Planche IX, n» i
positions, sainte Agnès, sainte Peregrina, la sainte Vierge elle-même priant pour l'Église de Rome fondée par les deux apôtres, et, en même temps, pour l'Église entière.
L'Église romaine honorait sainte Agnès d'un culte de prédilection. Le culte de la jeune martyre était répandu partoute la terre, dit saint Jérôme : on en trouve des traces en Gaule dès le siècle*. Le pape saint Damase avait une grande confiance dans ses prières; cette inscription se lit encore à l'entrée de la célèbre basilique de la voie Nomentane :
VT DAMASI FRECIBVS FAVEAS P R E C O R , I N C L Y T A V I R G O.
Sainte Agnès est quelquefois représentée seule ^ sur les fonds de coupe ; après saint Pierre et saint Paul, aucun saint ne s'y voit aussi souvent.
La position respective des deux apôtres dans les anciennes œuvres d'art a été l'objet de nombreuses discussions, qui n'ont point cessé depuis le temps de saint Pierre Damien. Il semble impossible d'établir sur ce point aucune règle fixe. Saint Pierre occupe le plus souvent la droite de saint Paul, ou la droite du Christ quand il est représenté entre les deux apôtres ; mais, dans un certain nombre de monuments, cet ordre est interverti. Cela ne prouve ni l'égalité des deux apôtres, ni, comme on essayait récemment de l'établir avec un grand sérieux, la supériorité hiérarchique de saint Paul sur saint Pierre^. Cette distinction de la droite et de la gauche était assez indifférente aux anciens. On trouve une fois Jésus-Christ représenté à la gauche de saint Paul. Sainte Agnès est quelquefois à la droite, et Marie à la gauche.
1. Ed. Le Blant, Inscript, chrèt. de la. Gaule ^ II, 11° 610.
2. Planche IX, n** 2. — Dans le verre que nous publions, sainte Agnès se tient entre deux colombes, dont chacune porte en son bec une ■couronne. Cela rappelle les vers de Prudence, Peristepli.^ XIV, 7 :
Duplex corona est prcestita martyri , Intactum ab omni crimine virginal.
3. Marriott, Testimony of tlie catacomhs^ p. 74. — London, 1870.
Souvent, dans les fonds de coupe , le mari est dessiné à la gauche de sa femme. Les artistes païens représentant Jupiter entre Junon et Minerve observent la même indifférence quant à la position respective des deux déesses. La primauté
Fig. 38. — Fond de coupe de la bibliothèque Vaticane
de saint Pierre est clairement attestée sur quelques-uns de nos verres par un symbole dont le sens ne peut être mis en doute. Il apparaît quelquefois sous le type de Moïse frappant le rocher. Le sens du rocher est bien clair : « Ils burent du rocher spirituel qui les suivait, dit saint Paul parlant des Juifs , et ce rocher était le Christ. » Mais , quelque beau et naturel que soit ce symbolisme, nous n'aurions osé
I. Représentant le Christ entre saint Pierre et saint Paul ; audessous, le Christ sous la figure de l'agneau ; les Juifs et les gentils venant de Jérusalem {lerusale) et de Bethléem (Becle) vers le mont Sion,d'où coulent les quatre fontaines évangéliques unies dans le mystique Jourdain (lordane).
affirmer que le personnage qui frappe le rocher est saint Pierre si, deux fois au moins, le nom PETRVS ne se lisait auprès de lui. Un des verres où il est représenté et désigné ainsi est connu de toutes les personnes qui ont visité la bibliothèque Vaticane (voir planche X, n° 2); le second, conservé dans la même collection {fig. 39), mais dont la
Fig. 39. — Fond de coupe trouvé dans les catacombes, récemment nettoyé, et conservé au musée chrétien du Vatican.
surface, corrodée par le temps, avait perdu toute transparence, a été, en 1867, nettoyé par M. Tessieri, directeur du cabinet des médailles au Vatican*. Devenu clair et diaphane , ce verre a laissé voir, découpée dans la feuille d'or qu'il recouvre, la figure de saint Pierre frappant le rocher symbolique. Il diifère peu sensiblement du premier; en l'examinant de près, cependant, on y reconnaît la main d'un autre artiste.
Ces précieux verres nous donnent la clef de plusieurs peintures des catacombes, et de nombreux bas-reliefs des