Provenant de tombeaux construits ù fleur de terre
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prévenir une ruine complète, il fallut construire de nouvelles murailles et consolider la chambre entière. De là cette apparence moderne qui refroidit un instant le visiteur. Les restaurations nécessaires ont cependant été faites avec le plus grand soin et une extrême discrétion. On a réussi à conserver de nombreux vestiges de la construction primitive et des décorations qui, à diverses époques, y avaient été ajoutées. Plusieurs fois, en eâet, Tornementation de la chapelle des papes fut renouvelée» On en peut juger par les trois enduits successifs dont on voit encore les restes dans l'arc de la porte, Tun orné de grossières arabesques du VII* ou VIII* siècle, celui de dessous, presque entier visible après la chute d'une grande partie du premier, portant le monogramme du Christ, œuvre contemporaine de Sixte III ou de Damase, et enfin un troisième, encore apparent en diverses places sous celui-ci, décoré de laides bandes rouges. Les murailles de la chambre avaient été, à l'origine, revêtues d'un stuc fin et blanc, orné de peintures, dont on voit encore dans un angle quelques vestiges. Ce premier revêtement fut, au v* siècle, recouvert de larges plaques de marbre : quelques morceaux en sont demeurés adhérents aux murs, et de nombreux débris de marbres ont été trouvés gisants sur le sol de la crypte, pêle-mêle avec quelques fragments de sculptures, des chapiteaux, les restes d'une balustrade, deux colonnes brisées. La base d'une de ces colonnes est encore debout à sa place primitive, sur un beau piédestal de marbre afi*icain. Ces débris appartiennent probablement, comme le revêtement de marbre, aux travaux que fit exécuter dans la crypte le pape Sixte III : Platoniam fecit in cœmeterio Callisti, dit de lui le Liber pontificalis.
Au fond de lachapelle, du côté opposé à la porte d'entrée, on aperçoit un degré ou gradin de marbre dans lequel quatre trous pratiqués régulièrement, et disposés en carré, indiquent l'existence, à une époque antérieure, d'un autel soutenu par quatre piliers. Derrière cette plate-forme on découvre, dans la muraille, les restes d'un grand tombeau
surmonté d'une niche carrée (sepolcro a mensa) encore revêtue en partie d'un beau stuc blanc. Cette niche n'est pas simplement taillée dans le roc; elle est construite en excellente maçonnerie, comme V arcosolium de la crypte de saint Janvier au cimetière de Prétextât. On peut fixer la date de ce tombeau au commencement du m® siècle, peutêtre à la dernière moitié du ii*^. Les saints mystères furent originairement célébrés sur la table de pierre ou de marbre qui le fermait. Ce tombeau se trouva en partie bouché et englobé dans la muraille à la suite des travaux d'agrandissement faits par saint Damase dans la chapelle voisine, et des constructions de renfort qui devinrent nécessaires en même temps dans celle des papes. Le petit autel dont on reconnaît la place fut alors élevé sur un gradin de marbre, en avant de la muraille, et probablement la chaire épiscopale fut posée derrière lui, sur un degré un peu plus haut qui subsiste encore.
La cause de la vénération dont fut entourée cette chapelle, enrichie et décorée par la piété de plusieurs siècles, nous est révélée par quelques pierres tombales qui ont été trouvées parmi les décombres et rétablies, sinon à leur place primitive, au moins dans la muraille même où elles furent originairement placées. On y lit les noms de quatre papes du 111^ siècle : ANTEPOC EDI, <l>ABIANOC EDI MP, AOTKIC, ETTYXIANOC EIIIC ; c'est-à-dire Q4nteros episcopus, Fabianus episcopus martyr, Lucius^ Eutychianus episcopus. Le lecteur peut voir, PI. XIV, n" i, 2, 3, 5, une reproduction exacte des quatre épitaphes originales, contemporaines de la depositio d'Anteros, Fabien, Lucius et Eutychianus.
