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SUJETS SYMBOLIQUES

Sommaire. — Interprétation des sujets symboliques. — Régies d'interprétation. — L'ancre, symbole de l'espérance. — La brebis et la colombe, symboles de l'àme chrétienne. — La colombe unie à d'autres symboles. — Persistance de ce symbole. — Le phénix. — Le poisson : à quelle époque fut-il employé symboliquement? — Symbole du Christ et du chrétien. — Origine du symbolisme du poisson. — Exemples tirés des Pérès de l'Église — et des monuments de l'art. — Le poisson rarement représente seul, — souvent avec le vaisseau, la colombe, l'ancre. — Le poisson et le pain. — Un exemple de leur réunion (Jean, xxi, 1-13). — Application de ce récit évangélique à l'Eucharistie, — par saint Augustin et tous les Pérès. — Cette interprétation confirmée par l'épitaphe d'Abercius et par une autre inscription trouvée à Autun. — Peinture représentant le miracle de la multiplication des pains et des poissons. — Peintures semblables dans une catacombe d'Alexandrie. — Poissons tenant un pain dans leur bouche. — Poisson portant sur son dos une corbeille de pain et de vin. — Le cheval et le pain eucharistique. — Agneau portant un vase de lait. — Interpréta- . tion de cette peinture d'après les actes de sainte Perpétue — et un sermon de saint Augustin. — Le vase, symbole du chrétien. • — Le navire. — Rareté des représentations de la croix dans les monuments primitifs. — Manières détournées de la représenter. — Causes de la réserve des chrétiens à cet égard. — Le tau. — Le monogramme du Christ. — La croix gammée : réponse à une théorie de M. Emile Burnouf.

Nous appelons peinture symbolique toute peinture ayant pour but non pas seulement de représenter un sujet, mais de faire de ce sujet la traduction, l'image, le véhicule d'une idée plus haute, qu'il est chargé, pour ainsi dire, d'amener à Tesprit du spectateur. Interpréter de telles peintures est un travail délicat, exigeant science, prudence et probité. On a tant de fois abusé de l'explication symbolique des œuvres d'art que beaucoup de personnes se détient de toute tenta-

tive de ce genre, et n'y voient qu'un jeu d'esprit, un procédé à l'aide duquel de quelque chose ou même de rien, avec un peu d'imagination, il est facile de tirer tout.

Le symbolisme a toujours tenu cependant une grande place dans Thistoire des arts. Dans la période qui nous occupe, il a joué particulièrement un rôle important. KUgler, parlant de l'art romain sous l'Empire, y reconnaît une tendance marquée au symbolisme. A cette époque, dit-il, ff au lieu de chercher simplement à rendre sensible l'objet représenté, la forme artistique était devenue un moyen d'exprimer des idées abstraites ; au lieu d'agir sur le sentiment, elle s'adressait à la pensée. » Né au moment où cette tendance se faisait jour, l'art chrétien suivit naturellement la même pente. « Ce fut, dit encore Kligler, la crainte de l'idolâtrie qui introduisit dans la peinture chrétienne un système de représentations purement composé de types et de symboles. » Sans nous porter garant de la raison donnée par le critique allemand, nous sommes d'accord avec lui sur le fait : le symbolisme est le trait qui domine dans les plus anciennes productions de l'art chrétien. Ceci admis, une question se pose aussitôt : quelles règles doit-on suivre dans l'interprétation des antiques symboles chrétiens >

La meilleure clef du sens caché d'une œuvre d'art est tout ce qui fait connaître les pensées habituelles de l'artiste qui l'a créée, les sentiments et les idées de la société dans laquelle il a vécu, pour laquelle il a travaillé. Un seul texte d'un Père de l'Eglise, écrit à la date même d'une vieille peinture chrétienne, ou peu de temps après, est un guide infiniment plus digne de foi que tout un volume d'hypothèses ingénieuses et de savants commentaires. Plus, autour d'une image symbolique, on peut grouper de textes clairs et précis, émanés d'écrivains ayant eu de leur temps et conservé devant la postérité une autorité réelle, plus l'interprétation qu'on en donnera approchera de la certitude et commandera l'adhésion de l'esprit. Que tel symbole peint sur une muraille chrétienne du ii« ou iii« siècle se trouve interprété dans quelque passage d'un obscur écrivain ecclé-

