‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 149 sur 228 · Joann., x^ i · texte numérisé non relu

Joann., x^ i

2. Bullett, di arch, crist,^ 1870, pp. 77-85; tav. I, n« 2, et VI, n^ i.

peintures des catacombes. La classification, en elle-même, est utile et vraie; mais les œuvres d'art qui doivent rentrer dans ses difFérentes parties s'y rangent parfois malaisément, les symboles, les allégories, les traits d'histoire se mêlent souvent dans une même peinture, et, si Ton veut être complet et clair, il est nécessaire de laisser flotter et se confondre quelquefois les limites des divisions adoptées en théorie. Cette observation est nécessaire au moment où nous abordons l'explication des sujets empruntés à Thistoire biblique.

Cette classe est plus nombreuse, plus variée que celle inspirée par les paraboles. Si Ton compare, cependant, le nombre des sujets traités avec l'abondance et la richesse de la source que le vaste champ des Ecritures offrait à l'art chrétien, on trouve pauvre et maigre le cycle biblique adopté parlui.Si, tous les monuments ayant péri, nous lisions dans quelque écrivain du m* siècle que les chrétiens de cette époque empruntaient volontiers aux livres historiques de la Bible les sujets dont ils décoraient leurs cimetières souterrains, notre imagination choisirait immédiatement, dans ce répertoire presque infini, une multitude de traits offrant à la fois au pinceau les ressources les plus pittoresques, à rame les plus belles et les plus consolantes instructions. L'étude des monuments nous montre, au contraire, combien est petit le nombre des sujets empruntés à la Bible par les peintres et les sculpteurs des catacombes. A la distance où nous sommes, il est impossible de découvrir les causes qui resserrèrent en d aussi étroites limites la liberté de Tart, et de démêler la part plus ou moins directe de l'autorité dans cette stérilité volontaire. « Les épisodes qui pouvaient servir d'emblèmes aux principaux dogmes de la foi furent choisis de préférence aux autres, dit Kugler, et ainsi les arts devinrent Tindice des croyances dominantes à différentes époques. »

Non-seulement le nombre des sujets permis à l'artiste était soigneusement limité, mais, dans la manière même de les traiter, il paraît, au moins au iir siècle, n'avoir pas été

3ia ROME SOUTERRAINE.

tout à fait libre. Les peintures empruntées à Thistoire biblique n'offrent, dans l'art des catacombes, ni l'exacte abondance de détails qui convient à la reproduction littérale d'un fait, ni la variété et l'aisance qui appartiennent à une œuvre d'imagination : elles ont la sobriété sévère d'une œuvre dirigée vers un but spirituel, subordonnée à l'expression d'une vérité abstraite. Elles semblent participer à l'immobilité, à la fixité du dogme. On peut leur appliquer cette parole prononcée plusieurs siècles plus tard, lors de la controverse avec les iconoclastes : Non est imaginum structura pictorum inventio, sed Ecclesice catholicœ probata legislatio et traditio *. L'exécution seule appartenait à l'artiste; les rapports des sujets entre eux, le parallélisme des peintures, leur ordonnance générale étaient plus ou moins dirigés par l'autorité ecclésiastique. Telle ou telle histoire était choisie, non pour elle-même, mais pour la vérité à laquelle elle était associée dans la pensée de l'Église : en un mot, les peintures historiques étaient elles-mêmes des symboles, plus complets et plus concrets que les signes purement idéographiques, mais tendant au même but, et n'ayant guère, comme eux, qu'une valeur empruntée, non une valeur propre. « Le symbolisme de ce cycle hiératique ne peut être contesté, dit M. de Rossi : il tst démontré nonseulement par le choix et l'arrangement des sujets, mais encore par le style dans lequel ils sont traités, quelquefois même par les inscriptions qui les accompagnent. »

