‹ Rome souterraine (volume 2)Chapitre 211 sur 247 · Contre Symmach., I · texte numérisé non relu

Contre Symmach., I

2. Elle est représentée cachant son visage dans un pan de sa robe, et tendant à Job un pain au bout d'un bâton, dans un manuscrit grec de la Bibliothèque nationale (n" 510, f« 71), et sur un sarcophage d'Arles publié par M. Edm. Le Blant, Revue arcliéologique ^ 1860, planche XVII.

Bible dans la bouche de Job : « Ma femme a eu horreur

de mon souffle ; » à l'autre extré- ^

mité, un groupe de figures représente un personnage conduit au

supplice par des soldats; à la tête

chauve du prisonnier, à l'épée nue

qui brille dans la main d'un de ses

gardiens, on reconnaît l'apôtre saint

Paul emmené vers le lieu de son

supplice sur la voie d'Ostie. Les

frises des cinq arches qui divisent

en compartiments la rangée inférieure des bas -reliefs sont ornées

de figures symboliques formant peut-être la partie la plus intéressante du sarcophage. Les sujets sont connus et fréquemment représentés dans les œuvres d'art primitives; mais ici un agneau tient la place des trois enfants dans la fournaise; un agneau, armé de la verge miraculeuse, fait jaillir du rocher une eau vers laquelle un autre agneau se précipite; un agneau opère le prodige de la multiplication des pains; un agneau, de sa patte levée, touche la tête d'un autre agneau placé au pied d'une chute d'eau, et sur lequel une colombe verse un torrent de lumière, symbole des dons du Saint-Esprit dans le sacrement de Baptême ; un agneau s'approche avec respect pour recevoir le livre de la loi ; un agneau ressuscite Lazare. Ces six représentations figurées prouvent incontestablement le caractère symbolique

des sujets sculptés sur les sarcophages; elles nous enseignent que, dans la main de Moïse, ou de Pierre, ou de l'agneau , la verge divine représente le pouvoir du Christ, par lequel les miracles de la grâce dans les sacrements de l'Eglise sont opérés^.

Notre revue des sculptures chrétiennes du musée de Latran ne serait pas complète si nous passions sous silence la célèbre statue assise de saint Hippolyte, placée au fond de la grande salle. Winckelmann y reconnaît l'œuvre la plus parfaite qu'ait produite la sculpture chrétienne primitive. Elle a été découverte lors des fouilles pratiquées en 1551 dans le voisinage de Saint-Laurent-hors-des-Murs. Il est probable que sa place première avait été le cimetière souterrain de Saint-Hippolyte, ou la basilique adjacente à ce cimetière. Elle ne peut être postérieure au iii^ siècle : la tête et les bras sont modernes, mais les parties antiques de la statue, le corps et les draperies, sont d'une pureté de

I. Il est curieux d'observer combien fréquente est la reproduction des mêmes sujets sur les sarcophages sculptés de Rome. Le catalogue qui suit est tiré des Letters from Rome de Burgon , lettre XX : Burgon énumère cinquante- cinq sarcophages étudiés par lui au musée de Latran, et nous ajoutons à la liste le résultat de l'étude faite par Bosio sur quarante-huit autres, dont trente ont été trouvés dans les cryptes du Vatican. Voici la liste des sujets représentés, et l'énumération du nombre de fois où ils se rencontrent : nous mettons en regard les chiffres résultant des observations de Bosio et de celles de M. Burgon sur les sarcophages du Latran :

Latran. Bosio.

Histoire de Jonas 23 11

Moïse frappant le rocher 21 16

Arrestation de saint Pierre. .. . 20 14

Multiplication des pains. .... . 20 14

Jésus rendant la vue à l'aveugle. 19 11

Changement de l'eau en vin.. . 16 8

Résurrection de Lazare 16 14

Reniement de saint Pierre. . . 14 8

Daniel dans la fosse aux lions . 14 7

Guérison du paralytique 12 7

Création d'Ève 11 2

Sacrifice d'Isaac ii 9

Adoration des Mages. 11 8

Latran. Bosio.

