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LES CHAÎNES DE SAINT PIERRE

délivra le prisonnier. Ses fers restés dans le cachot Tarent recueillis par les gardiens que Tapôtre avait eu le temps de convertir. L'église de Jérusalem conserva, comme son plus précieux trésor, ce gage des souffrances de son père, et Tènvironna toujours d*un respect et d'une tendresse filiale. En 436, rimpératrice Eudoxie, femme de Tbéodose le Jeune, étant venue à Jérusalem, les reçut de Juvénal, évêque de cette ville. Elle en retint une qui fut déposée dans la superbe basilique construite exprès pour la recevoir; elle envoya Tautre à Rome, à sa fille Eudoxie, femme de Tempereur Valentinien. Cependant Féglise de Rome conservait déjà la* chaîne que l'apôtre avait portée sous Néron, et que sainte Balbine, fille de saint Quirinus) tribun militaire et gardien de la prison avait recueillie. Saint Léon, ayant reçu le don précieux d'Eudoxie, rapprocha les deux chaînes qui se joignirent aussitôt miraculeusement Tune à l'autre, pour n'en former qu'une seule. En l'honneur de saint Pierre et en mémoire de ce prodige, le pape de concert avec l'impératrice, édifia la basilique de Saint-Pierre-auxliens. La chaîne y fut déposée : elle y est encore, après avoir reçu les hommages de toutes les générations qui se sont succédées depuis le V« siècle. Chaque année, le premier août, on célèbre le souvenir de cet événement par une fête solennelle. De temps immémorial, les papes ont été dans l'usage d'envoyer des fragments de cette chaîne et de celle de saint Paul aux princes qui ont bien mérité de la religion. Ces fragments étaient enfermés alors dans un anneau, une croix ou une clef que l'on suspendait au cou comme un préservatif contre les dangers ou comme un avertissement de ce que Ton devait être. Aux chaînes de saint Pierre on a joint quatre anneaux de celle de saint Paul.

La basilique Eudoxienne a été restaurée, en 885, par Pelage I, rebâtie au VHP siècle par Adrien I, renouvelée en 1803 par Jules II, sur les dessins de Baccio Pintelli, et enfin mise dans l'état où nous la voyons aujourd'hui, par Fr. Fontana. Les papes Jean II, en 832, et saint Grégoire, en 1073, furent élus dans cette église.

Plan de l'église (1). (1) Porti<{ue à cinq arcades dont le plafond a été restauré par le cardinal Doria. L'intérieur est à trois nefs, séparées par vingt-deux colonnes antiques d'ordre dorique, dont deux de granit et les autres cannelées. (2) Autel du Crucifix. (3) Autel de Saint- Augustin, tabl. du Guerchin. (4) et (6) Monuments des cardinaux Agucchi et Margotti, sur les dessins du Dominiquin, qui peignît aussi leurs portraits. (B) Autel de Saint-Pierre ;

(I) Voir le 5)lan ci-joint.

358 STATUE DE MOlSE PAR MICHEL ANGE.

copie du Dominiquin : Saint Pierre délivré par Fange. (7) Statue de Moïse, par Michel Ange.

Cette statue devait faire partie du magnifique tombeau de Jules II, dont le plan était si imposant, qu*on dit qu'il détermiua ce pontife à entreprendre la construction de Saint-Pierre. Ce plan consistait en un parallélogramme, surmonté de statues et coutoK de bas-reliefs et d'autres ornements. Les vicissitudes de ce monument forment un curieux épisode de rbistoire de Tart au XV1« siècle. La querelle qui s*éleva entre Michel Ange et Jules II arrêta Texécution de ce projet pendant deux ans. Quand la réconciliation eut été opérée, le grand artiste retourna à Rome et continua a travailler à son œuvre jusqu'en 4543. Les travaux restèrent suspendus pendant une grande partie du règne de Léon X, et ne furent repris sérieusement qu'après la mort de ce pape. On conçoit, qu'après une si longue interruption, le plan original ne fut pas exécuté. A sa mort, Michel Ange avait terminé son Moïse et deux statues qu'on suppose représenter la Religion et la Vertu. Deux des trois figures d'esclaves qui devaient servir de cariatides font actuellement partie du Musée du Louvre; la troisième orne les jardins Boboli à Florence. Pour compléter l'histoire de ce monument, nous' ajouterons que Jules H ne put être enterré dans la tombe qu'il voulait se préparer. 11 repose aujourd'hui à côté de son parent Sixte IV dans la chapelle du Saint-Sacrement à Saint- Pierre- au -Vatican, et une humble pierre recouvre ses derniers restes. Peu d'oeuvres d'art ont été critiquées plus sévèrement que la statue de Moïse. Mais, en dépit de tout ce que l'on a dit, il est impossible de ne pas être frappé par ces traits imposants, mal> gré les proportions colossales qui les distinguent. Les mains et les bras sont extrêmement beaux, et rivalisent avec les plus sublimes productions du ciseau grec (4).

Michel Ange nous montre le législateur des Hébreux assis; son visage est farouche, et son front orné de deux cornes naissantes. Sa figure est plutôt celle d*un chef de brigands irrité, que celle d'un calme et grave législateur. Le costume est barbare ; la chaussure est celle de anciens Daces ; la colonne Trajanne en offre plusieures modèles. Dans la niche à droite. Ton aperçoit Rachel, les mains jointes et un genou plié ; elle regarde le ciel ; c'est la vie contemplative. À gauche est Lia, un miroir dans une main, une guirlande dans Fautre ; c'est la vie active. Au-dessus de Moïse, on voit Jules II, appuyé sur une urne funéraire. La niche qui le domine est or*

(4) Murray, ouvrage cité, p. 484.

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