I. Honi. XII in Nam
ment des idées trop hautes et trop délicates, elles pénètrent trop avant dans le dogme chrétien pour avoir été faites en dehors de l'initiative ou tout au moins de la surveillance de l'Église, seule maîtresse de juger jusqu'à quel point pouvait être levé sans péril le voile qui recouvrait les saints mystères. Une fois composée et lixée ainsi, cette série de peintures devint une chose consacrée, un enseignement officiel : les enfants et les illettrés l'apprirent, pour ainsi dire, par cœur, comme un catéchisme en figures. M. de Rossi ayant pénétré en 1865 dans une crypte du cimetière de Saint- Pamphile, entre la voie Salaria vecchia et la voie Salaria nuova, y découvrit un ciibiciilum du iv'' siècle, sur les murs duquel la main ignorante d'un enfant ou d'un chrétien tout à fait étranger à l'art du dessin avait tracé, à la pointe d'un pinceau, des images informes reproduisant, dans des attitudes exactement semblables, plusieurs des scènes que nous venons d'étudier : Moïse frappant le rocher, le paralytique emportant son lit, la résurrection de Lazare, rhistoire de Jonas ^ .
Bosio a découvert, dans le cimetière de Priscille, une autre série de peintures liturgiques, représentant la prise du voile par une vierge consacrée à Dieu, et l'imposition des mains pour l'ordination et peut-être pour la pénitence publique. De plus, nous avons déjà fait remarquer que beaucoup des symboles et des ornements peints en diverses parties des catacombes ont un sens liturgique et font allusion aux sacrements, même lorsqu'ils paraissent n'être que la représentation plus ou moins littérale de quelque trait de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Un écrivain anglais, qui a publié récemment un livre sur a le christianisme primitif et l'art religieux en Italie - )> , dans lequel il s efforce de conquérir au protestantisme ou du moins de détacher de ]a tradition catholique les témoignages de l'antiquité, déclare
1. Bullettino di arcli. crist.^ 1865, 11'' i. — C;s curieux griffonnages sont reproduits en fac-similé dans le même numéro du Bullett.j p. 5.
2. A History of Ancien Christianity and sacred art in Italy^ by C J. Hemans. London, 1866.
formellement que, a si l'on pouvait se dépouiller de tout préjugé, laisser de côté toute idée préconçue, et se former, dans un complet désintéressement, une idée de l'Eglise primitive d'après les traces laissées par elle dans les catacombes, on reconnaîtrait que le culte de cette Eglise se développait tout entier autour de plusieurs sacrements, qui en formaient le centre mystique. »
L'étude des peintures liturgiques confirme les remarques faites dans un précédent chapitre sur Tordre dans lequel s'est opéré le dév^eloppement successif de l'art chrétien, le symbole s'évanouissant graduellement et la représentation des faits historiques prenant peu à peu sa place. Les deux cubiciila (A^ et A-) que nous venons d'étudier furent creusés et décorés vers la lin du ii*" siècle ou les premières années du 111% les trois cubiciila voisins quelques années plus tard. Dans les peintures des deux premiers, l'allégorie s'exprime souvent au moyen de traits empruntés aux histoires des deux Testaments, mais les représentations purement symboliques y sont encore nombreuses. Dans les trois plus récents les sujets sont les mêmes, les scènes analogues ; mais tout mode d'expression purement hiéroglyphique ou symbolique a disparu, le caractère historique domine. Dans un cubiculum encore plus récent, voisin de la crypte de saint Eusèbe, celui dans lequel nous avons vu déjà la grande fresque du Bon Pasteur, des apôtres et des brebis, ce caractère s'accentue davantage encore. Les sujets font partie, à Texception de celui que nous venons de citer, du cycle liturgique ; sur le mur de droite le Baptême est liguré par Moïse frappant le rocher, dont un Juif court en toute hâte recevoir l'eau (planche XVII) ; sur celui de gauche l'Eucharistie est représentée par le miracle de la multiplication des pains et des poissons; les détails sont plus précis, plus réels que dans les chambres des sacrements ; l'artiste ne se c jntente plus de représenter le fait biblique d'un trait simple et sommaire, il en trace un tableau exact, circonstancié : l'histoire a tout envahi, tout alourdi ; les signes purement abstraits, purement idéographiques ne se voient plus.