‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 1 sur 228 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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De notre temps, on aime à remonter aux sources. Souvent injuste, souvent passionnée, presque toujours moins impartiale qu'elle ne veut le paraître, la critique historique, malgré ses excès, a conquis sa place, et ne la perdra plus : elle est devenue le fondement, ou du moins la pierre de touche de l'histoire sincère. Que de choses, autrefois reçues comme des vérités, ont été transformées, effacées, changées de place par la critique ! Heureuses les vieilles histoires qu'elle n'a pas démolies de fond en comble, auxquelles elle n'a fait qu'ajouter! Celle du christianisme est de ce nombre. Depuis deux siècles, et siutout depuis trente ans, le sol romain, dans lequel il semble que gisent enfouis les fondements mêmes de l'histoire , a été creusé avec une ardeur infatigable et, quoi qu'on en dise, une grande liberté d'esprit, dans le but d'y surprendre à leur source les premières institutions chrétiennes, les origines mêmes de l'Église. Des catacombes entières ont été mises au jour, des milliers d'inscriptions ont été recueillies, de rares et précieuses peintures ont été copiées , ou peuvent se voir encore : de ce travail souterrain, de ce travail qui n'a rien de conjec-

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tural , et dont les éléments sont , non des textes obscurs ou douteux, mais des pierres, des choses visibles et tangibles , des documents irréfragables , ITiistoire des origines chrétiennes est sortie complétée, rajeunie, mais telle, en définitive, que la tradition écrite nous l'avait transmise , et confirmée sur un grand nombre de points, ébranlée sur aucun.

Nous voulons, par ce livre, initier à ce travail, et à quelques-uns de ses résultats, cette portion du public qui n'est pas composée d'érudits seulement, mais de tous les hommes qui ne reculent pas devant un examen sérieux pour approfondir des questions vitales. Nous offrons aux lecteurs de bonne volonté un résumé rapide et , dans sa brièveté , aussi complet que possible des inmienses découvertes faites depuis plus de vingt ans dans les catacombes romaines, et dans toutes les branches de Tarchéologie chrétienne, par Tillustre commandeur de Rossi. Ses travaux ont déjà été, en France, Tobjet de jugements étendus et compétents. La Revue des Deux Mondes, par la plume élégante et bien informée de M. Bpissier, le Correspondant, par celle d'un des maîtres de la science archéologique, M. Edmond Le Blant, le Journal des Savants, dans trois articles exquis de M. Vitet, ont résumé sous une forme accessible à tous les méthodes, les découvertes, et les théories historiques de M. de Rossi : plus récemment, dans trois études qui sont devenues un livre excellent, M. le comte Desbassayns de Richemont a présenté aux lecteurs de la Revue des questions historiques un curieux et vivant tableau des nouvelles conquêtes de Tarchéologie chrétienne. A un

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public ainsi préparé, nous venons offrir, non sans doute quelque chose de mieux, mais quelque chose de plus : nous voulons le mettre en mesure de suivre lui-même, sans intermédiaire, pour ainsi dire, et par un travail personnel, la marche des découvertes dont les catacombes de Rome ont été et sont encore le théâtre : nous voulons lui présenter, non pas seulement un abrégé des travaux de M. de Rossi, mais, pour employer une expression toute moderne, une réduction de ces travaux, quelque chose comme ces statuettes qui, sous un volume moindre, reproduisent les traits, les proportions, la forme même de quelque grande œuvre d'art.