Chute d'Adam et Eve 14 10

Guérison de l'hémorroïsse .... S 9

Entrée de Jésus à Jérusalem.. . (■> S

Le bon Pasteur 6 9

Noé dans l'arche 5 6

Le Christ devant Pilate.. 5 6

Le Christ donnant la Loi 4 6

Les 3 enfants dans lafournaise. 4 3

Moïse se déchaussant 2 2

Élie enlevé au ciel 2 3

La Nativité, avec le bœuf et

l'âne I 4

Jésus couronné d'épines. . .. i t

Style, d'une dignité d'attitude et de maintien qui reportent l'esprit bien loin du temps de Constantin; de plus le Canon paschalis gravé sur un des côtés du siège de marbre dans lequel le saint docteur est assis cessa d'être suivi quelques années après le martyre d'Hippolyte, ce qui achève de fixer la date approximative de la statue. Nous ne fatiguerons pas nos lecteurs par un exposé détaillé des longues disputes auxquelles donna lieu, dans la primitive Eglise , la fixation du jour où devrait être chaque année célébrée la Pâque. On sait que l'Eglise romaine lutta longtemps et avec énergie contre ceux qui suivaient le mode de calcul des Juifs, et qui, faisant tomber la Pâque le quatorzième jour du mois lunaire, avaient reçu le nom de Quaj^to-Decimans. Pendant les deux premiers siècles l'Eglise avait conservé la manière juive de supputer la date pascale; mais, peu à peu, les chrétiens persécutés par la Synagogue se détournèrent avec une horreur croissante de tout ce qui

■ venait d'une source juive : et comme, depuis le com- I mencement du iii^ siècle, l'Église renfermait dans son sein

des hommes d'une science égale à celle des rabbins, les [ ëvêques chrétiens, et spécialement l'évêque de Rome, jugè- ' rent le moment venu de fixer avec autorité la date à

laquelle devrait être célébrée désormais la grande fête de

Pâques.

I Hippolyte est le premier qui ait composé une table par laquelle, en doublant la période grecque de huit ans, il crut, au moyen de sept de ces périodes de seize li années, trouver une formule corrigeant les différences entre h les années lunaires et solaires, et fixant pour toujours la tj vraie date pascale. Sur une des faces de la chaire de \\ marbre est gravé le mode de calcul, le Canon, sur l'autre I une table composée d'après ce canon, et donnant la date ,1 de la Pâque pendant T12 années. Malheureusement la

■ ' méthode de saint Hippolyte se trouva faussée par une

erreur de trois jours dans le calcul de chaque période de seize ans : quand Terreur eut été reconnue, ce premier essai de calendrier pascal perdit toute valeur pratique, et il fut

nécessaire de redresser et de refaire tous les calculs. Nous connaissons ces détails par un traité attribué à saint Cyprien, et portant la date de l'an 243 ; Tauteur assigne à cette erreur de trois jours une cause curieuse : saint Hippolyte, dit-il, a compté du premier jour de la création du monde, au lieu de commencer à celui 011 la lune fut créée ! Nous pouvons conclure de tout ceci que la statue appartient à la première moitié du iii^ siècle, à une époque où l'erreur du canon d* Hippolyte n'était pas découverte, et où il était encore considéré comme un des principaux titres de gloire du saint docteur.

Dans la pensée de saint Hippolyte, la table composée par lui déterminait la date de la Pàque dans le passé non moins exactement que dans l'avenir. On y voit marquées les dates des plus célèbres solennités pascales, par exemple l'Exode, qui, d'après lui, aurait eu lieu le 2 avril, ou le 5, si l'on suit la chronologie de Daniel. Hippolyte iixe également la date des diverses célébrations de la Pâque dans le désert, au temps de Josué, d'Ezechias, de Josias, d'Esdras ; il note le jour où tombait la Pâque dans l'année où naquit le Christ et dans l'année où il souffrit.

La liste des ouvrages de saint Hippolyte est gravée à coté du canon pascal. L'édition de Migne contient, avec le texte du canon, de la table, et le catalogue des ouvrages, un long et intéressant commentaire auquel nous renvoyons le lecteur désireux d'approfondir des problèmes de critique et d'histoire que nous ne pouvons même effleurer ici.

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