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catacombes romaines. On n'f ^oit plus « cette suite de marches » qui, d'après Tun des Irinéraires cités plus haut, « conduit au tombeau de saint Cyrinus, pape et martyr * » ; mais, dans la basilique même, on peut, en faisant le tour du maître-autel, reconnaître Téglise semi-souterraine dans laquelle, selon une tradition rapportée par les deux manuscrits salzbourgeois , furent conservés pendant un certain temps les corps de saint Pierre et de saint Paul. La forme irrégulière de cette antique construction s'explique par sa destination même; il est évident qu'en l'élevant on s'est appliqué et à enclore un endroit spécial, et à laisser intact tout ce qui était alentour. Il est impossible, par conséquent, d'y voir un ancien temple païen, comme on l'a prétendu quelquefois; il est beaucoup plus naturel d'y reconnaître, avec les anciennes traditions, un petit édifice construit par les chrétiens pour marquer un coin de terre consacré par un épisode de l'histoire des persécutions. Le pape Damase y fit faire un pavage en marbre, et y plaça une inscription métrique que Ton peut lire encore *. Un petit banc de pierre fait le tour de Tédifice; il était destiné, selon le P. Marchi, à l'usage des personnes qui venaient réciter là
1. M. de Rossi pense que cet escalier pourrait être facilement retrouvé.
2. Hic habitasse prius sanctos cognoscere debes, Nomina quisque Pétri pariter Paulique requiris. Discipulos Oriens misit, quod sponte fatemur. Sanguiois ob meritum Christum per astra sequuti, ifltherios petiere sinus et régna piorum.
Roma suos potius meruit defendere cives.
Hcc Damasus vestras referat nova sidéra laudes !
t Là, vous devez le savoir, reposèrent d'abord des saints. Si vous demandez leurs noms, c'étaient Pierre et Paul. L'Orient envoya des disciples, nous l'avouons volontiers. Par le mérite de leur sang versé, les saints, ayant suivi le Christ vers les astres, avaient atteint les demeures célestes et le royaume des élus. Rome, cependant, put défendre ses citoyens. Qu'il soit permis à Damase de rappeler ainsi votre gloire, 6 nouveaux astres! »
ij6 ROME SOUTERRAINE.
en chœur les psaumes ou les prières liturgiques. Au milieu est une petite ouverture carrée qui, à la profondeur d'un mètre environ, s'élargit de manière à former une double tombe, mesurant un peu plus de deux mètres en longueur, largeur et profondeur. Cette cavité est divisée en deux compartiments égaux par une plaque de marbre; ses côtés sont revêtus de marbre jusqu'à la hauteur d'un mètre et demi, et la voûte qui la recouvre est ornée de peintures représentant Notre-Seigneur et ses apôtres. Tel est le lieu où, selon le témoignage de nos deux itinéraires, « les corps de saint Pierre et saint Paul reposèrent pendant l'espace de quarante ans ».
Il est assez difficile de démêler la vraie histoire de cette translation temporaire et accidentelle des reliques des deux apôtres. Nous avons vu qu'ils furent d'abord enterrés dans le lieu où chacun d'eux souffrit le martyre, Pierre sur la colline Vaticane, Paul sur la voie d'Ostie. D'autres sources également authentiques nous font connaître la singulière démarche que tentèrent alors les chrétiens d'Orient. Se considérant comme compatriotes et concitoyens des deux apôtres, ils envoyèrent à Rome des députés chargés de rapporter leurs reliques. Les préliminaires de cette mission paraissent avoir réussi. S'étant, sans doute, divisés en deux bandes, Tune devant se rendre sur la colline Vaticane, pour y chercher le corps de saint Pierre, et l'autre sur la voie d'Ostie, pour en rapporter le corps de saint Paul, les députés orientaux se donnèrent rendez-vous sur la voie Appienne, à l'endroit où s'élève aujourd'hui la basilique de Saint-Sébastien, et où était alors le point de jonction delà voie Appienne et de la voie d'Ostie. Après s'être réunis là, ils devaient continuer leur route vers Brindes, et de Brindes s'embarquer pour l'Orient. Les choses se passèrent d'abord ainsi : les deux troupes se rejoignirent au lieu indiqué, et y déposèrent un instant leur précieux fardeau. Qu'arriva-t-il ensuite? Comment l'entreprise heureusement conduite jusque-là vint-elle à échouer, et comment les reliques des apôtres demeurèrent-elles à l'Eglise romaine ? Le langage du pape
CIMETIERE DE CALLISTE. ijy