L'œuvre d'art qu'il s'agit de réduire ici, ce sont d'abord les deux voliunes in-folio de la Roma sotterranea italienne : ce sont ensuite les mémoires innombrables, si précis par les détails, si larges, quelquefois, par les vues historiques, que M. de Rossi a publiés dans les neuf années (1863-1872) de son Bullettino di archeologia cristiana et dans divers recueils savants : c'est surtout, s'il nous est permis de le dire, l'esprit général qui anime tous ces travaux, donne à leurs parties les plus arides une originaUté puissante, y répand une grâce inattendue, et fait de leur auteur non-seulement un chercheiw patient, un érudit infatigable, mais encore un historien de premier ordre et un véritable initiateur. 11 ne s'emprisonne pas, comme tant d'autres, dans les détails; d'un fait qu'il vient de découvrir il conclut à un autre fait dont la preuve matérielle lui fait encore défaut, mais que sa pensée a deviné : puis il revient sur ses pas, parcourt pied à pied, pierre à pierre, la

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route qui mène des prémisses à cette conclusion, et, lentement, à Taide d^un travail devant lequel reculerait une conscience moins délicate que la sienne, il refait, de découverte en découverte, attendant quelquefois des années avant de se déclarer satisfait, ce chemin sur lequel Tintuition de Thistorien avait devancé les constatations expérimentales de Térudit. Il possède la grande faculté, la faculté maîtresse de rhistorien, Timagination, et il la tempère, il la gouverne, il la féconde par Texactitude, Tattention, le perpétuel scrupule de Tarchéologue. Auronsnous su reproduire, dans un résumé rapide, forcément alourdi par les limites étroites qui nous sont imposées, quelque chose de cet esprit ? Nous n'osons nous en flatter : on peut calquer, réduire mathématiquement une œuvre d'art, mais on transporte malaisément dans une copie — surtout dans une copie en miniature — l'inspiration personnelle de l'artiste, le mens divinior. Ce que nous pouvons dire, c'est que rien n'a été négligé pour que, au moins par ses côtés matériels, le résumé que nous publions puisse donner une idée fidèle des découvertes et des méthodes de M. de Rossi. A l'aide de nombreuses figures, pour la plupart empruntées à son livre ou à son Bullettino, de chromolithographies exécutées d'après celles pubUées en atlas à la fin de chaque volume de la Roma sotterranea, de cartes et de plans, et en particulier d'un plan général de la catacombe de Calliste, dressés d'après une ingénieuse invention de M. Michel de Rossi, nous avons tenté, non-seulement de présenter à l'esprit du lecteur, mais de placer en quelque sorte sous ses yeux les travaux de

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rarchéologue romain et leurs immenses résultats : nous avons voulu non-sexilement décrire, mais, autant qu'il a été en nous, rendre visible à tous Rome souterraine.

Dans sa forme française, hâtons-nous de le dire, ce travail ne saïu^ait prétendre à aucune originalité. C'est la traduction d'un livre publié, il y a trois ans, en Angleterre par deux érudits très-distingués, le docteur Northcote, directeiu- du collège d'Oscott, et M. Brownlow, de l'université de Cambridge. L'esprit libéral et désintéressé des deux auteurs anglais a bien voulu concéder au traducteur une franchise d'allures qu'ils eussent été en droit de lui refuser : mais le plan du livre, la distribution des chapitres, l'ordonnance générale des matières, sont demeurés tels qu'ils les avaient faits : beaucoup des additions qui grossissent notablement l'édition française y ont même été introduites d'après des notes communiquées par M. Northcote. Dans la préface de l'édition anglaise, les deux auteurs, tout en acceptant la responsabilité collective de leur œuvre, ont indiqué la part de chacun d'eux dans sa composition : les trois premiers livres, les cinq premiers chapitres du quatrième, et quatre notes de l'Appendice, ont été rédigés par le docteur Northcote, les deux derniers chapitres du quatrième livre, tout le cinquième, et la note siu- la chaire de saint Pierre, appartiennent à M. Brownlow. Pour nous, quand même nous en aurions le désir, il nous serait impossible de marquer ce qui peut nous appartenir dans l'ensemble de ce travail. Ajouter un détail, compléter ime description, rappeler brièvement les décou-

