majesté n'aura pas tant d'inclination que pour d'autres afin de tâcher après de faire tomber l'élection sur les plus dignes sujets, car autre chose est d'exclure et autre ne pas

GRANDEUR DE LA FRANCE. 2i9

courir d'abord indistinctement à exaller tous ceux pour qui Ton aura commencé des pratiques qui est un terme de conclave.

Plusieurs considérations très fortes ont obligé Sa Majesté à prendre cette résolution dont on en touchera quelques-unes :

En premier lieu, ce parti est bien plus sûr pour la conscience du Roi qui, dans un si grand éloignement, ne peut assez savoir à fond les bonnes ou mauvaises qualités d'un cardinal pour juger s'il est digne ou indigne de régir l'Église de Dieu. Et comme, pieusement, Sa Majesté en doit croire capables tous ceux que les deux tiers du collège en estiment dignes et qu'au contraire elle pourroit fort charger sa conscience si, sur de fausses relations venant quelquefois d'un ennemi ou données pour quelque intérêt particulier que l'on a, elle empêchoit l'exaltation d'un homme de bien qui auroit sagement gouverné, ce qui est le plus grand préjudice que l'on puisse faire non seulement à cet homme-là, mais quelquefois à tout le reste de la chrétienté, et d'autant plus que l'on peut après tomber dans une plus mauvaise élection, il est donc plus sûr, comme il a été dit, de ne pas décider une chose de cette importance de si loin et comme à yeux clos et d*en laisser toute la conduite au Saint-Esprit, se conformant à la Providence divine qui sait mieux que nous ce qu'il nous faut et si la Chrétienté, pour son plus grand bien, a besoin de grâces ou de châtiments.

En second lieu, outre cette sûreté de conscience, il y a même plus de hauteur, de réputation et de dignité pour le Roi d'en user de cette sorte, Sa Majesté n'étant pas. Dieu merci, dans la nécessité où sont la plupart des autres princes et rois qui souffrent dans leurs intérêts des préjudices extrêmes quand ils n'ont pas la cour de Rome favorable. La France peut beaucoup mieux se passer de cette faveur que les papes eux-mêmes ne peuvent tenir pour indifférents l'affection et le respect du Roi et de son royaume, lequel en tout temps, mais particulièrement en celui-ci, est sans contredit le pôle principal sur lequel roulent tous les intérêts de la Chrétienté et de tous les princes. Jamais il ne peut seoir dans la chaire de saint Pierre un pape qui ait plus d'aversion pour cette couronne qu'en avoit et qu'en a témoigné Innocent X; et tout ce que cette aversion-là a produit même dans la guerre

animée, où sa partialité pour nos ennemis d*alors sembloit nous devoir être si dommageable, c'est qu'elle n'a fait du mal qu'à luimême, lui ayant fait passer un pontificat malheureux, sans gloire et plein d'épines et de transes sans avoir jamais causé à Sa Majesté le moindre préjudice imaginable ni un moment de déplaisir. A plus forte raison, en l'état de gloire où sont aujourd'hui les affaires de Sa Majesté, on peut juger si elle a un si grand intérêt à l'exaltation d'un cardinal plutôt que d'un autre qu'elle doive compromettre sa réputation en hasardant de voir élever quelque sujet contre sa volonté déclarée.

Et c'est ici la troisième considération qui doit encore obliger Sa Majesté à y procéder avec grande circonspection et retenue pour ne pas s'exposer aux inconvénients qui lui arrivèrent, pendant sa minorité, au conclave dudit Innocent X, où l'on porta au pontificat le seul sujet qu'elle avoît déclaré d'en vouloir exclure. Il est certain que si les choses passoient par la raison les cardinaux devroîent bien se garder de jamais élire pour pape un sujet qui seroit formellement exclu par un roi de France, ni même par celui d'Espagne, pour les grands maux qui pourroient arriver à la religion si l'un ou l'autre n'acquiesçoit pas à l'élection, mais outre que, comme on vient de dire, ce conclave où Innocent X fut élu fait voir que cela peut arriver et que dans le dernier, oîi le pape Alexandre fut exalté, quoique l'Espagne y eût une faction, par l'adhérence du grand-duc, de plus de vingt-cinq cardinaux, elle fut cent fois sur le point de voir créer pape le cardinal Sacchetti malgré l'exclusion que le roi catholique lui avoit donnée, il est encore évident qu'en de pareilles occurrences les deux tiers du collège ne considèrent que leur propre intérêt ou leur passion particulière de favoriser celui de qui ils attendent plus de bien, sans avoir le moindre égard à l'inclusion ou à l'exclusion des rois ni se donner aucun soin de ce qui arrivera dans les affaires du monde quand ils feront une élection qui ne leur soit pas agréable. C'est pourquoi Sa Majesté joignant tous ces motifs ensemble, qu'il est plus sûr pour sa conscience, plus digne de sa grandeur et moins hasardeux' pour sa réputation, de ne charger point les cardinaux de son parti du fardeau d*aucune exclusion, elle trouve bon qu'ils puissent, de commun concert, indifféremment con-