Damase, dans Tinscription que nous avons citée en note, est singulièrement prudent et mesuré. Sans doute il s'abstint de perpétuer, sur un monument public fait pour être vu des pèlerins de toutes les parties du monde, le souvenir d'un incident d où Torgueil de TÉglise d'Orient dut sortir douloureusement blessé. Saint Grégoire le Grand, écrivant, deux siècles plus tard, une lettre privée à Timpératrice Constantina, n'avait plus les mêmes raisons de se taire. C'est par lui que nous connaissons l'histoire, peut-être mêlée de légende, de ce curieux incident. Une chapelle dédiée à saint Paul avait été construite dans le palais impérial de Constantinople. L'impératrice, dans son désir d'enrichir l'autel de reliques d'un grand prix, demanda au pape la tête de Tapôtre des gentils. Saint Grégoire refusa d'accéder à une aussi ambitieuse demande, et, à l'appui de ce refus, raconta à l'impératrice l'effort qu'avaient déjà fait les chrétiens d'Orient pour se rendre maîtres des reliques des apôtres. « Tout le monde , lui écrit-il , sait que , peu de temps après leur martyre, des chrétiens vinrent d'Orient pour réclamer leurs corps, en qualité de compatriotes. Les ayant transportés jusqu'au second mille en dehors de Rome, ils les déposèrent dans un lieu qui est appelé ad catacumbas. Au moment où, s'étant réunis, ils allaient les emporter de ce lieu, une tempête de tonnerre et d'éclairs enveloppa leur petite troupe. Saisis d'effroi, ils renoncèrent à leur dessein, et prirent la fuite. Les Romains, cependant, étant sortis de la ville, vinrent où étaient les corps, et les reprirent, ayant été jugés dignes par le Seigneur de conser\'er ce trésor. Ils conduisirent les corps là où ils sont aujourd'hui enterrés*. » Ces derniers mots ne semblent pas tout à fait exacts. Il n'est pas douteux que les Romains enterrèrent d'abord les corps des apôtres là où ils les retrouvèrent, dans le cimetière ad catacumbas ou dans ses environs. Le jour de la fête de saint Pierre, l'Église gallicajde récitait autrefois une leçon, laquelle, faisant allusion à une tradition dont nous ignorons l'origine, disait que
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les corps des apôtres ne furent rendus à leurs anciennes sépultures qu'après un an et sept mois. Quelques auteurs placent dans la première moitié du iii« siècle une nouvelle translation des reliques de saint Pierre. Rien ne prouve que celles de saint Paul aient été éloignées une seconde fois de la voie d'Ostie. Les deux Itinéraires cités plus haut ne disent pas sur quelle autorité ils se fondent pour affirmer que les corps des apôtres restèrent déposés dans la basilique de Saint -Sébastien pendant une période de quarante ans. Une seule chose est certaine, ils y furent déposés, et sans doute Tédiiîce antique dont nous avons décrit les restes abrita plus tard l'emplacement de leur tombe provisoire; mais combien d'années y demeurèrent-ils? Sur ce point les traditions sont muettes ou contradictoires.
Le tombeau de saint Cyrinus, et celui où reposèrent pendant plusieurs années les reliques de saint Pierre et de saint Paul, voilà tout ce que les anciens Itinéraires jugeaient digne de mention dans la basilique et le cimetière de Saint- Sébastien. Et cependant on lit, dans ce cimetière, des inscriptions désignant à l'attention et à la piété du visiteur bien d'autres monuments, bien d'autres souvenirs. Une plaque de marbre qu'y rit placer, en 1409, Guillaume, archevêque de Bourges, invite les pèlerins à vénérer la tombe de sainte Cécile. D'autres inscriptions, contemporaines de celle-ci, ou plus récentes, leur apprennent que dans cette catacombe reposent près de cinquante papes et plusieurs milliers de martyrs. Quelle est la valeur de ces indications ? Elles sont, à un double titre, en désaccord avec les relations des témoins qui virent encore, à leur place primitive, les reliques des martyrs enterrés sur la voie Appienne; elles attribuent au cimetière de Saint- Sébastien des tombes que les pèlerins du VII® et du viii* siècle n'y ont pas vues, et qu'ils ont vues en d'autres cimetières de la même voie. Il suffit de jeter les yeux sur les deux Itinéraires que nous avons cités au commencement de ce chapitre pour se rendre compte de l'évidente confusion contenue dans les inscriptions de Saint-Sébastien. Composées pour la plupart vers le xv* siècle,
elles appartiennent à une époque où, tous les autres cimetières souterrains étant perdus, celui de Sainf-Sébastien était seul demeuré ouvert. On a déjà vu comment toutes les traditions des catacombes romaines se concentrèrent, au moyen âge, dans le cimetière de Saint-Sébastien. La pieuse imagination des pèlerins de cette époque y plaçait, instinctivement, les tombes de tous les martyrs delà voie Appienne. Il est facile de comprendre qu'un archevêque, se faisant récho de la vénération populaire, ait inscrit les noms des principaux d'entre eux sur une plaque commémorative de sa visite dans la catacombe. Mais ce témoignage de piété est aujourd'hui dépouillé de toute valeur historique ; la seule lecture des anciens documents suffit à en montrer Terreur, et les découvertes des vingt dernières années confirment de tout point le témoignage si clair et si explicite des vieux pèlerins, en achevant de détruire la confusion établie au moyen âge entre le cimetière de Saint-Sébastien et celui de Calliste.
