‹ Rome souterraineChapitre 59 sur 338 · Roma sotterranea, t. I, p · texte numérisé non relu

Roma sotterranea, t. I, p

temps apostoliques, les cryptes du Vatican auraient les premières droit à notre attention, si elles n"* avaient été presque entièrement détruites quand furent jetées les fondations de rimmense basilique qui abrite aujourd'hui la tombe de saint Pierre. Nous ne pouvons cependant les passer tout à fait sous silence ; nous le pouvons d'autant moins que le renseignement le plus ancien que Ton ait sur elles confirme expressément ce que nous avons dit de rentière liberté dont jouissaient lés chrétiens pour l'enterrement de leurs martyrs. Le Liber jpontificalis rapporte qu'Anaclet, successeur de Clément sur le siège apostolique, et ordonné prêtre par saint Pierre lui-même, « construisit et orna le monument — construxit memoriam — du bienheureux Pierre, et prépara un lieu de sépulture pour les évêques qui viendraient après lui. » Il y fut enterré lui-même, ajoute le livre pontifical, et après lui ses successeurs Lin, Clet, Évariste, Sixte P% Telesphore, Hyginus, Pie P% Éleuthère, et enfin Victor, dont le corps fut déposé dans la crypte Vaticane en Tan 203. Après saint Victor aucun pontife n'y fut plus enterré jusqu'à saint Léon le Grand^ qui fut inhumé dans la basilique de Saint- Pierre en l'an 461. L'idée que nous donnent ces mots construxit memoriam est celle d'un édifice élevé au-dessus du sol, selon l'usage ordinaire des Romains; et l'on a vu qu'un édifice de cette nature, même destiné à recevoir des tombes d'évêques chrétiens, fût resté à l'abri de toute violation pendant les deux premiers siècles. Il est malheureusement impossible de confronter ce texte du livre pontifical avec les monuments ou les tombeaux auxquels il fait allusion. On crut cependant avoir découvert, dans les premières années du xvii« siècle, la tombe du successeur immédiat du prince des apôtres. Lorsque Urbain VIII fit reconstruire la confession de saint Pierre, on trouva, à cette place même, plusieurs corps dans lesquels les contemporains virent (sans preuves certaines) les restes des premiers papes; plusieurs sarcophages de marbre furent également trouvés ; sur le couvercle de l'un était gravé le nom

LiNUs. Peut-être était-ce le tombeau du successeur de saint Pierre. L^omission du mot ejpiscopus, loin de contredire cette conjecture, serait au contraire une preuve de l'extrême antiquité de Tinscription, et le cognomen Linus, fréquent dans l'épigraphie païenne, est tellement rare dans la chrétienne, que, rencontré sur une tombe, dans la confession même de saint Pierre, il est un indice presque certain de la sépulture du second des papes, qui sepultus est juxta corpus beati Petri^.

Du tombeau de saint Pierre sur le Vatican, l'esprit passe naturellement à celui de l'apôtre des gentils, de l'autre côté du Tibre et à l'extrémité opposée de la ville. Là aussi, la colline a été fouillée et dévastée, pour faire place à la basilique de Saint-Paul-hors-des-Murs ; la catacombe de Sainte-Lucine ou Sainte-Commodilla, comme l'appellent quelquefois les anciennes relations, a été détruite de fond en comble, et les galeries qui en subsistent encore sont tellement remplies de terre et de débris de toute sorte, qu'elles sont presque impraticables. Cependant il ne faut pas oublier que dans cette catacombe Boldetti a lu la plus ancienne inscription à date certaine^ qui ait été trouvée sous terre ; elle avait été tracée sur le mortier d'un loculus. et portait la date du consulat de Sura et Senecio^ qui correspond à l'année 107^. Le même Boldetti trouva dans cette catacombe une autre inscription gravée sur une tablette de marbre, et rappelant les noms de Piso et Bolanus, consuls l'an no, et une troisième qui, bien que privée de date, paraît appartenir à la même époque et est

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