Ni Bosio, ni Fabretti, ni Boldetti, ni aucun des premiers explorateurs de Rome souterraine n'ont découvert une seule épitaphe portant le titre d'évêque^ Le mot episcopus n'est pas une création, une expression originale de la langue ecclésiastique : il a été emprunté par elle à la langue civile
I. Sur les épitaphes d'évéques dans les catacombes romaines, voir BulUttino di arcL crlst.j 1864, p. 49.
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et administrative. Chez les païens, il signifiait d'une façon générale inspecteur, surveillant, gouverneur : en Grèce, celui qui présidait à des combats d'athlètes ou à des jeux publics était appelé èrwxoTço; ; le président des hétéries ou phratries portait quelquefois le même titre. Dans le Nouveau-Testament * le mot episcopus fut pris de bonne heure, par analogie, pour désigner les chefs de chaque église et le suprême degré du sacerdoce; mais, à cause du sens vague d'un mot qui signifiait à la fois la plus haute dignité de rÉglise chrétienne et des emplois insignifiants dans la société antique, on évita d'abord de l'employer dans le langage officiel chrétien. Aussi ne le voit-on pas sur la tombe des premiers papes, de saint Lin par exemple *. Il ne reçut que peu à peu le sens exclusif et déterminé qu'il a aujourd'hui. Au III* siècle, cette signification avait été fixée par l'usage : à partir de cette époque on le voit inscrit sur les tombes épiscopales. Le cimetière de Saint- Alexandre, découvert il y a vingt ans sur la voie Nomentane, renferme trois épitaphes sur lesquelles est gravé le titre à'évêque, La pierre tombale de saint Eusèbe, dans la troisième area du cimetière de Calliste, et celle de saint Corneille, dans la crypte de Lucine, l'un et l'autre pape et martyr, portent la même indication. Enfin, dans la chapelle pontificale, sur les quatre épitaphes que nous venons de voir, l'abréviation EIII, EIIIC, est trois fois écrite, et il est probable que, si la pierre sépulcrale du pape Lucius n'était pas brisée immédiatement après le nom, on l'y pourrait lire également.
La présence de quatre tombes épiscopales réunies en un même lieu, quand, jusqu'à ces derniers temps, on n'en avait découvert aucune dans les cimetières souterrains, semble indiquer que l'Église primitive avait désigné un emplacement spécial pour y enterrer en commun ses plus hauts dignitaires, et la vénération dont fut entourée de tout temps la principale chapelle du cimetière de Calliste, les
I. Aa.y XX, a8 ; ad Philipp., i, i ; /' Tim,^ m, 2 ; ad Tit.^ i, 7. a. Voir page 98.
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décorations successives dont elle fut revêtue, et enfin les témoignages du Liber pontificalis et de tous les anciens documents, ne permettent pas de chercher ailleurs la sépulture commune des papes du m* siècle. Avant cette époque, nous l'avons vu, les évêques de Rome furent tous enterrés (à l'exception d'un petit nombre, dont Tinhumation en un autre lieu s'explique historiquement) « près du corps du bienheureux Pierre sur le Vatican *, » de même que les évêques d'Alexandrie avaient leur chapelle funéraire près du corps de saint Marc. Les églises apostoliques étaient trèsjalouses de posséder au milieu d'elles les tombes de leurs évêques; c'était le moyen d'établir leur généalogie, et de remonter, d'anneau en anneau, vers la source apostolique d'où elles avaient reçu la doctrine et la hiérarchie, t Montrez-nous, s'écrie Tertullien, s' adressant aux hérétiques, montrez-nous les origines de vos églises, déroulez devant nous la succession de vos évêques, conduisez-nous par une suite non interrompue vers l'apôtre ou le disciple des apôtres qui a fondé votre siège épiscopal : c'est ainsi que les vraies églises apostoliques établissent leur origine, et sont en état de rendre leurs comptes, • hoc enim modo ecclesice apostolicœ census suos deferunt *. Polycrate, évêque d'Éphèse, écrivant à saint Victor, énumère avec soin les tombeaux, en différentes villes d'Asie, de plusieurs évêques, f grands piliers de l'Église, » dont il allègue, en sa faveur le témoignage 3. Caius, disputant à la fin du ii« siècle contre les cataphrygiens, en appelle aux tombes de saint Pierre et de saint Paul *. Attachant tant de prix à conserver chez elles les
1. Voir le Liber pontificalis j à la fîii de la vie de chaque pape. Le deuxième Itinéraire Salzbourgeois, De locis sanctis martyrum qua snnt forts civitatis Rom^e^ s exprime ainsi dans son premier paragraphe : « Petrus in parce occidentali civitatis juxta viam Corneliam ad miliarium primum in corpore requiescit, et pontificalis ordo excepto numéro pauco in eodem loco in tynibis propriis requiescit. »