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4.. Acilleus pour Achilleus n'est pas rare. On le voit écrit ainsi sur l'étiquette de Vampulla et dans l'index des huiles de Monza (p. 601, note 3), dans une inscription du v'' siècle, publiée par Boldetti, et sur un vetro païen, où l'Achille homérique est désigné par le mot ACILLIS. Bullett. di arch. crist., 187s, p. 9.
6o8 ROME SOUTERRAINE.
On peut maintenant se faire une idée de l'autel-sépulcre ou confessio des martyrs Nérée et Achillée, occupant le centre du preshyterium. devant la chaire pontificale. Leur sépulture primitive étaitelle là, ou leurs corps furent-ils , de quelque autre partie de la catacombe, transportés à cette place lors de la fondation de la basilique? Il est difficile de le dire, bien qu'il paraisse vraisemblable qu'une construction irrégulière, de l'époque constantinienne, qui fut incorporée plus tard à la basilique, et dont on a retrouvé les murailles à l'extrémité de la nef droite^, se prolongeait originairement jusqu'à l'endroit occupé ensuite par le preshyterium, et abritait, là, le tombeau primitif des deux martyrs : dans cette hypothèse, celui-ci n'aurait pas été déplacé lors de l'érection par le pape Sirice d'un édifice plus orné et plus vaste.
On possède sur ces héros du christianisme deux documents qui s'éclairent et se complètent l'un par l'autre. Le premier est l'éloge métrique que nous avons cité, et qui a la gravité et l'autorité de l'histoire ; le second, connu sous le nom ai Actes de Nérée et Achillée, paraît tout à fait légendaire dans la forme, mais offre cependant un fond historique, car toutes les indications topographiques qui s'y rencontrent ont été vérifiées et confirmées par les découvertes modernes. Si l'on interroge le poëme damasien, que voit-on? qu'ils firent partie d'une militia, servirent, par crainte, la tyrannie de Néron, puis, éclairés par la grâce, abandonnèrent la situation qu'ils occupaient, renoncèrent aux armes et aux récompenses militaires dont ils avaient été honorés, et confessèrent le Christ. A quelle militia appartinrent-ils? Les soldats romains n'étaient ni geôliers , ni tortureurs, ni bourreaux : il semble que le saevum officîum que remplissaient Nérée et Achillée n'était pas le" service militaire proprement dit. Peut-être étaient-ils des apparitores^ c'est-à-dire des membres de ce corps d'exécuteurs des décisions des magistrats criminels, auxquels font si souvent allusion les Actes des Martyrs-. Cependant des apparitores ne pouvaient prétendre à ces dona militaria dont on voit que Nérée et Achillée avaient été honorés, et qui étaient la récompense du courage guerrier. M. de Rossi conjecture que les deux
I. Cette construction est marquée en noir et désignée par les lettres A dans le plan publié par M. de Rossi, Bullett., 1874, t^^'- IV, V. Elle est la cause de l'évasement que subit en cet endroit la basilique, sa muraille de droite ayant été reliée à celle de l'édifice constantinien, dont elle suit la direction oblique.
a. Edm. Le Blant, Recherches sur les bourreaux du Christ, Arras, 1873.
saints avaient appartenu, comme officiers ou soldats, à la milice prétorienne. Sous le règne de Néron, auquel se rapporte la première partie de leur vie (leurs Actes les disent convertis par saint Pierre) *, les prétoriens furent souvent employés à l'exécution des cruautés du prince : Juvénal montre toute la cohorte prétorienne, tota cohors^ occupée, /mj-j-m Neronisj à investir les palais des riches proscrits^. Dès les règnes précédents il en avait été ainsi : Josèphe met dans la bouche de Chéréas haranguant les prétoriens des plaintes indignées contre Caligula, qui de soldats les avait changés en bourreaux^. Peutêtre Nérée et Achillée furent-ils mêlés, en cette qualité, aux cruautés du tyran : les quartiers des cohortes prétoriennes portaient à Rome le nom de castra^ que semble rappeler Damase quand il dit, en parlant de la fuite des deux soldats convertis : ducis impia castra relinquunt.
Telle est la lueur historique, assez confuse encore, jetée sur l'histoire de ces martyrs par Tinscription damasienne. Mais ici surgit une difficulté. Les Actes de Nérée et Achillée indiquent les rapports ayant existé entre eux et Flavia Domitilla, nièce du consul Clemens : ils sont désignés comme ses eunuchi cubicularii. Cela esc inconciliable avec le texte de Damase, qui en fait des soldats. Ce texte est certainement historique : comment les Actes ont-ils pu altérer à ce point la vérité ? Il est probable que, après leur conversion, Nérée et Achillée obtinrent un office quelconque dans la maison de Flavia Domitilla. Or, les Actes que nous possédons ont été traduits du grec en latin par un écrivain du v« ou vi« siècle. L'original grec (qui doit lui-même avoir amplifié et singulièrement altéré des documents primitifs auxquels on est redevable de la part trèsimportante de vérité qu'il contient) est sans doute l'œuvre, aujourd'hui perdue, d'un auteur qui transporta dans la maison d'une princesse du r'" siècle les usages et les mœurs qu'il voyait dans la cour byzantine de son époque : et comme les eunuques y étaient investis d'une grande puissance, il crut ne pouvoir mieux exprimer que par ce titre le poste important et l'influence considérable que possé-
1. c'est par oubli de cette circonstance que j'ai, page 105, note, nommé Domitien au lieu de Néron : c'est également par erreur que, dans les deux vers de l'inscription cités dans cette note, la version almum officium, qui est donnée par un seul manuscrit, a été préférée à sœvum officium, que donnent deux manuscrits.