Prenons pour exemple l'histoire de Noé. De combien de manières n'a-t-elle pas été représentée! que de formes diverses lui a données l'art moderne! Dans les galeries des catacombes elle est toujours reproduite sous un seul et même aspect, Taspect le plus éloigné de la vérité historique. Au^ lieu d'une grande arche voguant sur les flots sans limites, contenant huit personnes et une multitude d'animaux de toute espèce, nous voyons un seul personnage remplissant presque entièrement une sorte de boîte carrée

I. Conc, NU.j m. Âetiû VI. ColUct. Labbe, t. VII, fol. 831, 8)a.

(xiêiflTÔî) munie d'un couvercle: posée sur sa main, ou volant vers lui, est la colombe, qui porte en son bec un rameau d'olivier. On a voulu voir dans cette composition

une imitation directe des célèbres médailles d'Apamée, frappées sous le règne de Seprime Sévère, et dont le revers porte l'image d'un homme et d'une femme assis dans un coffre de même forme, avec la colombe volant vers eux, et le corbeau perché sur le couvercle. Il est difficile d'expliquer la présence de ces deux personnages sur une médaille païenne de Phrygie, et cependant, après avoir lu les lettres snou NflE inscrites sur le devant du coffre, on ne peut demander à une autre source qu'à l'histoire de ce patriarche le sujet d'une telle composition '. Elle est et restera longtemps sans doute un problème historique; mais il est aujourd'hui certain que, s'ils se sont rencontrés, pour la forme de l'arche, avec le dessinateur de la médaille d'Apamée, les artistes des catacombes n'ont pas songé à l'imiter : une des fresques du vestibule de l'hypogée de Domîtille, bien antérieur, comme on sait, à Septime Sévère, représente Noé dans l'arche, et, malgré le délabrement de la peinture, on y peut reconnaître les vestiges d'une composition semblable à celle qu'on retrouve* en d'autres parties

I . Ch. Lenornunt, Du signts de chritiianisme sur quelquei monuments rmmUmatiques du m' tiicUjdiiat les MiLmges d'Arc/uologù, t. III, p. 199

Z. BuUttt. iiafch. crist.j iSéj, p. 4}.

des catacombes. Le peu d'espace dont disposaient souvent les artistes chrétiens, surtout les lapidaires qui gravaient une image grossière de Tarche sur la pierre des loculi^ a pu les conduire à employer de préférence cette forme abrégée, choisie, sans doute, pour la même raison par le dessinateur de la médaille phrygienne. Là se bornent les ressemblances. Dans les peintures chrétiennes le corbeau ne paraît jamais, jamais non plus le mot NOE n'est écrit. Cette dernière remarque n'est pas sans importance. Quelquefois, en effet, le personnage représenté dans Tarche a les traits d'un vieillard, quelquefois d'un jeune homme ou même d'un enfant: sur une pierre tombale du cimetière de Calliste, sur une autre déposée par le P. Marchi au musée Kircher, et sur un fragment de sarcophage aujourd'hui au musée de Latran, une femme se tient seule dans l'arche, les bras étendus, comme une orante : une fois son nom est écrit : IVLIANE. Nous n'avons pas besoin de chercher bien loin Texplication de pareils sujets. Saint Pierre, dans une de ses épîtres *, compare « aux huit âmes de ceux qui furent sauvés aux jours de Noé, quand on bâtissait l'arche, » les chrétiens qui sont maintenant « sauvés dans la même forme par le Baptême ». Quelques-uns des plus anciens commentateurs de l'Écriture ont poursuivi cette comparaison dans tous les détails. Tertullien développe ainsi la même doctrine : « Comme, après que le monde eut été lavé de ses iniquités par les eaux du déluge, après ce baptême du vieux monde, si l'on peut ainsi parler, une colombe envoyée de l'arche, et y revenant avec un rameau d'olivier, fut le héraut qui fit connaître à la terre la paix recouvrée et la fin de la colère céleste, ainsi, par une semblable disposition, mais en un sens spirituel, la colombe du Saint-Esprit, envoyée du ciel, vole vers la terre, c'est-à-dire vers notre chair mortelle, purifiée par le bain de la régénération, et lui apporte la paix de Dieu : l'Église est clairement figurée par l'arche *. "

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