Ep. XXIX, ad Alypium
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renseignement de Pierre condamne », et en même temps il trace le tableau le plus pittoresque d'une fête au iv*^ siècle. (( Dans la multitude attirée ici par la renommée de saint Félix, dit-il*, — et, en modifiant un seul détail, nous pouvons transporter cette description à Rome le 29 juin, — il y a des paysans récemment convertis, qui né savent pas lire, et qui, avant d'embrasser la foi du Christ, ont été les esclaves des mœurs profanes, ont obéi à leurs sens comme à des dieux. Ils arrivent ici de loin , de tous les points du pays. Brûlant de foi, ils bravent les piquantes gelées^ ; ils passent la nuit entière en joyeuses veilles; ils chassent le sommeil par leur gaieté et dissipent les ténèbres par la lumière des torches; mais ils mêlent l'orgie à leurs prières, et, après avoir chanté des hymnes à Dieu, ils s'abandonnent aux excès de la bouche; ils tachent de vins odorants la tombe des saints; ils chantent au milieu des coupes, et, par leurs lèvres enivrées, le diable insulte saint Félix. J'ai donc, — continue le bon évêque, — cru bien faire d'orner de peintures sacrées toute l'église de Saint-Félix. Peut-être la vue de ces images colorées attirera-t-elle les yeux et retiendra-t-elle l'attention de ces paysans. Des inscriptions sont placées au-dessus des peintures afin d'expliquer ce que la main a représenté. Pendant qu'ils se montrent ces tableaux les uns aux autres, et lisent tour à tour ces paroles, ils oublient longtemps leur repas. La jouissance des yeux apaise leur faim, les sujets qu'ils contemplent leur inspirent de meilleures habitudes, et, en étudiant ces saintes histoires, ils reçoivent d'elles d'utiles leçons de chasteté et de vertu... Tandis qu'ils regardent, le jour s'écoule, les libations deviennent moins fréquentes , et il leur reste à peine le temps de manger. »
Dans le but de prévenir les excès des chrétiens de Rome, voulut-on, par une pensée analogue à cette naïve indus-
T. Nat. s. Fel.j IX, v. 5:41 et seq.
2. Les contadini qui passent la vigile de saint Pierre et saint Paul sur les marches et sous les colonnades de la Piazza di San Pietro n'ont pas à braver le froid.
trie de saint Paulin, décorer leurs coupes de fête d'images si belles et si saintes qu'ils oubliassent d'y verser du vin alin de les mieux contempler > Quatre-vingts coupes sur trois cent quarante, publiées par le P. Garrucci, sont ornées des portraits de saint Pierre et saint Paul et servirent probablement dans les festins et les réjouissances du jour anniversaire des deux apôtres, si chers aux chrétiens du iv"^ siècle. Les inscriptions qui accompagnent ces images confirment cette supposition, car elles font souvent allusion à des repas de fête. En voici quelques-unes : DIGNITAS AMICO- R VMPIE ZESES CVM TVIS OMNIBVS BIBAS. — DIGNITAS AMICORVM PIE ZESES CVM TVIS OMNIBVS BIBE ET PROPINA. — CVM TVIS FELICITER ZESES. — Q^u nom de Famitié^, bois, et longue vie^ à toi et aux tiens. — oAu nom de V amitié, bois, vis avec tous les tiens, et pot^te une santé (propina). — Vie et bonheur à toi et aux tiens. Une inscription plus religieuse est celle-ci : HILARIS VIVAS CVM TVIS OMNIBVS FELICITER SEMPER IN PACE DEI ZESES. — Vis joyeux avec tous les tiens, vis éternellement heureux dans la paix de Dieu. Sans doute plus d'un pieux chrétien suivait à Rome Fusage que sainte Monique avait appris en Afrique et dont saint Augustin parle avec un sourire attendri : elle apportait avec elle les jours de fête « une petite coupe de vin trempé d'eau, suivant son habitude frugale : elle en goûtait par convenance (unde dignationem sumeret). Et si plusieurs tombes saintes devaient être honorées de cette manière, elle portait à la ronde la
1. DIGNITAS AMICORVM paraît avoir été Féqui valent du mot Digni amici, que les Romains adressaient à leurs convives en portant leur santé. Saint Augustin fait évidemment allusion à cette formule dans le passage cité plus loin, à propos de l'honneur que sainte Monique rendait aux saints avec sa coupe de vin. DIGNITAS AMI- CORVM se lit sur une tassera chrétienne publiée par Boldetti.
2. PIE ZESES , pour uie, ^tict^ç, mots grecs d'un usage très-répandu à Rome. BIBAS peut être entendu littéralement, ou lu VIVAS; dans les inscriptions des catacombes, BIXIT est très-souvent écrit pour VIXIT.
même coupe, et quand celle-ci était dévenue non-seulement plus pleine d'eau que de vin , mais encore tiède et peu fraîche, elle en offrait à chacun de nous une petite gorgée, car elle cherchait là non le plaisir, mais la satisfaction de sa piété ^. ))
Les représentations des apôtres, si fréquentes dans les coupes chrétiennes, sont-elles des portraits, ou simplement des types conventionnels inventés par les peintres et perpé tués par une tradition artistique? Eusèbe affirme avoir vu (( des portraits des apôtres Pierre et Paul et du Christ luimême exécutés en peinture » , et il ajoute que « c'était la coutume des anciens d'accorder cet honneur à ceux qui les avaient sauvés ou délivrés d'un péril ^ ». On ne peut nier que le visage des apôtres ne présente, sur un grand nombre de verres, une certaine fixité de type qui permettrait souvent de les reconnaître même en l'absence de toute inscription^.
La plus ancienne image connue des deux apôtres est probablement celle qui se voit sur une médaille de bronze conservée à la bibliothèque Va ticane (planche X, n" i). Cette médaille a près de sept centimètres et demi de diamètre : elle est d'un style ferme et vraiment classique; les tètes sont terminées au burin avec le plus grand soin. Elle fut découverte par Boldetti dans le cimetière de Domitille et remonte probablement à l'époque des Flaviens, quand l'art grec florissait encore à Rome. Les portraits sont vivants et naturels : ils ont un accent individuel très-marqué. Une des têtes est couverte d'une chevelure courte et bouclée; la barbe, également bouclée, est courte, les traits du visage rudes, un peu vulgaires. L'autre figure a plus de caractère, un aspect plus noble et plus fin : le front est chauve, la barbe épaisse et longue. Cette précieuse médaille est conforme à la tradition
I Conf., VI, 2.