‹ Rome souterraine (volume 3)Chapitre 68 sur 228 · I. Tnscript, christ, ^ I · texte numérisé non relu

I. Tnscript, christ, ^ I

dernières années du iv* siècle, et aucune Irace de la corporation des fossores n'apparaît plus après les vingt-cinq premières années du v**. Mais de nombreuses inscriptions, comprises entre les deux termes de cette courte période, montrent que, pendant quarante ou cinquante ans, la concession des tombes nouvelles dans les cimetières souterrains dépendit d'eux exclusivement. Ces inscriptions ne portent plus que telle tombe a été creusée par autorisation (jussu) du pape ou des prêtres; elles rapportent les noms des vendeurs, des acheteurs et des témoins, et même le prix de la vente, et toujours les vendeurs portent le titre de fossores. Le droit de vendre les concessions funéraires passait même quelquefois à leurs descendants : on lit sur une épitaphe la mention de la vente d'un loculus^ faite non par le fossoyeur, mais a fossoris descendentibus. Dans la primitive Église, les fossores appartenaient à la hiérarchie ecclésiastique et occupaient un des derniers rangs de la cléricature* : ils étaient en relations continuelles et intimes avec les prêtres, et sans doute entretenus par la communauté chrétienne, dont ils se montraient les serviteurs dévoués, laborieux, quelquefois héroïques. Il est facile de comprendre comment, le but de leurs travaux se trouvant modifié, l'administration des cimetières, d'abord dévolue aux prêtres, finit par tomber dans leurs mains. Malheureusement ils ne surent pas toujours apporter dans ces nouvelles fonctions le goût et le discernement nécessaires. Ils cédèrent trop souvent et trop facilement (on en a vu des exemples) à l'indiscrète ferveur des fidèles, et à leur désir de reposer le plus près possible des restes des saints.

I. Clerici quibus id officii erat, cruentum linteis cadaver involvunt, et fotsam lapidibus exstnientes , ex more tumulum parant. ( Hieronym«^ Epist. ad Innocent,) — Christus in se consecrando ecclesiam gradus eju8 singulos commendavit... qui sunt ostiarius, fossarius^ lector, subdiaconus, diaconus, presbyter, episcopus. ( Chronique palatine^ éditée par le cardinal Maï. — Collect, Vatican. j t. IX, p. 43.) Ces citations sont empruntées au Dictionnaire des antiquités chrétiennes de M. Tabbé Mardgny, ?• Fossor,

Les inscriptions nous prouvent combien ce désir était ardent et général. Saint Augustin, dans une longue lettre écrite à la demande de son ami, saint Paulin de Noies, en donne, en quelque sorte, les raisons théologiques ^ Néanmoins, nous pouvons nous imaginer le déplaisir avec lequel un artiste, un poëte, un amant passionné des catacombes, comme était Damase, dut considérer une dévotion qui, dans ses pieux écarts, arrivait à bouleverser la belle ordonnance primitive des cimetières souterrains. Il donna même, par son exemple, à ces désirs exagérés une fine et touchante leçon. Personne plus que lui n'avait le droit d'être enterré auprès des martyrs : cependant il se contenta de s'élever à lui-même un tombeau au-dessus du sol, et voulut écrire, sur la table de marbre qui décore la crypte pontificale, la raison pour laquelle il refusait d'être enterré parmi les papes, ses prédécesseurs :

HIC FATEOR DAMASVS VOLVI MEA G G N DE RE ME MB RA SED TIMVI SANCTOS CINERES VEXARE PIORUM.

• Je l'avoue, moi aussi j'aurais voulu que mes membres fussent ici déposés; mais j'ai craint de troubler les cendres des saints. »

L'archidiacre Sabinus, dans son épitaphe récemment découverte à San Lorenzo*, dit nettement aux fidèles que le seul moyen d'occuper après sa mort une place auprès des saints, c'est de les imiter pendant sa vie :

NIL IVVAT, IMMO GRAVAT TVMVLIS H^RERE PIORVM.

SANCTORVM MERITIS OPTIMA VITA PROPE EST. CORPORE NON OPVS EST, ANIMA TENDAMVS AD ILLOS,

QUiK BENE SALVA POTEST CORPORIS ESSE SALVS.

Soit en vertu d'une prohibition directe, soit à raison des difficultés inhérentes à ce mode de sépulture, Tusage des catacombes, après l'engouement passager des années 370 et 371, tomba promptement en désuétude. Entre les années

I. Voir à TAppendice, note D. Cf. page 108, note i. a. Bullettino di arch. crist,^ 1864, p. 3.

373 et 400, les deux tiers des épitaphes appartiennent aux tombeaux extérieurs, un tiers seulement à ceux des catacombes. De 400 à 409, la décadence est encore plus rapide. Enfin, après 410, on trouve à peine un exemple certain d'inhumation souterraine. En cette fatale année, pour employer le langage de saint Jérôme, « la plus brillante lumière fut éteinte ; l'empire romain fut décapité ; ou, pour parler en toute vérité, en une seule ville le monde entier périt *. » Rome fut prise par Alaric, ses habitants furent massacrés, emmenés captifs ou dépouillés de leurs biens; dans la pauvreté et l'inquiétude universelles, on cessa de décorer les sépulcres, et même de rendre aux morts les honneurs accoutumés.

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