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curiosité et sa dévotion. Le jour de Sainte-Cécile, la tombe fut refermée en présence du pape, qui célébra la messe. Le cardinal Sfondrati fit construire le maître-autel qui s'élève aujourd'hui au-dessus du tombeau de la sainte; et sous
Fig. 12. — Statue de sainte Cécile, par Maderno.
Tautel il plaça une statue de marbre blanc due au ciseau de Maderno, qui avait plusieurs fois vu le corps de la vierge et qui le reproduisit dans l'attitude que nous avons décrite. Au bas de la statue est cette inscription :
EN TIBI SANCTISSIM^ VIRGINIS C^CILI^ IMAGINEM QVAM IPSE INTEGRAM INSEPVLCRO JACENTEM VIDI, EAMDEM TIBI PRORSVS EODEM CORPORIS SITV HOC MARMORE EXPRESS!.
« Contemplez l'image de la tres-sainte vierge Cécile, que j'ai vue moi-même couchée intacte dans sa tombe. J'ai exprimé pour vous, dans ce marbre, la pose qu'avait son corps. »
Vers la même époque on publia une gravure représentant sainte Cécile dans son cercueil, avec cette légende : Hoc habitu inventa est. On en peut voir encore plusieurs exemplaires en diverses bibliothèques publiques, deux notamment dans la bibliothèque de Carpentras, parmi les manuscrits de Peiresc, contemporain de la découverte.
Quoique cela n'ait trait qu'indirectement à notre sujet, nous ne pouvons nous empêcher de signaler une autre confirmation de la légende de sainte Cécile. Dans le deuxième sarcophage trouvé par Sfondrati sous le maître-autel, et
qui, d'après la tradition, devait renfermer les restes de saint Tiburtius, saint Valérien et saint Maxime, transportés du cimetière de Prétextât dans l'église du Transtevère, on découvrit en effet les corps de trois personnes, deux desquelles, paraissant de même âge et de même taille, avaient été décapitées, tandis que le crâne de la troisième, rompu et brisé, et sa longue chevelure tout imprégnée de sang, paraissaient indiquer un martyr mis à mort à coups de ces plumbatœ^ ou lanières garnies de plomb, que décrit Prudence, et dont on a retrouvé de nos jours un spécimen dans le cimetière de Calliste ^ Or les actes de sainte Cécile rapportent que tel fut le supplice de l'officier Maxime, converti, on s'en souvient, par l'exemple des martyrs Valérien et Tiburtius. On peut donc affirmer que, des deux sarcophages trouvés dans l'église de Sainte- Cécile à la fin du xvi® siècle, l'un renfermait les restes de la martyre elle-même, et l'autre ceux des trois martyrs dont l'histoire est liée à la sienne : son époux, son beaufrère, et le compagnon de supplice de Tun et de l'autre.
Après ces longs préliminaires, rentrons dans notre crypte. Nous sommes maintenant en état de confronter la merveilleuse histoire de sainte Cécile avec les monuments encore existants du cimetière de Calliste. On a vu que, d'après les actes, saint Urbain enterra la vierge martyre dans le voisinage des papes, inter collegas siios episcopos. Les deux Itinéraires cités au commencement de ce IIP livre mentionnent son tombeau immédiatement avant ou immédiatement après celui des papes. Pascal P"" raconte qu'il trouva son corps tout près du lieu d'où il avait enlevé les corps de ses prédécesseurs, sicut in sacratissima illius passione manifeste narratur. inter collegas episcopos. Ces notions topographiques sont-elles vraies ou fausses } telle est la question
I. On a trouvé dans un tombeau d'une chapelle voisine (atlas B ^ 7) des chaînes terminées par des balles de plomb, qui furent peut-être des plumhatcB^ instruments de supplice achetés à prix d'or par les fidèles pour être enterrés dans la tombe d'un martyr. Une de ces chaînes est conservée au musée chrétien du Vatican.
qui dut se présenter à la pensée de M. de Rossi quand, auprès de la chapelle des papes, il découvrit une autre chambre contiguë ; on se figure aisément quel fut son désir d'y pénétrer. Malheureusement cela n'était pas facile. La chapelle était remplie de terre jusqu'au haut du luminaire, et c'est par ce luminaire qu'elle dut être d'abord dégagée. A mesure que ce travail s'avançait, quelques peintures
Fig. 13, — Chapelle de Sainte-Cécile.
