‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 190 sur 228 · Bullett, di arch. crist.^ 1869, p · texte numérisé non relu

Bullett, di arch. crist.^ 1869, p

3. Telle est au moins riiiterprétation donnée par M. de Rossi aux lettres AAIKCBBIN, suivies du monogramme : il y voit les initiales des mots : A\t anima innocens car a. conjux vivas in Christo, MafTei avait le premier supposé cette interprétation. — BidUtt, di arch, crise, j 1868, p. 10.

sujet le plus important de ce sarcophage est l'histoire de Jonas. Le prophète est d'abord représenté jeté hors du vaisseau, dont les larges voiles sont remplies d'un vent impétueux, que souffle à travers une conque une figure ailée. Le monstre marin ouvre son énorme mâchoire pour y engloutir Jonas, et un buste de femme, qui paraît dans le ciel, semble indiqiier qu'après ce sacrifice le calme est revenu. Plus loin le monstre rejette Jonas sur un coin de plage où rampent des crabes, des lézards et des serpents. Près de cette scène est la figure de Jonas couché sous l'abri protecteur de Tarbrisseau miraculeux. Le sculpteur n'a laissé libre aucun espace ; partout où il a pu placer une figure, il l'a fait. L'eau dans laquelle nagent les monstres marins porte aussi une petite boîte carrée, Tarche, dans laquelle Noé est assis, recevant le rameau d'olivier que lui apporte la colombe, envolée de l'endroit même où le prophète est couché. Au bord de l'eau, des deux côtés de cet ensemble de sujets, sont représentés des pêcheurs, l'un qui retire un poisson qu'un enfant l'aide à amener à terre, l'autre qui donne à un enfant une corbeille pleine de poissons. Plus loin, un oiseau de mer guette sa proie : peutêtre est-il là pour avertir que les « pêcheurs d'hommes » institués par le Christ ne sont pas les seuls qui surveillent les eaux profondes et travaillent à la capture des âmes.

Le style et l'exécution de ces curieux bas-reliefs semblent ranger le sarcophage auquel ils appartiennent parmi les très-rares monuments de ce genre antérieurs au iv* siècle et à la paix de l'Eglise. Du même côté de la salle est un autre tombeau orné de sujets sacrés. Le premier est le sacrifice de Caïn et d'Abel. Le Dieu invisible est représenté par un homme barbu assis sur une pierre, peut-être l'autel grossier de l'époque patriarcale. Caïn, en qualité d'aîné, se tient devant son frère , et offre ses fruits ; Abel vient ensuite, amenant son agneau. Dans le groupe voisin la chute originelle est figurée. Eve tient la pomme dans sa main, et le Sauveur, sous la figure d'un jeune homme imberbe, comme dans toutes les représentations de l'incarna-

tion, porte à la main un faisceau d'épis; il semble le tendre vers le personnage assis de la composirion précédente, comme pour montrer que le pain fécondé par les sueurs d'Adam doit être offert à Dieu, si Ton veut que sa bénédiction descende sur le travail de Thomme. Le centre du sarcophage est occupé par une figure de femme tenant une boîte ouverte dans sa main, « la boîte d'albâtre pleine d'un parfum précieux » que Madeleine répandit sur la tête du Sauveur, et dont il dit : « Partout où cet évangile sera prêché, ce qu'elle a fait sera raconté en mémoire d'elle*. )) Les autres sujets sont le paralytique emportant son lit, Notre-Seigneur ouvrant les yeux de l'aveugle, changeant l'eau en vin, et ressuscitant Lazare.

