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Ihid., IV

plus haute antiquité. Nous en avons des exemples dès le ii« siècle, et les plus récents ne descendent guère plus bas que le iv^ La date des monuments sur lesquels est figurée l'histoire de Jonas peut être approximativement déterminée ^ar la nature de l'arbrisseau sous lequel le prophète est représenté couché, après sa sortie de Ninive. L'ancienne version italique appelle cet arbuste cucurbita^ courge. Saint Jérôme, au contraire, traduit par hedera^ lierre. Cette interprétation excita de véritables tempêtes : une discussion, qui nous paraît aujourd'hui bien longue et bien passionnée pour un sujet d'aussi mince intérêt, s'éleva, sur ce point, entre saint Augustin et saint Jérôme. La Vulgate de saint Jérôme, publiée en 384, se répandit cependant promptement dans tout le monde chrétien ; elle fut immédiatement et exclusivement adoptée par les Eglises occidentales. A partir de ce moment, les artistes durent se conformer, dans la représentation de cet épisode de l'histoire de Jonas, à l'interprétation de saint Jérôme. On peut donc poser comme à peu près certain le canon archéologique suivant : toutes les fois que Jonas est représenté étendu sous la cucurbita (et il en est ainsi dans toutes les peintures des catacombes actuellement connues), cette représentation est antérieure à Tan 384; quand, au contraire, comme sur plusieurs sarcophages des Gaules, l'arbrisseau qui abrite le prophète QSiVhederUj cette représentation est postérieure à la date indiquée^ La Bible de saint Jérôme ne fut jamais adoptée par les Églises grecques ; aussi, en Orient, conserva-t-on l'habitude de représenter Jonas étendu sous la cucurbita ou, comme porte la version des Septante, sous la xo>.o)tuv6-/î, alors qu'en Occident Vhedera était devenue la traduction officielle. Dans une miniature du Menologium

I. Martigny, Lettre à M. Edm. Le Blant sur une lampe chrétienne inédite y p. 8-12. Belley, 1873. — Cependant, dans VHexameron de saint Ambroise, écrit vers 389, on lit encore : « Rogemus Dominum ut sermo noster quasi Jonas ejiciatur in terram, ne diutius in salo fluctuet. Et bene jam exivit cucurbita quas obumbrat nos a malis nostris, etc. » Hex.j V, c. xi, 35. • . , . .

grec de Basile, qui remonte au ix^ siècle, on voit Jonas étendu sous un arbre qui ressemble à une cucurbite ou à un figuier.

Sur une lampe trouvée à Semur, et décrite par M.Tabbé Martigny, on remarque un curieux détail, qui ne se retrouve daiîs aucune autre représentation de Thistoire de Jonas. Près de la racine de Tarbuste sous lequel est couché le prophète se tient le ver qui, sur l'ordre de Dieu, l'attaqua pour le faire sécher. C'est la traduction littérale du texte sacré ^.

Nous ne pouvons citer aucun témoignage patristique ayant trait directement à l'histoire de Jonas ; mais les paroles de Jésus-Christ donnent à ce symbole historique une importance sans égale ; et aucune histoire, à coup sûr, n'était plus fortifiante et plus consolante que celle-là pour les chrétiens persécutés, appelés chaque jour à rendre témoignage au vrai Dieu dans une ville deux fois plus peuplée et plus corrompue que Ninive. Les peintres chrétiens, qui ne cherchaient dans le récit biblique qu'une occasion de représenter un symbole, l'ont presque toujours traité avec la plus complète absence de préoccupation historique, avec le plus absolu dédain de la couleur locale et de la vraisemblance : souvent des scènes qui, dans le récit, n'ont aucune liaison, sont rapprochées dans la peinture, comme à la planche III, n*' 2, où Jonas, rejeté par la baleine, tombe, pour ainsi dire, sous la <:ucurbita recourbée en berceau. Le poisson ne ressemble en rien aux hôtes habituels de la mer ; il a les traits d'un de ces monstres fabuleux, hippocampe ou veau marin, que les Romains aimaient à représenter, par une fantaisie décorative, dans les appartements de leurs maisons ou sur les murs des chambres funéraires. Les premiers chrétiens, imbus des habitudes de l'art antique, le firent quelquefois entrer, à titre d'ornement, dans les peintures des plus anciens cubîcula des catacombes; peu

I. Et para vit Deus vermem ascensu diluculi in crastiiium; et percus^>it hederam, et aruit. — Jonas ^ iv, 7. : ,

à peu il devint inséparable de Thistoire de Jonas, et cessa d'être représenté seul^ : c'est un véritable dragon, avec un cou long et étroit, une tête énorme, de larges oreilles, quelquefois des cornes ; t sa croupe se recourbe en replis tortueux. » Sous cette image fantastique, les chrétiens voulurent peut-être symboliser la mort; peut-être n'adoptèrent-ils ces traits étranges que pour distinguer le poisson qui joue un rôle dans l'histoire de Jonas du divin IX0TC, emblème de Jésus-Christ.

Daniel dans la fosse aux lions est souvent représenté dans les catacombes, soit en parallèle avec l'histoire de Jonas, soit faisant pendant à celle de Noé. Nous l'avons vu {fig-. 10, p. 109) dans l'ambulacre du cimetière deDomitille (!«'" siècle) : là, il fait partie d'un ensemble de symboles comprenant le Bon Pasteur, Noé dans l'arche, le Pêcheur mystique, et se terminant par une représentation des agapes célestes. Dans le cintre d'un arcosolium de la deuxième area du cimetière de Calliste, Daniel entre deux lions fait pendant à Jonas couché sous la cucurbita : M. de Rossi croit cette peinture delà fin du m® siècle^. Daniel est ordinairement représenté, soit sur les peintures, soit sur les basreliefs des sarcophages, nu, entre deux lions, et tenant ses bras étendus en croix, dans l'attitude de la prière. M. Edm. Le Blant ne peut citer que cinq exemples dans lesquels Daniel soit vêtu, et tous sont d'une date bien postérieure aux peintures des catacombes^. Cependant, dans la peinture du cimetière de Domitille, le prophète est vêtu. Les lions qui l'entourent sont ordinairement au nombre de deux : sans doute une raison de symétrie a fait adopter cette disposition, nouvelle preuve du dédain des premiers peintres

1. Roma sotterranea, t. II, p. 247, et tav. x, XXV, 5. — La plupart des peintures représentant le monstre marin sans liaison avec l'histoire de Jonas sont encore inédites.

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