siastique du ix% il n'y a là peut-être qu'une coïncidence fortuite, une identité de sens plus apparente que réelle; mais si l'on peut citer comme témoins, comme commentateurs un ou plusieurs écrivains contemporains de l'œuvre qu'il s'agit d'expliquer, ou même l'ayant précédée, ayant aidé à former l'école, l'atmosphère intellectuelle dans laquelle son auteur a vécu, si l'on peut prouver qu'à telle époque certaines idées, certains modes symboliques d'expression étaient en usage dans la société chrétienne, constituaient le fonds commun dans lequel chacun puisait, il est permis de suivre avec sécurité de pareils guides, d'aussi clairs indices, et de leur demander l'interprétation d'un symbole qui n'est plus isolé, mais replacé par une sage critique dans le milieu même qui favorisa son éclosion. Un controversiste anglican, parlant des images des catacombes qui représentent une ou deux colombes buvant dans un vase, y voyait récemment un témoignage antique contre la discipline qui, dans l'administration de l'eucharistie, « refuse aux laïques l'usage du calice : » voilà un exemple dinterprétation arbitraire, fondée sur un anachronisme : au lieu de replacer l'antique symbole dans le milieu qui le vit éclore, le critique dont nous parlons l'en tire brusquement pour le transporter au milieu de controverses nées bien des siècles plus tard, et dont n'avait pas la moindre idée l'artiste qui dessina des colombes sur les murailles ou les marbres des catacombes chrétiennes. Au contraire, si un écrivain, commentant les nombreuses images du Bon Pasteur, insiste sur certains détails d'exécution, fait remarquer, par exemple, qu'auprès du pasteur ou sur ses épaules le vieux peintre a souvent placé un bouc au lieu d'une brebis, et voit dans cette infidélité significative au texte de la parabole un moyen d'exprimer l'immense bonté du Christ admettant à la pénitence même les pécheurs déjà tombés, cette interprétation reçoit une grande force du langage bien connu de Tertullien, des paroles de plusieurs Pères de l'Eglise, et du souvenir des controverses qui agitèrent l'Eglise chrétienne pendant une partie du iii^ siècle.

La signification des images symboliques tracées sur les tombes, les voûtes et les murailles des catacombes chrétiennes ne doit donc être cberchée ni en de subtiles conjectures ni dans l'argumentation passionnée ou intéressée des controversistes : on ne peut la découvrir qu'en rapprochant les uns des autres les divers symboles, en les comparant avec les inscriptions contemporaines, avec les textes de rÉcriture sainte, avec les témoignages des Pères. Là où ces autorités font défaut ou ne concordent pas, la prudence ordonne de ne pas conclure, et d'attendre que la découverte d'autres monuments vienne jeter une lumière nouvelle sur les points encore mal éclaircis.

Parmi les figures symboliques des catacombes, il en est plusieurs dont l'interprétation n'est pas douteuse.

Une des plus anciennes et des plus célèbres est Vancre. Sa signification est claire. « Nous nous réfugions, dit saint Paul, vers l'espérance qui nous est offerte, et qui est pour notre âme comme une ancre sure et ferme ^ » L'ancre devint, pour les premiers chrétiens, le symbole de l'Espérance : on la trouve souvent gravée sur les tombes de personnes portant ce nom, dans sa forme grecque ou latine, Spes ^ Elpis ^ Elpidis j Elpisusa. Clément d'Alexandrie conseillait aux chrétiens du 11^ siècle de faire dessiner ce symbole sur leurs anneaux ^. Les fossores des catacombes semblent s'être approprié ce conseil. Après le symbole de la colombe, celui de l'ancre est le plus fréquemment gravé sur les pierres tombales des premiers chrétiens : quelquefois, comme dans Xdi figure 14 (page 296), la branche de l'ancre est traversée d'une barre, et forme ainsi une secrète image de la croix, fondement de l'espérance chrétienne. Cette figure représente une pierre tombale certainement antérieure à la fin du iii^ siècle. L'ancre, en effet, devient très-rare après cette époque. Les épitaphes du cimetière de Calliste (non com-

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