Parmi les morceaux les plus dignes de faire partie de la grande collection de sculptures chrétiennes du Latran, il en est un qui, à l'heure où nous écrivons, attend encore sa place, et peut se voir dans la cour du palais : c'est un sarcophage très-finement sculpté, qui fut apporté de Sainte- Marie-Majeure. Au centre des bas-reliefs de la bande supérieure sont deux bustes d'hommes, dont l'expression sérieuse et pleine de pensée contraste avec la rudesse naïve et presque comique de la plupart des sculptures que nous avons étudiées. On ignore quels étaient ces personnages; le sarcophage, qui probablement renferma d'abord leurs restes, a été trouvé sous Fautel de la tribune de San-Paolo fuori le mura : il contenait les reliques des saints Innocents. Sixte-Quint le fit transporter avec ces reliques dans une chapelle construite par lui à Sainte-Marie-Majeure. La rangée supérieure des bas-reliefs représente Marie, après la résurrection de Lazare, baisant la main du Sauveur dans rélan de sa reconnaissance ; Jésus prédisant à saint Pierre son reniement ; et Moïse recevant la loi que la main divine lui tend du haut du ciel. Une autre main sortant d'un nuage arrête le bras tendu d'Abraham au moment où il va sacrifier Isaac à genoux devant lui, les mains liées derrière

I* Matth., XXVI, 13.

L'ART CHRETIEN. -fij

le dos. Le sacrifice de Tlsaac véritable, le crucifiement et la mort de Jésus, ne sont jamais représentés dans l'art chrétien primitif : mais le sarcophage que nous étudions contient une allusion claire à cet article du symbole : <c croàAé sous Ponce-Pilate. » Un serviteur, debout, tient Taigiiière et le bassin, prêt à laver les mains du faible gouyemear^ qui, assis sur un siège recouvert d'un voile, détourne la tète, en signe de sa répugnance à répandre le sang innocent. L'interprétation que nous avons si souvent donnée de la figure de Moïse et de celle de Pierre, et de la compénétration de ces deux types, est confirmée avec une force singulière par un de ces bas-reliefs : on voit, dans la rangée inférieure, Tapôtre emmené par les satellites d'Hérode, et montrant encore du doigt Teau qui coule d'un rocher audessus de lui : Jésus-Christ (ou peut-être saint Jean) semble attirer aussi l'attention des soldats, soit pour mêler à l'image de l'arrestation de Pierre une allusion à celle du Christ au jardin des Oliviers, soit pour indiquer que Jésus souffre encore dans toutes les persécutions qui atteignent son Église. Plus loin on reconnaît Daniel dans la fosse aux lions, à qui le prophète Habacuc apporte le repas miraculeux; du côté opposé, Notre-Seigneur rend la vue à un aveugle, et multiplie les pains et les poissons. Au centre de la bande inférieure est sculpté un groupe qui a beaucoup embarrassé les interprètes. Bosio reconnaît dans le vieillard debout sous un arbre Moïse donnant la loi au peuple, et dans la figure qui paraît entre les branches celle de Zachée, monté sur un sycomore pour voir le Sauveur.

Reprenons l'étude rapide de la grande salle du Latran. Deux scènes empruntées à l'histoire de la Passion sont représentées sur un sarcophage placé du côté gauche. Des pilastres corinthiens le divisent en cinq compartiments : les frontons qui les surmontent sont décorés de scènes de vendanges. Le compartiment central renferme l'image du labarum, qu'entoure une couronne, et dont la lance est formée par une croix : sur les bras de cette croix sont posées deux colombes, qui semblent becqueter la cou-

ronne ; ainsi l'espoir de la couronne d'immortalité nourrit les âmes chrétiennes qui, en ce monde, ne trouvent à se

Fig. 4(. — Sircophigs du nas^e de Lalno, lv> ou v> litclc,

poser sûrement que sur les bras de la croix. Les gardes donnés par Constantin à l'élendard sacré sont représentés ici par deux soldats assis au-dessous. Deux des compartiments de gauche encadrent, en la divisant, la scène de la comparution de Jésus devant Pilate. Au-dessus de la tête du gouverneur romain pend une couronne, sans doute celle qui l'eût récompensi s'il avait osé confesser le Christ devant les hommes. De l'autre côté du labarum un soldat pose une couronne sur la tète de Jésus : elle a la forme d'une couronne triomphale plutôt que d'une couronne d'épines. Le visage et l'attitude du Christ n'expriment ni l'accablement ni la souffrance : l'art chrétien n'ose pas encore reproduire à la lettre le récit évangélique. Le compartiment suivant représente le Cyrénéen portant la croix du Sauveur : un soldat le suit. Au-dessus du groupe une couronne est suspendue, récompense de ceux qui portent la croix à l'imitation de Jésus.