commencèrent à apparaître. Ce fut d'abord, sur la paroi même du luminaire, une figure de femme dans l'attitude de la prière, mais tellement effacée et tellement décolorée qu'il était difficile d'en retrouver les traits distincts. Audessous de cette figure on découvrit ensuite une autre fresque, représentant une croix latine entre deux brebis. Le temps avait également décoloré cette peinture. Enfin, tout au bas de la paroi du luminaire, les fouilles, en creusant plus profondément, mirent au jour les figures de trois saints, peintes probablement au iv® ou v^ siècle, et dont les noms, écrits au-dessous, n'indiquaient aucune relation à
l'histoire de sainte Cécile. Le premier s'appelait Policamus: c'était un martyr, ainsi que l'indique la palme qui sort de terre à côté de lui; le second portait le nom de Sébastien, et le troisième, Curinus, était sans doute un évêque, car il avait la tète tonsurée en couronne, comme on voit sur les portraits d'évèques de cette époque : c'était au moins un clerc, et il ne peut être confondu avec le tribun Quirinus, enterré dans le cimetière de Prétextât. M. de Rossi ne s'attendait nullement à trouver ces trois saints près de la tombe de sainte Cécile. Avant d'expliquer la raison de cette coïncidence inattendue, continuons de suivre le dégagement de la chambre.
En descendant plus près du sol, on découvrit sur le mur, près de la porte qui mène à la chapelle papale, une peinture que l'on peut attribuer au vii^ siècle, représentant une jeune femme richement vêtue, portant des perles dans les cheveux et aux oreilles, des colliers et des bracelets d'or et de perles ; sur sa robe blanche est passée une tunique rose semée de fleurs d'or et d'argent. Ainsi devait être parée, au vu'* siècle, une fiancée riche et de haute naissance. Elle a les mains étendues, et sa tête est entourée d'un nimbe d'or. De grandes fleurs roses sortent de terre autour d'elle. Il n'est pas douteux que le peintre n'ait voulu, sous ces traits qui, malgré la barbarie du pinceau, ont conservé une sorte de grâce juvénile, représenter la sainte célèbre enterrée dans cette chapelle. Au-dessous de l'image de sainte Cécile on voit une niche légèrement creusée, comme on en trouve en quelques parties des catacombes, destinée probablement à recevoir les vases d'huile et de parfums qui servaient dans l'antiquité chrétienne à l'entretien des lampes allumées devant les tombeaux des martyrs. Au fond de la niche est peinte, en style byzantin, une grande figure de Notre-Seigneur, entourée de rayons formant une croix grecque. A côté de cette figure, tout contre la niche, on voit, dans une sorte de cadre noir, le portrait en pied d'un évêque revêtu de ses habits pontificaux : près de lui est écrit son nom, S. VRBAN VS.
En examinant de près ces peintures on reconnaît qu'elles ne furent pas les premières décorations de la chapelle. La ligure de sainte Cécile est peinte sur une mosaïque plus ancienne dont on aperçoit encore, tout en bas du tableau, une double rangée de cubes blancs, bleus et verdâtres. La niche dans laquelle est représentée l'image de Notre-Seigneur porte la trace visible d'un revêtement de marbre blanc. Cette figure et celle de saint Urbain ne peuvent guère remonter plus haut que le x*^ ou le xr siècle. Quand on trouve, en quelque partie des catacombes, les vestiges de plusieurs décorations successives et la trace de travaux exécutés après le v^ ou le vi® siècle, on peut dire avec assurance qu'on est en présence d'un sanctuaire historique. Si l'on ajoute qu'à la gauche des peintures que nous avons décrites le mur est profondément entaillé de manière à recevoir un sarcophage, et que, entre cette cavité et le fond de la niche située à gauche de l'autel dans la chapelle papale, il reste à peine un pouce de tuf, il faut bien laisser tomber tout scepticisme, confesser que les anciennes traditions reçoivent une confirmation éclatante, que le récit du pape Pascal se vérifie de tout point, et que l'on a enfin découvert de manière à n'en pouvoir plus douter le tombeau d'une des plus anciennes et des plus célèbres martyres de Rome.