En 1849, M. de Rossi trouva, dans une vigne de la voie Appienne, beaucoup plus rapprochée de Rome que n'est Saint-Sébastien, un large morceau de marbre sur lequel on distinguait encore la partie supérieure de la lettre R, suivie des lettresentières:...NELIVS MARTYR.
Il pensa de suite que ce fragment devait être une partie de la pierre tombale de saint Corneille, pape vers le milieu du III* siècle. A la demande de M. de Rossi, le pape Pie IX acheta cette vigne et la vigne adjacente. Des fouilles y
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furent immédiatement commencées. En 1852, elles firent découvrir, dans une chambre du cimetière souterrain qui s'étend sous ces vignes, l'autre moitié de la plaque de marbre trouvée trois ans auparavant. On la ramassa au pied d'un tombeau, auquel elle avait, évidemment, servi primitivement de fermeture. Elle contenait la partie inférieure de la lettre R, précédée des lettres C O, et, au-dessous, les deux lettres E P.
L'évidence venait mettre le sceau à l'heureuse conjecture de M. de Rossi. Cette découverte en amena bientôt plusieurs autres non moins importantes. En étudiant les anciens documents, M. de Rossi s'était convaincu que la tombe de saint Corneille, sans faire partie du cimetière proprement dit de Saint-Calliste, en était très-rapprochée, et que ce cimetière contenait une chapelle plus célèbre que toutes les autres, dans laquelle avaient reposé beaucoup de papes du m* siècle, et près de laquelle était situé le tombeau de sainte Cécile. Des fouilles furent dirigées d'après ces indications. D'abord infructueuses, elles firent enfin découvrir un fragment de marbre, sur lequel on voyait la lettre H trois fois répétée, et paraissant former le commencement de trois lignes différentes*. L'œil exercé de l'archéologue romain reconnut immédiatement le beau caractère damasien; il en tira cette conséquence, « aussi certaine qu'un texte de l'Ecriture sainte », que là était la crypte papale, dans laquelle Damase avait placé une de ses plus célèbres inscriptions. La suite des fouilles mit en lumière cent vingt autres fragments de la même inscription. Rapprochés les uns des autres, et ajustés en un tout, on peut les lire aujourd'hui à la même place où nos pères les ont lus pour la première fois il y a quinze siècles : les quelques fragments qui manquent encore ont été remplacés par des lettres d'une couleur différente. L'occasion se présentera pour nous d^examiner de plus près et en détail cette inscription. Nous
I. Voir, à la fin du volume, la planche XI. Ce fragment contient la première lettre des vers 4, 5, 6,
annonça cette conjecture, il le fit avec toute la prudence et la réserve imaginables. « C'est une pure supposition, dit-il; je n en veux pas faire une thèse : peut-être méritet-elle à peine le nom de conjecture. Mais ces tâtonnements, ces efforts de Tesprit, qui se précipite en avant dès qu'il a vu briller une faible lueur au milieu des ténèbres, ont au moins un résultat : ils le surexcitent, ik tiennent son attention éveillée, aiguisée, prête à tirer profit des moindres indices, à saisir tout ce qui peut jeter un nouveau jour sur des faits historiques plutôt devinés qu'entrevus*. » M. de Rossi écrivait cela dans son premier volume, en 1864. Dans le milieu du second, écrit en 1867, il revient sur le même sujet, à propos des épitaphes païennes de L. Pomponius et de Pomponius Bassus. « Ma conjecture, dit-il, a été accueillie avec beaucoup de faveur; il ne faut pas, cependant, lui attribuer encore plus d'importance qu'elle ne mérite, mais attendre que des indices plus précis et de nouvelles découvertes monumentales lui viennent donner un fondement solide*. » Le public avait été plus vite, en effet, que l'esprit scrupuleux de M. de Rossi. Une fois proposée, sa conjecture au sujet de Pomponia Graecina avait paru si naturelle, si vraisemblable, si heureuse, que l'opinion l'avait acceptée quand son auteur hésitait encore. On avait peine à croire que la première grande dame romaine convertie au christianisme, une Pomponia Graecina^ fût demeurée étrangère à la création d'un cimetière chrétien peuplé pendant trois siècles par les Attici et les Csecilii, et voisin des monuments païens d'un L. Pomponius et d'un Pomponius Bassus. Mais deux points demeuraient obscurs, et empêchaient M. de Rossi de porter un jugement définitif. D'abord, on n'avait aucun indice de relations quelconques entre les Pomponii Grsecini et les Pomponii Bassi ; puis, si l'on avait les épitaphes de deux Pomponii, c'étaient des épitaphes païennes : on ne