‹ Rome souterraineChapitre 196 sur 338 · Bull, di arch. crlst.j 1865, p · texte numérisé non relu

Bull, di arch. crlst.j 1865, p

entouré d'arbres et de verdure, comme dans la fresque du II® siècle, si malheureusement mutilée, que l'on a vue dans le cubiculum de saint Janvier, au cimetière de Prétextât [fig, II, p. iip). Sur plusieurs pierres tombales du cimetière de Calliste, il est de même dessiné entouré d'arbres [fig. 33), emblème du paradis, que sainte Perpétue vit sous la figure d'un jardin où se tenait le Pasteur. Nous le trouvons, le vase de lait à la main, au centre du plafond d'un cubiculum de la crypte de Lucine, moins ancien que celui précédemment décrit, et probablement du iii^ siècle (fig. 31, p. 348). Le Pasteur tient de la main gauche une 'des pattes de derrière de la brebis posée sur son épaule ; sa main droite, étendue, soutient le vase de lait. Deux brebis sont debout à ses pieds, et semblent le regarder. On distingue, de chaque côté de la scène, un arbre à demi effacé. Le Pasteur est vêtu d'une tunique ornée de bandes de pourpre ; son bras droit et le côté droit de sa poitrine sont à découvert ; le pallium, rejeté en arrière, pend à ses épaules. Cette figure, qui, dans l'original, est très-belle encore, est tout à fait romaine, et ne suggère plus aucune idée d'un modèle grec. Par sa date approximative, elle correspond à l'époque où furent rédigés les actes de sainte Perpétue ; et il serait peut-être permis de croire qu'elle en reproduit la principale vision — le Pasteur dans un jardin, entouré de brebis et tenant à la main le vase de lait — si le Pasteur, qui, dans les actes, est représenté sous un aspect vénérable, n'était ici jeune et imberbe. La parabole du Bon Pasteur ne fut pas représentée avec une égale persistance sur les peintures, les bas-reliefs, les lampes, les médailles, les pierres tombales. Dans les fresques des catacombes, elle règne pendant le iii^ et le iv® siècle ; quelquefois, à partir de la dernière moitié du m* siècle, on voit, dessinée comme ornement dans la bordure des vêtements du Pasteur, la croix gammée : par exemple dans la figure du Bon Pasteur peinte dans le petit cimetière de Généreuse, creusé sous le bois des Arvales, et découvert en 1868 ^

I. Bull, di arch, crist.j 1868, p. 74. — Voir plus haut, p. 136-140.

Sur les bas-reliefs des sarcophages l'image du Pasteur continue à être sculptée pendant le iv® et le v® siècle. Elle apparaît dans les mosaïques triomphales des basiliques. Les médailles de dévotion des premiers chrétiens la portent gravée au iv^ siècle comme au ii® et au iii«. Au contraire, elle semble, de même que la plupart des antiques symboles, devenir moins fréquente sur les pierres tombales des catacombes à mesure que se développe le formulaire de l'épigraphie chrétienne, qui, peu à peu, élimine les signes primitifs, nécessaires pour suppléer au laconisme des anciennes épitaphes, inutiles quand les épitaphes sont devenues longues, détaillées, ouvertement chrétiennes. Sur les murailles des catacombes, en effet, les symboles et les allégories représentaient à la fois l'art et l'enseignement de la vérité : sur les pierres des loculî, leur but était surtout de suppléer à ce que ne pouvaient dire les inscriptions. Quand celles-ci ont pu parler librement, les signes hiéroglyphiques en ont peu à peu disparu, quoique les mêmes symboles se soient maintenus longtemps encore dans l'art chrétien. C'est ainsi que, pendant que les peintures des catacombes offrent encore, au iv® siècle, l'image du Bon Pasteur, et qu'elle se retrouve, bien après Constantin, sur ks bas-reliefs et les mosaïques, on la voit, peu à peu, disparaître des épitaphes du cimetière de Calliste : M. de Rossi l'a trouvée beaucoup plus souvent sur les pierres tombales de la première area de ce cimetière que sur celles de la deuxième et de la troisième, et il ne l'a pas rencontrée une seule fois dessinée sur les quatorze cents épitaphes à date certaine postérieures à la paix de l'Église^.

Dans la plupart des exemples qui ont passé sous nos yeux, le Bon Pasteur est représenté dans l'acte principal que lui attribue la parabole, c'est-à-dire portant sur ses épaules la brebis égarée. Quelquefois, comme dans un très-ancien sarcophage du Vatican et dans une statue de la fin du iii^ siècle trouvée dans les chambres souterraines de Saint-

T. Roma sotterraneaj t. II, p. 323.

Clément, le Bon Pasteur paraît marcher, comme s'il se hâtait de rapporter au bercail la brebis retrouvée *. Rarement, il est dessiné gardant son troupeau dispersé, accompagné d'un chien : tel est le sujet d'une très-belle médaille attribuée par M. de Rossi au iii% peut-être même au IV siècle ^ Une lampe de terre cuite récemment découverte à Ostie, dans les ruines d'une maison romaine, représente un autre aspect de la parabole du Bon Pasteur : c'est une inspiration analogue à celle de la statue de Saint-Clément. Dans le disque de la lampe, le Pasteur est dessiné debout, vêtu d'une courte tunique ; il porte une épaisse chevelure et une longue barbe. La brebis retrouvée est posée sur ses épaules : à ses pieds se tiennent deux autres brebis : l'une, circonstance jusque-là sans exemple dans les monuments de l'art chrétien, est à moitié entrée déjà dans une hutte représentant certainement la bergerie, Vovile, A ce bercail, que fréquentent les brebis fidèles ou converties, le Bon Pasteur en rapporte une nouvelle ; il va, sans doute, partir bientôt à la recherche d'autres brebis égarées, car il a dit : « J'ai d'autres brebis qui ne sont pas encore de cette bergerie; il faut que je les y amène, qu'elles entendent ma voix, et qu'il n'y ait plus qu'une seule bergerie et un seul berger ^ )> Cette lampe, qui traduit exactement le texte sacré, ne porte point de signature : peut-être sort-elle de la fabrique de lampes chrétiennes d'ANNIVS SERV (ianus?)^ qui vivait au iii^ siècle, et dont on retrouve le nom sur un grand nombre de lampes ornées de l'image du Bon Pasteur ^

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