On demandera cependant si cette chambre peut bien être celle de sainte Cécile. Un point, à vrai dire, un seul, peut encore demeurer obscur. Comment, en effet, le pape Pascal eut -il tant de peine à découvrir le tombeau de notre sainte, quand, entre sa chambre et celle des papes, il existe une communication si visible et si facile > Pour répondre à cette difficulté, il faut rappeler quelle était au temps de Pascal la condition des catacombes romaines. L'état de ruine oii elles étaient tombées le contraignait à en retirer les reliques. De plus elles étaient exposées aux incursions des Barbares. Il est possible qu'à l'époque où Pascal fit ses recherches, soit la cavité dans laquelle était déposé le sarcophage, soit la porte même qui mettait en
communication les deux chambres, ait été bouchée afin de dépister les investigations sacrilèges des Lombards. Ce n'est pas là une simple conjecture. Parmi les débris qui remplissaient la crypte, M. de Rossi a trouvé, devant la niche qui contint jadis le sarcophage de la sainte, quelques restes d'un mur trop peu épais pour avoir pu servir de support, et qui évidemment fut construit pour boucher ou dissimuler la cavité du sépulcre. A l'inspection des graffites qui en recouvrent le stuc grossier, il reconnaît, avec son habituelle sincérité, que ce mur dut être construit pour un motif de décoration plutôt que de prudence, et appartient sans doute à une date postérieure au temps de Pascal. Mais un autre mur peut avoir été construit à la même place, à une époque plus reculée, et avoir dissimulé aux yeux de ce pape le pieux trésor qu'il cherchait. M. de Rossi, à l'appui de cette hypothèse, cite un arcosolium du cimetière de Prétextât qui, sans doute par peur des Barbares, avait été ainsi caché, au vii^ ou viii^ siècle, par l'érection d'un mur: ce mur détruit, M. de Rossi et le P. Marchi virent apparaître un tombeau tout revêtu de marbre à l'intérieur, et dont la mensa pouvait se lever à l'aide de grands anneaux de bronze : deux corps y étaient renfermés, vêtus l'un de toiles d'or et l'autre d'étoffes de pourpre, sans doute deux martyrs inconnus dont une grossière construction avait caché et préservé les restes.
Quand même nous ignorerions encore la solution véritable de la difficulté qui vient d'être indiquée, cette unique obscurité, ce seul anneau manquant dans la chaîne des preuves ne pourrait détruire l'évidence résultant du témoignage personnel de Pascal P% et des innombrables confirmations qui lui sont données par tant de sources anciennes et modernes. Une des plus importantes est celle qui dérive des nombreuses épitaphes de membres de la famille des C^ecilii, et d'autres familles alliées à celle-ci, découvertes dans cette région et dans les régions environnantes du cimetière de Calliste. M. de Rossi compte douze ou treize inscriptions funéraires de C^ecilii, tous de race sénatoriale.
trouvées dans les deux premières areœ et dans la crypte de Lucine, et comprises entre le ii*^ et le siècle. En rapprochant ce fait de ceux que nous connaissons déjà, et en particulier de la découverte, au-dessus même du cimetière de Calliste, de magnifiques colombaires appartenant à la gens C^ecilia, on acquiert la certitude que la première area de ce cimetière, et sans doute aussi la seconde, fut, avant d'avoir été donnée par eux à l'Église, la propriété des Cascilii Maximi Fausti, et que sainte Cécile, à laquelle les actes donnent ces titres de nobilis et de clarissima^ portés dans les inscriptions funéraires par plusieurs femmes de cette noble famille, en était membre, elle aussi, et fut déposée avec honneur dans Thypogée possédé par les siens sur la voie Appienne.
M. de Rossi croit voir sur les murailles mêmes de la chapelle un souvenir du jour où le pape Pascal P'" opéra la translation des reliques de notre sainte. En examinant de près l'image de sainte Cécile, on reconnaît que, dans sa partie inférieure, elle est couverte de graffites qui peuvent se diviser en deux catégories. Les uns sont irréguliers, écrits pêle-mêle par des mains et à des époques différentes, noms de pèlerins romains ou étrangers. Ainsi, on lit à gauche, au milieu des herbes ou des moissons que semblent fouler les pieds de la sainte, le nom d'un Hildebrand^ à droite, celui d'un Etelred ep(iscopus)^ en bas, dans la bordure du cadre^ un Liipo : le mot Spani {Hispani) se rencontre deux fois. L'autre classe de graffites est toute différente : ce sont des noms de prêtres écrits sur quatre lignes avec une grande régularité : + Benedictus prb^ + Sergius prb^y + Crescentius indignus prbt, + Stefanus prb^ P.,. prb , Ma[rcus prb ?) + Bonifacius prb , + Léo prsb ,
I. De ces deux premiers noms, il ne reste plus que deux lettres du second, SE... M. de Rossi raconte que, pendant que la crypte était jncore pleine de matériaux et de ruines, il introduisit, non sans péril, sa tète entre deux monceaux de décombres et lut, à gauche de la fresque, à l'extrémité inférieure du cadre, les noms Benedictus et Sergius, qui bientôt tombèrent en poudre avec le stuc qui les portait.