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courir à Texaltation de quelque sujet italien que ce puisse être, leur recommandant seulement de s'y conduire en sorte que Télection du nouveau pape se fasse avec réputation et dignité de cette couronne et que la faction françoise y ait la part qu'elle doit avoir.

Le jour qu'on ferma le conclave où fut élu le pape d'aujourd'hui, le duc de Terranova, ambassadeur d'Espagne, déclara à tous les cardinaux l'un après l'autre de la part du roi son maître qu'il n'étoit chargé d'aucune exclusion et qu'il laissoit toute liberté à sa faction de concourir à l'élévation du sujet qu'elle estimeroit le plus digne, ce qui lui gagna sur-le-champ les cœurs et l'affection de tous les cardinaux quoique, peu de jours après, les cardinaux de Médicis l'obligèrent à se dédire et à former ouvertement Texclusion au cardinal Saccheti au nom de son maître ; on cite cet exemple audit sieur duc de Chaulnes parce qu'ayant le même ordre que le duc de Terranova déclaroit d'avoir, il pourra, à la clôture du conclave, s'en laisser entendre à tout le collège et, par ce moyen-là, rendre tous les cardinaux favorables aux souhaits que peut faire Sa Majesté de porter un cardinal plutôt qu'un autre sans qu'il doive appréhender, comme il arriva audit duc, d'être obligé de se dédire par quelque accident que ce soit.

De tout ce que dessus ledit sieur duc verra qu'il n'a pas même ordre de traverser ouvertement l'avancement du cardinal Barberin qui est le seul du collège, outre les Espagnols naturels, que Sa Majesté désire et a intérêt de tenir éloigné du pontificat, .mais Sadite Majesté présuppose qu'il s'est formé lui-même tant d'obstacles pendant la durée de celui de son oncle et depuis, qu'il seroit superflu de prendre aucune précaution là-dessus, et que, dans tout le collège, si on faisoit une véritable pratique pour lui il ne se trouveroit pas six cardinaux qui voulussent lui donner leurs suffrages.

Après la matière des exclusions doit suivre celle des inclusions : le premier en rang que Sa Majesté souhaiteroit de voir élevé au pontificat est M. le cardinal Albizzî, intime ami "fet confident de feu M. le cardinal Mazarin, personnage de grande érudition, fort habile et adroit à traiter les plus grandes affaires,

homme résolu, actif et hardi, de grande vigueur et force d'esprit qui a depuis bon nombre d'années témoigné un zèle tout particulier pour les intérêts de cette couronne et pour toutes les satisfactions et avantages de Sa Majesté; les difficultés de son exaltation seront vraisemblablement grandes tant parce quil a des ennemis particuliers que sa liberté de parler lui a fait, qu'à cause qu'ayant été autrefois marié, il a bon nombre d'enfants, et par ce aussi que, pour l'ordinaire, le collège en général ne souhaite guère l'exaltation d'un homme ferme et hardi ; mais il peut arriver des conjectures et particulièrement dans la lassitude de la longueur d'un conclave où le parti du Roi le pourra peut-être servir utilement. MM. les Cardinaux doivent savoir que Sa Majesté estimeroit infiniment ce service, du reste ils doivent se conduire en cela comme ledit cardinal Albizzi ou lui-même, ou par ses amis, leur fera dire qu'il le souhaite.

Cependant ledit sieur duc de Chaulnes à son arrivée à Rome ne manquera pas d'informer ledit cardinal de ce grand effet de l'affection et de l'estime de Sa Majesté qui l'a mis à la tête de ceux qu'elle souhaite de voir un jour assis dans la chaire de saint Pierre.