Peut-être le plus beau sarcophage du musée de Latran est-il celui qui est surmonté d'un dais sculpté supporté par deux colonnes de marbre de Pavonazetto. II est placé de manière à montrer comment étaient disposés les sarcophages dans les anciennes basiliques, II a été découvert dans les souterrains de Saint - Pierre. La face principale de ce sarcophage est ornée de figures sculptées en haut-relief; elles sont divisées en groupes ou

comparriments par huit pilastres richement ornés. Aux deux extrémités on reconnaît le sacrifice d'Abraham et Jésus comparaissant devant Pilate. Les figures intermédiaires sont celles des apôtres rangés autour de Jésus- Christ : le Seigneur est assis dans une gloire, ses pieds reposent sur la voûte du ciel, symbolisée, comme dans les monuments païens, par un voile qu'une figure de femme tient déployé en arc au-dessus de sa tête. La beauté et le fini des visages, le style élevé de tout ce monument, nous porteraient, dit M. de Rossi, à le croire contemporain de Septime Sévère *, si le ^ sculpté sur une des faces latérales ne trahissait l'époque de Constantin. Les deux personnages placés aux côtés de Notre-Seigneur sont évidemment saint Pierre et saint Paul; le type traditionnel, dont nous avons vu tant d'exemples, se reconnaît clairement dans leurs visages. Saint Paul est à droite; saint Pierre, à gauche, reçoit dans ses mains, par respect entourées d'un voile, la loi nouvelle, sous la forme d'un volume roulé que lui présente le Sauveur : les magistrats païens recevaient dans cette posture le recueil des constitutions impériales avant de partir pour leur province. Notre-Seigneur, soit dans les fresques, soit dans les fonds de coupe, soit dans les bas-reliefs, est souvent représenté donnant ainsi à Pierre, nouveau Moïse, le livre de la nouvelle loi. Quelquefois le volume porte cette inscription : DOM IN US DAT LEGEM ou PACEM; sans doute en souvenir de ces inscriptions, l'évêque Éribert fit graver, sur un évangéliaire de la cathédrale de Milan, les deux mots : LEX et P AX. Les deux côtés du sarcophage sont couverts de sculptures. L'un représente le reniement de saint Pierre: une basilique, et un baptistère surmonté, par un anachronisme volontaire, du ^, se voient en perspective au second plan. Sur l'autre est sculptée une perspective semblable , en avant de laquelle on distingue le rocher symbolique et Thémorroïsse prosternée aux pieds du Sauveur.

I. Sicklety Almanach aus Rom.j pp. 173, 174, lui attribue cette date.

• ROME SOUTERRAtNE.

QuAnd le visiteur monte l'escalier qui conduit de la

prophètes regardent avec étonnement Elisée qui, avec respect, les deux mains entourées d'un voile, reçoit de son m^tre le manteau ou pallium, symbole de l'Esprit qui doit désormais se reposer sur lui '. Dans Élie, saint Ambroise et d'autres Pères ont vu une figure de Jésus - Christ; Ruperf l'explique clairement : « Quand Elie ftit sur le point d'être enlevé au ciel, il laissa son pallium à Elisée; parce que le Christ, notre Dieu et Seigneur, quand il serait sur le point de passer de ce monde à son Père, devait donner à ses apàtres et son office et son esprit'. • « Elisée, dit le vénérable Bède, prit le manteau d'Élie et en fi^ppa les eaux du Jourdain; quand il eut invoqué le Dieu d'Élie, elles se divisèrent, et il traversa le fleuve. Les apôtres, et l'Église fondée par eux, ont reçu les sacrements de Notre-Seigneur, et par ces sacrements l'Église est spiri-

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