Joannes prb rester. Mercurius.,.. ... ndo scriniariiis, Georgins prb. A la suite du nom de Léo est écrit en lettres plus petites : oAdeodata mater ejiis. Voilà donc une série de visiteurs, tous prêtres, tous Romains, qui sont venus dans la chapelle de Sainte-Cécile accompagnés d'un notaire ou scriniariiis , comme s'ils étaient chargés d'accomplir une cérémonie importante dont il doit rester procès-verbal : l'un d'eux est le prêtre du titre de Sainte-Cécile, Joannes presbjrter vester : une seule personne étrangère a été admise par faveur en leur compagnie, la matrone Adeodata, mère du prêtre Léon. Les noms de ces visiteurs sont inscrits au bas de l'image de la sainte en lignes régulières, et ressemblent plutôt, par leur arrangement, à une inscription officielle qu'à un graffite : on dirait qu'ils ont été tracés sur le mur en commémoration de quelque acte solennel et pieux. Par une coïncidence singulière, quelques-uns de ces noms : Léo prb. Sergius prb. Benedictus prb. Stefamis prb^ Joannes prb. se lisent sur l'image de saint Corneille, dans la chapelle où est la tombe de ce pape, dont les reliques furent transportées à Rome quarante ans après celles de sainte Cécile. Plusieurs d'entre eux se retrouvent sur une fresque découverte à Saint-Clément, faite aux dépens du prêtre Léon sous le pontificat de Léon IV, vers la moitié du ix^ siècle. Un Benedictus, quatre Léon, deux Georgius font partie d'un synode tenu à Rome en 826. Parmi ces noms, il en est de fort communs, comme Léo, Benedictus ou Joannes; on peut les trouver plusieurs fois répétés sur des actes contemporains sans avoir le droit pour cela de les attribuer aux mêmes personnes. D'autres sont plus rares, Georgius, Mercurius, et quand on les trouve signés, au milieu d'un groupe de prêtres, au bas de deux images de saints, quand on remarque, dans les graffites de Saint-Clément comme dans ceux de Sainte-Cécile, les deux noms tracés avec les mêmes singularités d'écriture, on a le droit de conjecturer qu'ils furent portés par deux mêmes personnes, et que leur possesseurs étaient des membres du haut clergé romain, ayant assisté le pape dans deux actes solennels, en certifiant,
comme témoins, la translation par lui faite des reliques d'un saint, et en signant avec lui les décrets d'un concile. Telle est en effet la conjecture de M. de Rossi : les prêtres dont les noms se trouvent écrits sur quatre lignes au pied de l'image de sainte Cécile, au-dessus même de son tombeau, furent certainement des contemporains de Pascal P% puisque les noms de quelques-uns d'entre eux se trouve'nt sur des monuments et des documents contemporains de ce pape, et probablement ils assistèrent, comme témoins, à la translation solennelle des reliques de sainte Cécile, quelques-uns peut-être, quarante ans plus tôt, à celle des reliques de saint Corneille : leurs noms inscrits dans l'une et l'autre chapelle seraient des souvenirs officiels de cette translation, la signature en quelque sorte de témoins instrumentaires, signature qui, après avoir été gravée sur la muraille, fut sans doute apposée au bas du procès-verbal de l'ouverture du tombeau et de l'enlèvement des reliques, tracé par le scriniarius. ou notaire de l'Église romaine, qu'ils avaient amené avec eux. On retrouverait ainsi, sur la muraille de la chapelle de Sainte-Cécile, et peut-être sur celle de la crypte de saint Corneille, un souvenir matériel de la translation de leurs corps. La fresque représentant saint Urbain, à côté de la niche où est la grande ligure byzantine du Sauveur, ne présente aucune trace de graffites de la même époque ; elle est sans doute bien postérieure, car les croix qui ornent le pallium dont le saint est revêtu ne paraissent pas avoir été en usage avant le x^ ou xi^ siècle : il est probable qu'elle fut peinte après la translation des reliques de sainte Cécile, en l'honneur, non des reliques, mais du tombeau qui les avait contenues : DECO RI SEPULCRI S CMClhlM MARTYRIS, dit une inscription maintenant presque effacée % écrite sur la muraille à côté de la fresque.
