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LA PEINTURE DANS LES PALAIS

dont le Vatican conserve, nous l'avons vu dans notre premier volume, sur les parois et les voûtes de l'appartement Borgia, un spécimen postérieur et sans égal. Dans le même temps, un des maîtres les plus typiques de Florence, Antonio Pollajuolo, dans le palais de Venise, laissait un souvenir, précieux et rare, de son style incisif et expressif.

Quelques années après, tous les illustres peintres, appelés à Rome par Jules II et Léon X, les Siennois et les Lombards, les Ombriens et les Vénitiens, Balthazar Peruzzi, Antonio Bazzi (le Sodoma), Sébastien del Piombo, Raphaël, se réunissent pour faire de la villa d'un banquier siennois, Agostino Chigi (la Farnésine), le type le plus complet d'une résidence élégante et luxueuse pour un amateur lettré et délicat. L'élève le plus personnel et le plus fécond de Raphaël, le seul Romain qui s'élève au-dessus de ses compatriotes, Giulio Pippi (Jules Romain), après avoir été le collaborateur le plus actif de son maître à la Farnésine, devient, après sa mort, à son tour, le chef d'un groupe de décorateurs charmants, dont le talent atteint son apogée dans les coupoles et les frises de la villa Madama. Ses condisciples, Pierino del Vaga et Giovanni da Udine, travaillent, de leur côté, au château Saint-Ange et au palais de la Chancellerie. En suivant la même tradition, Taddeo Zuccheri, malgré l'affaiblissement d'un style de plus en plus relâché, conserve encore quelques qualités de la grande époque dans les arabesques et les scènes mythologiques de la Villa di Papa Giulio.

La décadence s'accentue dans les fresques de, Vasari au palais de la Chancellerie et dans celles du Cavalier d'Arpin, de Laureti, au palais du Capitole jusqu'à ce que l'énergique réaction des Bolonais à la fois contre les alanguissements des maniéristes et les brutalités des réalistes ouvre, dans l'histoire de la peinture décorative comme de la peinture narrative, une ère nouvelle pour les compositeurs habiles, audacieux et savants. Les puissantes décorations du palais Farnèse par leur chef et maître, Annibal Carrache, marquent l'apogée de cet art éclectique, dont l'efl'ort laborieux détermina, non seulement en Italie, mais dans toute l'Europe, un mouvement fécond de rénovation pittoresque, par S. Vouet, Poussin, Le Brun en France, Rubens, Jordaens, van Dyck en Flandre,

Ribera, Velasquez, Murillo en Espagne. A Rome, les élèves immédiats du Carrache, le Dominiquin, le Guide, le Guerchin, l'Albane, déploient leurs talents de fresquistes aussi bien dans les Palais que dans les Églises (Palais Goslaguti, Rospigliosi, Ludovisi). Leurs contemporains et successeurs, romains ou toscans, vénitiens, napolitains, les Pomaranci, Luti, Luca Giordano, Pieiro da Cortona, contiiment à mettre, durant le xvii« siècle, avec une facilité souvent déplorable, mais, quelquefois, aussi bien appropriée, leurs talents décoratifs au service de leurs nobles protecteurs, ecclésiastiques ou laïques. Pietro da Cortona, dans un plafond du palais Rarberini, a donné aux agitateurs de formes colorées dans un milieu d'architectures brillantes un modèle qu'ils n'oublieront plus, un peu avant que les Lucchesi ne fissent, de la galerie Colonna, la rivale des galeries et salons de Versailles. Plusieurs de ces palais ou villas, pendant le xvni^ et jusque dans les premières années du xix«, reçurent encore des embellissements intérieurs ; on peu! donc suivre, presque jusqu'à nos jours, les évolutions, si diverses, du goût pittoresque dans l'art décoratif.

Les galeries et collections de tableaux mobiles, formées à Rome depuis le xvi« siècle dans tous ces })alais, affirment naturellement ce même goût éclectique qui dirigeait leurs propriétaires dans le choix de leurs décorateurs. L'école romaine n'y tient qu'une fort petite place. En revanche, les autres écoles d'Italie, ombrienne, tlorentine, vénitienne, lombarde, bolonaise, napolitaine y sont représentées, pour leurs grands et petits maîtres, par des échantillons variés et choisis, quelquefois même pai' leurs chefs-d'œuvre les plus justement fameux. Qui donc connaîtrait bien liaphaël sans sa Mise au tombeau (galerie Rorghèse) et sans sa Galathée (Farnésine)? Titien, sans \ Amour sacré et profane (galerie Rorghèse)? Gorrège, sans la Danaé (galerie Rorghèse)? Sodoma, sans les Noces (V Alexandre et Roxane (Farnésine)? Dominiquin, sans la Chasse de Diane (galerie Rorghèse), Guerchin, sans le Martyre de sainte Pétronille (musée du Gipitole), etc., etc? Les étrangers aussi, français, flamands, hollandais, espagnols, y ont souvent laissé de leurs passages à Rome des souvenirs précieux, comme Rubens, Le Valentin, Poussin, Claude Lorrain, van Dyck, Velasquez, sans parler d'une quantité d'autres grands ou petits maîli es

dont les ouvrages, depuis plusieurs siècles, ont été acquis, au loin, par les collectionneurs. C'est une justice à rendre aux héritiers de ces riches galeries formées durant les siècles précédents, que la plupart ont pris à cœur de les compléter dans le même esprit de dilettantisme éclairé et largement ouvert. On trouvera notamment dans la galerie Borghèse, dans les palais Doria, Rospigliosi, etc., plus d'une œuvre remarquable dont l'entrée est assez récente.

Si l'on considère en outre qu'à côté des vieilles collections patriciennes, d'autres collections, également éclectiques, s'y sont formées encore et s'y forment chaque jour, par les soins de nouveaux amateurs, italiens ou étrangers, on reconnaîtra qu'une visite attentive des galeries publiques et privées, dans Rome, est aussi nécessaire que celles du Vatican et des églises au voyageur qui veut suivre et connaître les évolutions du goût pittoresque, entre le xv^ et le xix'' siècles, non seulement dans l'art italien, mais dans l'ensemble des arts européens.

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