Luc, xxiv
2. In Joann. Ev. tract. 123, sect. 2, tome HT, p. 2460, éd. Gaunie.
âmes chrétiennes entre elles et avec lui-même par le moyen de la nourriture eucharistique, gage et avant-goût de la vie future.
Tel est le commentaire de saint Augustin sur le dernier chapitre de TÉvangile selon saint Jean. Tous les Pères de l'Eglise primitive en donnent la même interprétation. Ils y voient une représentation mystique du sacrement de l'Eucharistie. Le cardinal Pitra n'a pu découvrir qu'un seul écrivain de l'antiquité, le Pseudo-Athanase, qui explique autrement ce passage. Nous ne pouvons évoquer tous ces témoignages patristiques; citons seulement un mot de l'anonyme africain, parlant de Notre-Seigneur comme « du grand poisson qui rassasie de sa chair (ex se ipso) ses disciples sur le rivage, et s'offre lui-même comme Poisson au monde entier ^ »
Ce chapitre de TÉvangile de saint Jean n'est pas le seul passage de l'Ecriture dans lequel les Pères aient reconnu le saint sacrement de Tautel représenté sous Temblème du poisson. Nous avons déjà cité saint Prosper désignant le Christ comme le poisson « dont les remèdes intérieurs nous éclairent et nous nourrissent, » allusion à l'histoire de Tobie d'une part, aux sacrements de Baptême et d'Eucharistie de l'autre. Saint Augustin, expliquant l'autorité donnée à l'homme par le Créateur sur les poissons de la mer, pense de suite à ces deux sacrements, et parle « de la solennité de ces sacrements par lesquels ceux que la miséricorde de Dieu cherche au milieu des eaux immenses sont premièrement initiés, et cette autre solennité par laquelle est manifesté le poisson qui, tiré des profondeurs de la mer, devient la nourriture des pieux mortels ^ » Ces mots seraient tout à fait inintelligibles si l'on n'admettait qu'à l'écrivain et à ses lecteurs l'idée du poisson comme symbole de l'Eucharistie était familière, faisait partie de leurs habitudes quotidiennes de pensée et de langage.