Bullett. di arch. crist., 1869, p
3. Telle est au moins l'interprétation donnée par M. de Rossi aux lettres AAIKCBBIN, suivies du monogramme : il y voit les initiales des mots : Ave anima, innocens cara conjux vivas in Christo. Maffei avait le premier supposé cette interprétation. — Bullett. di arch. crist.jiS6S^ p. 10.
sujet le plus important de ce sarcophage est l'histoire de Jonas. Le prophète est d'abord représenté jeté hors du vaisseau, dont les larges voiles sont remplies d'un vent impétueux, que souffle à travers une conque une ligure ailée. Le monstre marin ouvre son énorme mâchoire pour y engloutir Jonas, et un buste de femme, qui paraît dans le ciel, semble indiquer qu'après ce sacrifice le calme est revenu. Plus loin le monstre rejette Jonas sur un coin de plage où rampent des crabes, des lézards et des serpents. Près de cette scène est la figure de Jonas couché sous l'abri protecteur de l'arbrisseau miraculeux. Le sculpteur n'a laissé libre aucun espace ; partout où il a pu placer une figure, il l'a fait. L'eau dans laquelle nagent les monstres marins porte aussi une petite boîte carrée, l'arche, dans laquelle Noé est assis, recevant le rameau d'olivier que lui apporte la colombe, envolée de l'endroit même où le prophète est couché. Au bord de l'eau, des deux côtés de cet ensemble de sujets, sont représentés des pêcheurs, l'un qui retire un poisson qu'un enfant l'aide à amener à terre, l'autre qui donne à un enfant une corbeille pleine de poissons. Plus loin, un oiseau de mer guette sa proie : peutêtre est-il là pour avertir que les « pêcheurs d'hommes » institués par le Christ ne sont pas les seuls qui surveillent les eaux profondes et travaillent à la capture des âmes.
Le style et l'exécution de ces curieux bas-reliefs semblent ranger le sarcophage auquel ils appartiennent parmi les très-rares monuments de ce genre antérieurs au iv^ siècle et à la paix de l'Eglise. Du même côté de la salle est un autre tombeau orné de sujets sacrés. Le premier est le sacrifice de Gain et d'Abel. Le Dieu invisible est représenté par un homme barbu assis sur une pierre, peut-être l'autel grossier de l'époque patriarcale. Gain, en qualité d'aîné, se tient devant son frère , et offre ses fruits ; Abel vient ensuite, amenant son agneau. Dans le groupe voisin la chute originelle est figurée. Eve tient la pomme dans sa main, et le Sauveur, sous la figure d'un jeune homme imberbe, comme dans toutes les représentations de l'Incarna-
tion, porte à la main un faisceau d'épis ; il semble le tendre vers le personnage assis de la composition précédente, comme pour montrer que le pain fécondé par les sueurs d'Adam doit être offert à Dieu, si Ton veut que sa bénédiction descende sur le travail de l'homme. Le centre du sarcophage est occupé par une figure de femme tenant une boîte ouverte dans sa main, « la boîte d'albâtre pleine d'un parfum précieux » que Madeleine répandit sur la tète du Sauveur, et dont il dit : a Partout où cet évangile sera prêché, ce qu'elle a fait sera raconté en mémoire d'elle^ )) Les autres sujets sont le paralytique emportant son lit, Notre-Seigneur ouvrant les yeux de l'aveugle, changeant l'eau en vin, et ressuscitant Lazare.
Parmi les morceaux les plus dignes de faire partie de la grande collection de sculptures chrétiennes du Latran, il en est un qui, à l'heure où nous écrivons, attend encore sa place, et peut se voir dans la cour du palais : c'est un sarcophage très-hnement sculpté, qui fut apporté de Sainte- Marie-Majeure. Au centre des bas-reliefs de la bande supérieure sont deux bustes d'hommes, dont l'expression sérieuse et pleine de pensée contraste avec la rudesse naïve et presque comique de la plupart des sculptures que nous avons étudiées. On ignore quels étaient ces personnages; le sarcophage, qui probablement renferma d'abord leurs restes, a été trouvé sous l autel de la tribune de San-Paolo fuori le mura : il contenait les reliques des saints Innocents. Sixte-Quint le ht transporter avec ces reliques dans une chapelle construite par lui à Sainte-Marie-Majeure. La rangée supérieure des bas-reliefs représente Marie, après la résurrection de Lazare, baisant la main du Sauveur dans l'élan de sa reconnaissance ; Jésus prédisant à saint Pierre son reniement; et Moïse recevant la loi que la main divine lui tend du haut du ciel. Une autre main sortant d'un nuage arrête le bras tendu d'Abraham au moment où il va sacriher Isaac à genoux devant lui, les mains liées derrière