‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 104 sur 247 · Voir notre Hvre V, ch. n · texte numérisé non relu

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2. La crypte dans laquelle M. de Rossi place, par conjecture, letom-

La longue liste des papes martyrs se termine à saint Melchiade, le premier pape qui ait vécu et soit mort en paix. Avec saint Sylvestre s'ouvre une ère nouvelle. On commence à bâtir les tombeaux chrétiens à la surface du sol, et à construire, au-dessus des cimetières, des mausolées et des basiliques. Saint Sylvestre, saint Marc, saint Jules, saint Damase lui-même, ne furent pas enterrés dans les catacombes, mais dans de petits oratoires bâtis à l'entrée des cimetières souterrains. L'histoire du caveau funéraire des papes se termine naturellement ici ; il cesse d'être un lieu de sépulture pour devenir un lieu de pèlerinage, un sanctuaire que les siècles suivants modifient et décorent à diverses reprises, mais dont l'histoire n'appartient plus à notre sujet.

Dans l'atlas du deuxième volume de Roma sotterranea, M. de Rossi a publié une belle restauration de la crypte papale : nous donnons une réduction de son dessin, planche XV. Que le lecteur veuille bien s'y reporter. Il verra que dans cette restauration rien n'est donné au hasard. Une induction patiente et sûre, retrouvant la place primitive des débris encore subsistants, a pu reconstruire sur des données presque toujours certaines l'architecture intérieure de la chapelle. Les deux inscriptions damasiennes que l'on aperçoit derrière l'autel ont été replacées au seul endroit que pouvaient comporter les dimensions inégales de l'une et de l'autre. L'autel a été rétabli sur le gradin de marbre dont nous avons parlé, et où sa place était marquée par les quatre petits trous des pilastres. Derrière lui, sur le gradin un peu plus élevé qui subsiste encore, la place naturelle de

beau de Melchiade, est le grand cuhiculum duplex^ éclairé par un lucernaire, qui occupe à peu près le milieu de la deuxième area (V) du cimetière de Calliste, et ouvre à droite et à gauche sur l'ambulacre central C/ I. Une des deux chambres, celle où a été découvert le couvercle du sarcophage, est entourée de bancs taillés dans le tuf et revêtus de marbre blanc. Le lucernaire commun par lequel toutes deux sont éclairées n'a pas un orifice unique, mais se divise en deux branches, envoyant à l'une et à l'autre chambre un rayon séparé.

la chaire était désignée par l'usage antique. L'emplacement de l'autel et de la chaire est entouré d'une balustrade, en partie pleine, en partie découpée à jour, et terminée à l'une de ses extrémités par un hermès à tête de femme ; des débris de cette balustrade ont été trouvés sur le sol, avec Vhermès^ et elle ne pouvait être placée ailleurs qu'autour de l'autel, et de manière à laisser le passage libre pour entrer dans la chapelle voisine. Les parois des murailles sont figurées avec le revêtement de marbre que leur donna Sixte III; les loculi sont fermés avec les pierres tombales des papes, retrouvées dans la chapelle. Dans les quatre niches encore visibles à ras de terre sont placés des tombeaux en forme de sarcophage, dont l'un, celui à droite de l'autel, porte dans le dessin de M. de Rossi le couvercle sur lequel a été lu le nom d'OYPBANOc. A droite de l'autel, encastrée dans le dallage de la chapelle, on aperçoit à travers les jours de la balustrade la pierre encore située à la même place sur laquelle est inscrit le nom de AHMETPlc. A droite et à gauche de la chapelle, devant les deux niches les plus rapprochées de l'entrée, on voit deux tombeaux rectangulaires enveloppés dans un massif de maçonnerie revêtu de stuc; sur le couvercle de l'un est écrit Eusebio homini Dei, sur le couvercle de l'autre Gregorius Presb. L'un de ces tombeaux a été retrouvé entier, et la place de l'autre est encore visible, avec un pan de la maçonnerie qui l'entourait. Ces tombeaux, construits apparemment au iv^ siècle, renfermèrent les restes de deux chrétiens illustres, peut-être deux confesseurs de la foi ; le couvercle de l'un et de l'autre n'a pas été retrouvé, et M. de Rossi, sur la foi d'un ancien document, a suppléé hypothétiquement les deux inscriptions. La décoration proprement dite de la chapelle papale est rétablie dans notre dessin sur les données les plus certaines : on n'a guère fait que relever et remettre en place ce qui gisait à terre. Ainsi la corniche, soutenue par des pilastres, qui surmonte les deux inscriptions damasiennes, à la hauteur de la naissance de la voûte, a été reconstituée d'après des débris parfaitement reconnais-

sables. Les deux colonnes en spirales qui, vers le milieu de la chapelle, supportent une architrave de marbre, sont également rétablies aux places mêmes qu'indiquait la base de l'une d'elles, retrouvée encore debout; leurs troncs ont été découverts lorsqu'on a déblayé le sol de la crypte. L'architrave que Ton voit suspendue à une grande distance de la voûte et ne supportant rien paraît au premier abord assez singulière. Elle faisait partie, cependant, de la décoration habituelle des chambres funéraires des martyrs. On s'en servait en guise de ciborium pour suspendre des lampes et des draperies ^ Elle est ainsi figurée dans plusieurs médailles de dévotion % remontant aux premiers siècles, et représentant des sanctuaires célèbres, sur un vetro publié par le P. Garrucci ^, et aujourd'hui conservé au Musée Britannique, et sur une pierre tombale autrefois au Musée du Vatican, maintenant au Musée chrétien de Latran.

Deux inscriptions damasiennes décoraient la chambre funéraire des papes : Tune, dont on a découvert deux petits fragments, et qui est figurée dans notre dessin au fond de la chapelle, derrière la chaire épiscopale ; l'autre, dont la presque totalité a été retrouvée, et que nous avons représentée immédiatement au-dessus. Le texte de la première a

1. Dans un ciibicidiim voisin (B^ 7) on remarque, autour de la place présumée de l'autel portatif, quatre corniches allongées et sortant de la muraille, qui servaient probablement à suspendre des lampes ou attacher des rideaux. Ces rideaux voilaient habituellement l'autel pendant une partie du saint sacrifice ; on les ouvrait vers l'élévation. « Lorsque l'hostie céleste est sur l'autel, que Jésus- Christ, la brebis royale, est immolée, lorsque vous entendez prononcer ces paroles : Prions tous ensemble le Seigneur ^ lorsque vous voyez que l'on tire les voiles et les rideaux de l'autel, imaginez- vous que vous contemplez le ciel qui s'ouvre et les anges qui descendent sur la terre. » ( Saint Jean Chrysostome, homélie III in c. i. Epist. ad Ephes.) Cette citation est empruntée au Dictionnaire des antiquités chrétiennes de M. l'abbé Martigny, V° Ci orium.

2. Voir, Bullettino di arch. crist.^ mai et juin i869^1a médaille portant pour légende Successa vivas^Qt celle inscrite Gaudentianus (tav.^ n°'' 5, 8).

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