‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 218 sur 228 · IV. — LES DEUX FÊTES DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

IV. — LES DEUX FÊTES DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE

Personne, dans l'antiquité et pendant tout le moyen âge, ne douta que saint Pierre eût fondé TÉglise de Rome et en eût fait le siège de la primauté divinement établie. Ce fait historique fut contesté pour la première fois au xvi* siècle. A cette époque, des controversistes protestants, pressés par les apologistes catholiques, essayèrent de tourner, en quelque sorte, la position que ces derniers occupaient sur le roc inexpugnable de l'Écriture sainte, de la tradition et des Pères : ils déplacèrent habilement le terrain du combat, substituant à la discussion théologique la controverse historique. Ils crurent ruiner le fondement du catholicisme en soutenant que saint Pierre ne vint pas à Rome, ne fit point de Rome le siège de sa juridiction apostolique, et n'arrosa point de son sang le premier anneau de cette longue chaîne de pontifes dont l'histoire se confond avec celle du christianisme lui-même. Nous ne discuterons pas ici cette opinion, abandonnée aujourd'hui par la critique la moins orthodoxe. Nous la rappelons seulement parce qu'elle se lie à l'histoire liturgique de la chaire de saint Pierre. « Ce fut, dit le R. P. Guéranger, pour opposer l'autorité de la liturgie à une si étrange prétention des Réformateurs que Paul IV, en 1558, rétablit au 18 janvier l'antique fête de la chaire de saint Pierre à Rome, car, depuis de longs siècles, l'Eglise ne solennisait plus le mystère du pontificat du prince des apôtres qu'au 22 février, où l'on réunissait la chaire d'Antioche à celle de Rome. Désormais, ce dernier jour fiit assigné à la seule chaire d'Antioche, la première que l'apôtre ait occupée*. 0 Toiii les martyrologes, à partir du viii* siècle, désignent ce jour comme Cathedra Pétri in Antiochiaj ou apud Antiochiam^ ou qua sedit apud Antiochiam. M. de Rossi fait remarquer que les documents antérieurs au vni* siècle ne contiennent aucune allusion à Antioche à propos de la fête du 22 février. La liturgie grégorienne intitule simplement ce jour Cathedra sancti Pétri ^^ et dans un manuscrit de cette liturgie sont même ajoutés expressément les moo

I. Année liturgique, le temps de Noèl, II, 18 janvier, p. jtfi. s. Greg; Magn. Op., III, p. }i2, éd. Maur.

in Roma, A l'époque de saint Léon le Grand, cette fête était célébrée dans la basilique Vaticane avec un grand concours d'évêques, et s'appelait Dies Apostoli; dans le calendrier Buchérien, qui indique les plus grandes fêtes de l'Eglise romaine après la persécution de Dioclétien, elle est indiquée comme Natale Pétri de Cathedra, Le sermon sur cette fête attribué à saint Augustin ne fait aucune mention d'Antioche : on y lit ces paroles : « Nos pères ont donné à cette solennité le nom de la chaire {cathedra) y parce que Pierre, le premier des apôtres, est dit avoir reçu en ce jour la chaire de l'épiscopat. C'est donc avec raison que les Églises célèbrent la fête de ce siège (sedis) fondé par l'apôtre pour le salut de toutes les Eglises ^. » Saint Ambroise, dans son sermon pour cette fête, commente l'Evangile et ne parle pas de l'objet spécial de la solennité. Polemius Silvius, au v* siècle, enregistre la fête de saint Pierre comme tombant le 22 février; et le Sacramentaire gothique-gallican assigne au même jour une messe dont la collecte est ainsi conçue : u O Dieu, qui en ce jour as donné au bienheureux Pierre d'être après toi la lîte de l'Eglise, » etc. ^ Ce n'est qu'après le vni® siècle que, dans une nouvelle édition du Sacramentaire, cette messe fut transférée au 18 janvier.

Ainsi, jusqu'au viii® siècle, on crut, d'après une tradition dont l'origine est inconnue, que les célèbres paroles de Jésus -Christ : u Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, » furent prononcées au mois de février, et le 22 de ce mois fut spécialement consacré, à Rome, à célébrer l'institution de la primauté de saint Pierre. Cette fête était rendue plus solennelle par l'intronisation du souverain pontife, qui, le 22 février, s'asseyait sur la chaire même dont se servit autrefois l'apôtre. On lit, à cette date, dans la liturgie gothique : « Dieu a confié les clefs du ciel à un homme formé de terre... et il a placé haut le trône du siège souverain, La chaire épiscopale du bienheureux Pierre, exposée en ce jour, en est le témoin •. » On le voit, avant le viii* siècle, il n'est fait aucune mention d'Antioche conune étant l'un des souvenirs liés à cette fête.

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