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vertes faites dans les catacombes depuis 1869, ^^^® de rédition anglaise, introduire quelques notes au bas des pages, réparer certaines omissions signalées par M. de Rossi, faire, en un mot, ce que les auteurs eux-mêmes auraient fait s^ils avaient donné une nouvelle édition de leiu- livre, voilà quelle a été notre part personnelle de collaboration , part bien modeste et bien effacée. Nous Tindiquons ici, parce qu'il est ajuste que tout livre qui se présente à des lecteurs sérieux puisse dire d'où il vient, et comment il a été composé. En touchant d'une main discrète à Tœuvre volontairement si impersonnelle de MM. Northcote et Brownlow, nous n'avons eu qu'une ambition : fondre ce que nous ajoutions avec le texte original, de façon que la soudure ne soit jamais visible, et que cent pages nouvelles, introduites çà et là, soient venues grossir, comme insensiblement, l'œuvre primitive, sans que les auteurs aient à se repentir de leur généreuse confiance. Etre confondu avec eux par le lecteur, c'est notre unique désir, ce sera, si nous l'obtenons, une récompense dont nous sentirons tout le prix.

Nous devions ces explications au public : mais il est une autre dette que nous voulons payer. Un des plus savants archéologues français, le disciple éminent de Greppo, M. l'abbé Martigny, a bien voulu nous permettre d'ajouter aux gravures qui ornent ce volume plusieurs bois empruntés à son Dictionnaire des antiquités chrétiennes, « ce livre utile et charmant, » comme l'a appelé le meilleur juge en ces matières, M. de Rossi, libro la cui lettura e di utilita pari al diletto. Qu'il veuille bien en recevoir nos

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remercîments. Et puisque le nom de M. de Rossi s'est retrouvé encore une fois sous notre plume, qu'il nous soit permis de dire, avec un profond sentiment de reconnaissance, combien nous avons été touché de Tintérêt que l'illustre archéologue romain a daigné prendre à notre travail, de la bonté avec laquelle il nous a transmis ses observations, de la condescendance avec laquelle il a consenti à revoir lui-même certaines parties du manuscrit de la traduction française, des nobles et affectueux rapports qu'il a bien voulu entretenir, pendant plusieurs mois, avec un disciple presque inconnu de lui, qui n'avait d'autre titre à sa bienveillance qu'un sincère amour de la science, de la religion et de sa chère Rome.

Nous ne nous dissimulons pas — et ici nous croyons avoir le droit de parler au nom des savants auteurs anglais comme au nôtre — qu'un livre résumant, sous un aussi mince format, d'énormes in-folioy abordant un nombre de sujets presque infini, touchant aux points les plus délicats et les plus variés de l'archéologie et de l'histoire, essayant de tout dire en abrégeant tout, et de resserrer dans d'étroites limites des horizons immenses, n'a pu, sans doute, éviter plus d'une erreiw de détail, et doit renfermer quelques inexactitudes, quelques confusions. M. de Rossi a bien voulu nous en signaler quelques-unes : celles qui n'ont pu être rectifiées dans le cours de l'impression l'ont été, autant que possible, dans les Additions et Corrections placées au début du voliune. Nous remercions d'avance la critique attentive et bienveillante qui, à l'exemple de l'illustre maître, daignera nous avertir de nos erreurs et nous aider

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à les corriger. Qu^il nous soit permis de le dire, cependant, nous espérons, au moins dans les lignes générales, n^avoir point été d'infidèles traducteurs de la pensée de M. de Rossi, et avoir résumé avec exactitude les belles conclusions scientifiques auxquelles Pont conduit ses infatigables recherches. Lorsque parut, en Angleterre, le livre de MM. Northcote et Brownlow, il n^a suscité, sur le terrain si délicat, dans ce pays, de la controverse rehgieuse, qu'une seule critique de quelque étendue, critique plus inspirée par Fesprit de parti que par une véritable érudition. Espérons que Tautorité qu'il a conquise si rapidement en Angleterre, il la conservera sous sa forme française, et que, dans notre patrie travaillée par le double besoin de croire et de savoir, il sera bien reçu des amis du christianisme et de la science.

Rouen, 21 avril i872

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