Le second en rang est M. le cardinal Rospigliosi, qui exerce à présent la charge de secrétaire d'État du pape : c'est un sujet qui a joint aux sciences acquises et à une grande littérature beaucoup de connoissance des affaires du monde, qui est une des qualités les plus requises pour un bon pape, ayant eu occasion de se rendre un des plus capables sujets du collège tant pour les emplois qu'il aeus au dehors que depuis son retour à Rome, dans* l'exercice de sa charge. Il n'y avait que la seule considération de ce qu'il a été nonce en Espagne qui put faire craindre à Sa Majesté qu'il n'ait donné toutes ses affections de ce côté-là, mais outre que le cardinal Saccheti, qu'elle a tant désiré de voir exalté, a eu aussi le même emploi et n'a pas laissé d'en être exclu par les Espagnols, le cardinal Rospigliosi s'est si bien conduit en toutes rencontres envers Sa Majesté et lui a donné de telles preuves et assurances de sa passion pour ses intérêts qu'elle ne s'arrête point à cette considération et lui souhaite toutes sortes d'avantages. Sa Majesté avoit, il y a quelques années, écrit une lettre

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de sa main à M. le cardinal Antoine pour n'être ouverte que dans le conclave par laquelle elle témoignoit aux cardinaux de son parti le désir qu'elle avoit de l'exaltation de ce sujet et avoit fait tenir ladite lettre au cardinal Rospigliosi même, afin qu'il pût la faire rendre dans la conjoncture qu'il jugeroit la plus favorable pour lui, mais il en usa en fort homme de bien et après avoir fait témoigner au Roi une parfaite reconnoissance de cette obligation, il supplia Sa Majesté d'agréer qu'il renvoyât ladite lettre ne pouvant en conscience, à cause des censures, a;voir la moindre part à une pareille chose et suppliant Sa Majesté, si elle avoit de l'estime et de la bonne volonté pour lui, de la lui faire paroitre par quelque autre voie qui n'intéressât pas sa conscience et son honneur comme il lui seroit facile par les ordres qu'elle pourroit donner en sa faveur à ses ministres. Cette circonstance a encore accru dans l'esprit du Roi la bonne opinion qu'il avoit déjà de ce cardinal auquel ledit sieur de Ghaulnes arrivant à Rome pourra dire en grande confidence et secret que Sa Majesté lui a donné connoissance de tout ce détail et l'a chargé bien expressément de le servir autant et plus que tout autre dans l'occasion d'un conclave et de savoir de lui, s'il peut et veut s'en ouvrir, par quels moyens il le pourra mieux faire; que Sa Majesté sait bien que les Espagnols lui seront favorables, mais que, bien loin d'en concevoir aucun ombrage ni jalousie, elle en est ravie parce qu'il y aura plus de facilité à l'exalter et qu'elle considère même qu'un procédé si franc de Sa Majesté l'obligera d'autant plus à lui donner des preuves de son afi^ection et de sa gratitude.

Cependant ce qui se passera de cette sorte entre eux, sur une matière si délicate et où ledit cardinal a un si grand intérêt, donnera moyen audit sieur duc d'établir avec lui une étroite confidence dont probablement il pourra tirer de grands avantages pour le service de Sa Majesté dans la durée de son ambassade, étant â voir que ledit cardinal, qui par l'emploi de sa charge a tant de part dans la confiance de Sa Sainteté, lui voudra bien donner toutes les lumières qu'il aura des sentiments du pape en chaque affaire et ses bons avis sur les moyens qu'il estimera meilleurs pour ménager et promouvoir en toutes choses les satisfactions de Sa Majesté.

Mais parce qu'il ne seroit pas à propos de restreindre l'inclusion à ces deux sujets seulement, se pouvant rencontrer de très grands obstacles à leur élection, Sa Majesté déclare qu'elle sera bien aise aussi de celle de MM. les cardinaux Brancaccio, Ginetti Farnese, Pallotta, Carpegna, Celsi, Litta*, et Maculano* si son grand âge ne l'exclut aujourd'hui.

