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tyrologes. Il y a là une contradiction apparente entre des sources également dignes de foi. Cette difficulté a été résolue par les BoUandistes, ou du moins par le P. Papebroch, cité par Du SoUier dans sqs notes sur le martyrologe d'Usuard. La date donnée par notre graffite ne serait ni celle du martyre des deux saints, ce qui n'est pas possible en présence du témoignage contraire des calendriers, ni celle de la translation définitive de leurs reliques au VIII* siècle, ce qui est bien évident, puisque le graffite qui nous occupe est fort antérieur à cette époque : ce serait la date d'une première translation des reliques des deux martyrs, d'un endroit des catacombes dans un autre plus sûr, in tutiorem locum, translation dictée par la prudence pendant une persécution. Les récentes découvertes donnent un grand poids à cette conjecture, à laquelle se rallie M. de Rossi. D'après lui, Partenius et Calocerus auraient été martyrisés dans le milieu du m* siècle, et cette première translation de leurs reliques aurait eu lieu au commencemement du iv® siècle, après l'édit de Dioclétien ordonnant la confiscation des loca ecclesiastica. La chambre nue et sans ornement à la porte de laquelle se lit notre graffite ne serait pas le lieu de la sépulture primitive des deux saints : celle-ci aurait été placée d'abord dans une chambre de l'étage supérieur (D rf 3), ornée d'une curieuse fresque représentant Partenius et Calocerus debout devant le tribunal de l'empereur ; et leurs ossements auraient été transportés de là, au iv* siècle, dans l'humble cachette que nous venons d'étudier.
Contentons-nous d'avoir esquissé, en quelques lignes, cet intéressant sujet, et hâtons-nous vers la tombe de saint Corneille. Rien, dans le trajet de la troisième area du cimetière de Calliste à la crypte de Lucine, n'arrêtera longtemps notre attention. Nous traversons le vaste labyrinthe de galeries (atlas, XIV) qui tend son inextricable réseau entre ces deux parties de la catacombe. Ces galeries, bien postérieures en date aux arece régulières, sont généralement très-étroites; elles se croisent et se coupent dans toutes les
directions : les réduire à un plan régulier n'est pas possible. Elles forment deux étages et suivent, le plus souvent, la ligne horizontale; mais, lorsqu'elles atteignent les diverses areœ auxquelles elles confinent, leur hauteur et leur inclinaison varient beaucoup. Les deux étages de ce labyrinthe ont chacun leur escalier ; Tétage supérieur règne sur toute la catacombe, sans avoir égard aux anciennes limites des différentes areœ. L'étage inférieur se distingue par Tabsence de tout ornement. Pas une peinture, pas une plaque de marbre, pas un cubiculum^ pas même un arcosolium ne vient rompre la monotonie de ces longs et étroits couloirs, bien postérieurs (tout le révèle) à la construction si régulière des hypogées qu'ils relient. La réunion en une seule nécropole de plusieurs groupes de cimetières indépendants les uns des autres offrait de grandes difficultés, surtout à cause de la différence des niveaux. Le point de jonction, la soudure, si l'on peut ainsi parler, demeurait toujours visible : on ne manquera pas de la reconnaître, si l'on examine attentivement la portion de labyrinthe qui s'étend entre le cimetière de Calliste et la tombe de saint Corneille, et l'on admirera, parla même occasion, l'art ingénieux que déployaient les fossoyeurs dans la tâche délicate d'unir ainsi plusieurs cimetières. Une autre pensée se présentera probablement à l'esprit du visiteur; il se demandera pour quelle raison saint Corneille a été enterré à part, si loin de la sépulture commune des autres pontifes. S'il n'ignore pas que plusieurs érudits ont cru découvrir un lien de parenté entre saint Corneille et la gens Cornelia, il verra dans cette sépulture distincte une circonstance précieuse à noter, et pouvant être utilement rapprochée d'une telle conjecture. D'autres circonstances, remarquables en elles-mêmes, plus renmrquables encore si on les réunit, achèvent de lui donner quelque vraisemblance. Saint Corneille est le premier pape antérieur à la paix de l'Église qui ait porté le nom d'une grande famille romaine. La partie de cimetière dans laquelle sa tombe est construite est l'ancienne area sépulcrale de Lucine, ayant appartenu primitivement à la
gens Caecilia, alliée des Cornelii; on y a retrouvé des inscriptions remontant à une très-haute antiquité, et portant des noms de Cornelii et de Maximi Caecilii. Enfin, chose singulière, Tépitaphe qui orne la tombe de saint Corneille est écrite en latin, tandis que les épitaphes officielleSy si Ton peut ainsi parler, des pontifes qui reposent dans la crypte papale sont toutes en grec. Ne semble-t-il pas résulter de tous ces traits réunis qu'une grande famille romaine a présidé elle-même à la sépulture du pape Corneille, en a choisi l'emplacement dans un lieu où elle avait déjà des ancêtres enterrés, et a voulu conserver, jusque dans la rédaction de Tinscription funéraire, la langue des vieilles races patriciennes, de préférence à la langue officielle de rÉglise?
