‹ Rome souterraineChapitre 302 sur 338 · S. Aug., In Joannem, tract. V · texte numérisé non relu

S. Aug., In Joannem, tract. V

S- Ép. 107, ad Lcetam. — Cf. Prud., Contra Symm., \, $6i-^6$.

chrétiens, mais peu conforme à leur politique, car, jusqu'en 392, ils souffrirent qu'à Rome, au moins, ces lois demeurassent inobservées.

Le parti païen dominait dans le sénat, et obligeait le christianisme, même sur le trône, à compter avec lui. En 382 , cependant, Gratien put se faire obéir. A partir de cette époque , les rentes des temples païens furent supprimées, leurs biens confisqués; le culte public des faux dieux demeura interrompu, bien qu'il fût permis aux particuliers de continuer à leur rendre un culte privé. Non-seulement tous les sanctuaires de Mithra ne furent pas fermés après l'acte de Gracchus , mais il paraît avoir attaqué seulement le spelaeum situé près de l'église actuelle de Saint-Sylvestre : et cette violence isolée demeura sans imitateurs. Le sanctuaire mithriaque détruit par Gracchus fut rétabli, aux frais d'un particulier*, après 382 et avant 390. Le culte de Mithra se maintint dans Rome , comme celui de tous les autres dieux, jusqu'en 394. A cette époque, l'idolâtrie, que le triomphe momentané de l'usurpateur Eugène avait un instant ranimée , et qui , pendant deux ans et trois mois , avait rempli Rome de ses cérémonies renaissantes, passant en revue, pour ainsi dire, toutes les fêtes du calendrier païen, et se préparant, par un amburhium solennel, à la lutte décisive contre Théodose 2, reçut, en même temps que la faction eugénienne, dont la cause s'était confondue avec la sienne, le coup de mort : le culte public et privé des dieux fut alors supprimé par Théodose, qui tint au sénat cette sorte de lit de justice que racontent Zosime, Théodoret et Prudence ^, et où le paganisme condamné par le prince, accablé sous les acclamations de la majorité des sénateurs, eut à peine la force de faire entendre, par la bouche de ses derniers partisans , cette faible protestation , ce trepidum inurmur dont parle le poëce.

Il est donc de toute évidence que le sanctuaire mithriaque du Celius , s'il appartenait régulièrement aux païens, ne dut point leur être enlevé et être livré aux chrétiens avant l'an 394, Si l'on voulait même

1. Voir l'inscription découverte par M. Visconti, Bull, di arch. crîst., 1867, p. 7(3.

2. Voir un poëme anonyme du iv® siècle découvert par M. Léopold Delisle à la Bibliothèque nationale de Paris, et commenté par M. de Rossi, Bull, di arch. crist., 1868, p. 49-58, 6i-7<^.

3. Zos., Hist., IV, $; Théod., Hist. eccl., V, 23. Prud., Contra Symm., I, V. 4ioetsuiv. — L'inscription retrouvée de la base de la statue de Nicomaque Flavien fait allusion au discours de Théodose. Bull, di arch. crist., 1868, p. 70.

supposer que ce spelaeum^ et non celui construit près de Saint-Sylvestre, fut l'objet de l'attaque de Gracchus, il faudrait au moins remonter jusqu'à l'an 377. Or nous avons vu qu'en 392 saint Jérôme considérait la basilique construite au-dessus comme ayant une date déjà assez ancienne , et d'autres indices nous ont permis de faire remonter sa construction à la première moitié du iv« siècle. Nous sommes donc en présence de cette double conclusion , en apparence contradictoire : i» la basilique du Celius est du commencement du iv^ siècle; 2° l'antre mithriaque creusé au-dessous ne dut pas être confisqué sur les païens avant les dernières années du même siècle.

Il est facile de faire tomber cette apparente contradiction : et ici M. de Rossi fait intervenir une hypothèse ingénieuse et de tout point justifiée. Non, les empereurs chrétiens, avant la lutte décisive de Théodose et de la faction païenne qui avait suscité l'usurpateur Eugène, ne confisquèrent pas, à Rome, les temples et les sanctuaires possédés par les païens; mais, en revaaiche, depuis Constantin, tous les lieux appartenant primitivement aux chrétiens, et que les païens, pendant les dernières persécutions, avaient usurpés, furent restitués à leurs premiers et légitimes propriétaires. Nous avons déjà vu des empereurs païens eux-mêmes accomplissant cet acte de justice ^. Or il nous paraît démontré que, avant le iv^ siècle, les chrétiens eurent, en ce lieu du Celius, un conventiculum, un dominicam, un lieu d'assemblée, consacré pour eux par un très-antique souvenir. Il est probable que, dans le courant du iii^ siècle, pendant une persécution, ce lieu de prières fut confisqué et donné aux païens. Ceux-ci le transformèrent en spelaeum mithriaque : les chambres souterraines de Saint-Clément ont conservé les traces visibles des travaux faits à cette époque pour leur imposer cette nouvelle appropriation. Après la paix de l'Eglise, peut-être en vertu de l'édit de Milan ^, cet ancien sanctuaire profané et transformé fut restitué aux chrétiens ; et alors s'éleva, au-dessus des chambres qui avaient peut-être entendu la voix de Clément, et dont Mithra venait d'être chassé, la splendide basilique rendue par la science moderne à notre pieuse admiration ; — cette basilique qui plonge, pour ainsi dire, par toutes ses racines dans la Rome historique, puisque une partie de sa nef est soutenue par une superbe maçonnerie de tuf volcanique à blocs rectangulaires, dans laquelle on peut voir soit une portion du mur d'enceinte de

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