Ledit sieur duc seulement touchant Maculano ou Fiorenzuola prendra soin auparavant de lui faire connoitre que ce qui fut fait au conclave dlnnocent contre lui par quelques-uns des cardinaux françois arriva sans qu'ils en eussent aucun ordre du Roi et, pour en dire le secret audit sieur duc, ce fut à l'instigation du feu cardinal de Sainte-Cécile qui étoit encore pour lors maître du sacré palais et qui ne le croyoit point son ami à cause de quelques démêlés qu'ils avoient eus ensemble pour le généralat de la religion de Saint-Dominique, dans laquelle ils étoient tous deux avant leur promotion au cardinalat : mais M. le cardinal Grimaldi, qui est grand ami dudit Maculano, sera fort propre à lui faire perdre tout le souvenir qu'il pourroit avoir d'un incident où Sa Majesté n'a point eu de part.

Quand ledit sieur duc visitera les cardinauxqui viennent d'être nommés, il n'oubliera pas de faire entendre et valoir à un chacun les bonnes volontés que Sa Majesté a pour eux et les ordres dont il est chargé de procurer leur avancement, au cas que le Saint- Siège vienne à vaquer dans la durée de son ambassade.

Pour les autres cardinaux, créatures du pape d'aujourd'hui, Sa Majesté ne s'est guère informée de leurs qualités ni de leurs attachements et inclinations, et ce sera dudit sieur duc même qu'elle s'attend d'en apprendre la vérité, après quoi elle pourra lui envoyer des ordres plus particuliers pour ce qui les regarde comme aussi d'ajouter ou changer, dans la présente instruction,

1. Alphonso Litta, Milanais, archevêque' de Milao, cardinal de la créadoQ d'Alexandre VII en 1664.

2. Vincenzo Maculano de Fiorenzuola, sujet du duc de Parme, né en 1578, dominicain, commissaire du saint-office à Rome, élevé à la pourpre par Urbain VIII pour la grande affection qu'il avait toujours montrée à l'égard de la maison Barberine. II avait rempli les prisons du saint-office des ennemis de cette maison. Après avoir gardé pendant quelque temps la neutralité, il s'était attaché au roi très catholique et espérait ainsi toucher à la tiare. On lui reconnaissait d'ailleurs les qualités nécessaires pour faire un bon pape. Il mourut le 15 février 1667. (Ambass. vénit.,p. 115-116.)

selon les avis que lui donnera ledit sieur duc, quand il aura eu le temps de prendre une parfaite connoissance de la cour de Rome. Cependant pour conclusion du présent mémoire Sa Majesté informera ledit sieur duc que son intention n'est pas que, si Toccasion d'un conclave arrive, M. le cardinal Antoine sous quelque prétexte que ce soit de son service particulier ou autre mène avec lui Tabbé Braccese dans ledit conclave, et que s'il voit ledit cardinal dans cette pensée, il lui défende de la part de Sa Majesté de Texécuter.

Fait à Paris le 10 mai 1666.

RECDEIL DES INSTBUCT. DIPLOMAT. VI. — 15

Depuis le mois de mai 1666, date de la précédente instruction, des événements importants s'étaient passés en cour de Rome. Le pape Alexandre VII était mort, le 22 mai 1667. Le duc de Chaulnes n*avait pas à recevoir de nouvelles instructions pour le conclave qui suivit. Celles que nous avons publiées ci-dessus lui suffisaient. Il eut la bonne fortune de voir réaliser les vœux de la cour de France par l'élection du cardinal Rospigliosi (qui prit le nom de Clément IX). La réputation du duc de Chaulnes s'appuya désormais sur ce succès dû autant à son adresse qu'au secret absolu qu'il avait su garder. Aussi allons-nous voir ce personnage appelé de nouveau à concourir en qualité d'ambassadeur extraordinaire à deux autres élections pontificales. Il semble que Louis XIV ne peut plus se passer de sa présence à Rome chaqte fois qu'il y a lieu d'élire un pape.

A la mort de Clément IX, le duc de Chaulnes était en France. Le Roi lui donna l'ordre de partir immédiatement pour Rome. On craignait que l'Espagne n'enlevât l'élection d'un de ses candidats, notamment du cardinal d'Elci, avant l'arrivée de l'ambassadeur et des cal'dinaux français. Il n'en fut rien.

Ce conclave fut au contraire un des plus longs et des plus embrouillés du siècle. Il ne fallut pas moins de cinq mois pour que les diverses factions auxquelles se rattachaient les cardinaux s'entendissent pour l'élection du cardinal Altieri. Vescadroriy dirigé par Azzolini, était en lutte avec Chigi; Chigi en désaccord avec Barberini d'une part et avec Rospigliosi de l'autre. Tous les chefs de groupe

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