Car le grec était la langue de l'Eglise primitive. Saint Paul, quoique citoyen romain, écrit en grec aux chrétiens de Rome. Saint Jacques adresse dans la même langue son message « aux douze tribus qui sont dispersées sur la surface de la terre ». L'Evangile de saint Marc, composé à Rome et pour Tusage des Romains, fut d'abord rédigé en grec. Les Pères apostoliques, les apologistes, les historiens et les théologiens de la primitive Eglise écrivaient et enseignaient en grec. Les lettres pontificales étaient écrites en grec, nonseulement quand elles s'adressaient à un évêque d'Orient, mais encore quand elles étaient envoyées à un évêque des Gaules. Les plus anciennes chroniques de TÉglise romaine, le catalogue des papes dressé sous Libère au iv® siècle, la chronique dite de Félix IV, qui appartient au vi* siècle, et le Liber pontificalis furent rédigés en grande partie d'après des sources grecques. Quand l'usage du grec comme langue usuelle eut décliné en Occident, il trouva un dernier asile dans le rituel et la liturgie de l'Eglise romaine. Au vu* siècle, les sacramentaires romains contenaient les répons écrits dans les deux langues, en grec d'abord, puis en latin. La langue ecclésiastique emploie, aujourd'hui encore, un grand nombre de mots grecs, empreinte indestructible des anciens âges : hymne, psaume, liturgie, homélie, catéchisme, bap-
tême, eucharistie, diacre, prêtre, évêque, pape, église, cimetière, paroisse, diocèse, etc. Les noms de tous les ordres du clergé, à l'exception des deux ordres inférieurs de lecteurs et de portiers, sont grecs*.
L'épitaphe latine placée sur le tombeau de saint Corneille fut donc une dérogation à Tusage établi. Son tombeau ne ressemble en rien à celui des autres papes. Ce n'est pas, comme dans la chapelle où reposent ses prédécesseurs, un loculus taillé dans le mur ; ce n'est même pas tout à fait un arcosolium. Le tombeau de saint Corneille est placé dans une vaste galerie (I, D A 3) un peu élargie au milieu en forme de chapelle*. Il consiste en une excavation égale en largeur à trois ou quatre loculi. et ayant à peu près la forme d'un arcosolium^ si ce n'est qu'au lieu d'être surmontée par une arche cintrée, elle a pour baldaquin une niche carrée, mode de construction beaucoup plus ancien. Ordinairement une certaine usure dans la muraille, une sorte de rainure creusée parle frottement, indique l'endroit sur lequel appuyait la table de marbre qui bouchait l'ouverture du tombeau et servait d'autel. Ici on ne voit aucune trace semblable. Cette circonstance, jointe aux dimensions extraordinaires du tombeau, assez vaste, nous l'avons dit, pour contenir trois ou quatre corps, nous fait croire que les reliques de saint Corneille n'y étaient pas immédiatement déposées, mais étaient enfermées dans un sarcophage qui était comme enterré dans ce large sépulcre. Le couvercle de ce sarcophage servait naturellement d'autel. M. de Rossi cite plusieurs exemples de sarcophages ainsi placés dans un arcosolium non fermé et servant à la célébration des saints mystères •.
Si Ton examine de près les alentours du sépulcre dé