Il nous reste à reprendre en quelques mots l'histoire de
I. M. de Rossi en a pu Hre quelques lettres qui maintenant ont disparu: on peut à peine déchiffrer aujourd'hui... O R I... C...
sainte Cécile. Les actes d'où elle est tirée ne sont pas exempts d'erreur, nous Tavons reconnu : le lecteur aura remarqué néanmoins que leurs données principales sont toutes confirmées par les découvertes du cimetière de Calliste. Les erreurs qu'ils renferment ont trait principalement à la chronologie. D'après le récit des actes, au moment où sainte Cécile fut mise à mort, une persécution terrible sévissait contre l'Eglise, et les persécuteurs poussaient la férocité jusqu'à refuser la permission d'enterrer les martyrs. Le monde romain était gouverné par deux empereurs : Do mini nostri invictissimi principes^ imperatores^ tel est constamment le langage des actes. Le martyre de sainte Cécile fut consommé, d'après leur récit, sous le pontificat d'Urbain, quem papam suum christiani nominant . Ici naît une difficulté chronologique. Si le martyre de sainte Cécile eut lieu du temps du pape Urbain, il eut lieu sous le règne d'Alexandre- Sévère. Or la douceur d'Alexandre -Sévère, sa tolérance à l'égard des chrétiens sont bien connues ; quand même il y aurait eu sous son règne, à son insu, quelques actes de persécution isolés, on ne saurait comprendre sous ce clément empereur la persécution générale, emportée, féroce, acharnée jusque sur la dépouille des martyrs, que dépeint l'auteur des actes. Et enlin, sous Alexandre-Sévère, qui régna seul, la perpétuelle allusion à la pluralité des empereurs est tout à fait inintelligible. Le martyrologe d'Adon, corrigeant ces diverses contradictions par une autre, dit que sainte Cécile souffrit sous le règne des empereurs Marc-Aurèle et Commode, passa est aiitem beata virgo Marci Aiirelii et Commodi imper atoriim temporibiis. mais il ajoute qu'elle reçut la couronne du martyre sous le ponti£cat d'Urbain : or le pape Urbain est de cinquante ans postérieur au règne de Marc-Aurèle. L'inconséquence d'Adon nous fournit cependant un premier trait de lumière. Pour fixer ainsi le martyre de sainte Cécile à l'époque où Marc-Aurèle avait associé Commode à l'empire, quand tous les autres martyrologes se contentent de dire qu'elle souffrit sous le pape Urbain, il faut qu'il ait tiré cette date de quelque ancien
ROxME SOUTERRAINE.
document, peut-être d'actes de sainte Cécile antérieurs à ceux rédigés au siècle, et qu'il Tait copiée naïvement, littéralement, sans se rendre compte de la contradiction et de l'anachronisme qu'il introduisait par là dans son récit. Or, si Ton admet que notre sainte souffrit sous Marc-Aurèle et Commode, toutes les invraisemblances des actes que nous possédons disparaissent. Marc-Aurèle et Commode étaient ennemis déclarés du nom chrétien ; sous leur règne la persécution sévit cruellement, et les refus de sépulture ne furent pas sans exemple. Chose remarquable, la sentence que l'auteur des actes met dans la bouche du préfet Amachius est tirée mot pour mot d'un rescrit rendu par les deux empereurs en 177, et cité dans l'admirable lettre des Eglises de Lyon et de Vienne qu'Eusèbe nous a conservée ^ Voici le texte de la sentence : Domini nostri învictissimi principes jiisserunt ut qui se 72on negaverint esse chrîstianos puniantur^ qui vero negaverint dimittantur^ « nos seigneurs les invincibles princes ont ordonné que ceux qui ne renieront pas la qualité de chrétiens soient punis, ceux qui la renieront renvoyés absous. » Voici maintenant le texte de l'édit : Toù; (xèv à7roTU[y.7TaviG6'!ovaf et tivsç àpvoTvTO, toutouç i/.7ro}.u- G-Tivau.. « que les premiers (ceux qui confessent la qualité de chrétiens) soient punis, et si quelques-uns nient, qu'ils soient renvoyés absous. » Les paroles du juge sont donc empruntées à l'édit de persécution rendu en 177 par Marc- Aurèle, et qui certainement ne faisait pas loi cinquante ans plus tard sous Alexandre - Sévère : et il y a tout lieu de croire que, quelle qu'en soit la source, la variante introduite par Adon dans le récit est conforme à la vérité.
Ceci admis, une autre difficulté naît aussitôt. Elle est relative au pape. S'il est vrai que sainte Cécile souffrit en 177, il est impossible que le pape Urbain ait joué aucun rôle dans son histoire. La difficulté cependant ne subsistera