I. Planche IX, n» i
a. M. Le Blant la croit du v* siècle.
3. Macarius, Ha^ioçlypta^ p. 36. — Edm. Le Blant, Inscript, chrtt* dâ la GauUj t. II, p. 277 et suiv.
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cryphe*. Sur les médailles byzantines, et dans les œuvres de Tart grec en général, la sainte Vierge est souvent représentée dans l'antique attitude de la prière. Quand même la figure de Vorante aurait pour but principal de personnifier rÉglise, il serait tout à fait conforme à la pratique et aux habitudes intellectuelles des premiers chrétiens d'avoir uni ensemble Timage et le symbole, et donné à la femme en prière les traits de la vierge Marie *.
Quelque opinion que Ton ait de la valeur de ces arguments, — et nous croyons qu'ils seraient difficilement réfutés, — la grande place occupée par Marie dans Tart pri-
^'g- 3S' — »^'* siècle. Image de la sainte Vierge et de l'enfant Jisus, dans le cimetière de Sainte-Agnès.
mitif peut être démontrée par toute une autre série de preuves. Quand même aucune des orantes des catacombes ne la représenterait, il existe beaucoup d'autres scènes où son identité ne saurait être mise en question. Un écrivain protestant affirmait récemment n'avoir rencontré dans les catacombes qu'une seule image de la Vierge, image d'une date relativement moderne. Il faisait probablement allusion à une Madone de la catacombe de Sainte-Agnès (fig. 35), peinte dans la lunette d'un arcosolium^ les bras étendus,
1. Historia de nanvitate Maria et de infantia Salvatoris^ c iv et vi> dans Thilo, Codex apocryphus NovL Testamenti^ t. I, p. 349 et suiv.
2, Voir Clem, Alex., Padagog.^ I, 6.
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et le divin enfant posé debout devant elle*. La présence du monogramme, dessiné à droite et à gauche, nous invite à placer au iv* siècle la date de cette peinture; et comme le nimbe n'est peint ni autour de la tête de Marie ni autour de celle de l'enfant Jésus, cette date appartient à la première moitié du iv* siècle plutôt qu'à la seconde. M. de Rossi considère le style de cette fresque comme se rapprochant tout à fait de l'époque de Constantin. Loin d'être la plus ancienne et la plus intéressante image de la Vierge existant dans les cryptes primitives, cette peinture est probablement une des plus récentes : et si l'auteur qui y fait allusion n'en a pas vu d'autres, il est probable qu'il n'a visité qu'une très-petite partie des catacombes. Il existe une nombreuse classe de peintures — M. de Rossi en compte plus de vingt — dans lesquelles la vierge Marie est toujours la figure principale, et semble volontairement associée par l'artiste aux hommages dont son divin Fils est l'objet : ce sont les fresques représentant l'adoration des Mages. Le plus souvent Marie est assise, tenant Jésus sur ses genoux, et les Mages se dirigeant vers le groupe formé par la mère et l'enfant : trois ou quatre fois elle occupe le centre de la fresque, et alors, pour balancer également les deux côtés de la composition, le nombre des Mages est augmenté ou diminué; ils sont quatre, comme dans le cimetière de Sainte-Domitille, ou deux seulement, comme dans celui des saints Pierre et Marcellin (voir planche IV, n^ a). Il est certain, cependant, que dès les premiers siècles la tradition sur le nombre des Mages était fixée ' ; nous en avons
1. Cette peinture, dans laquelle l'enfant Jésus est posé devant sa sainte mère, sans être tenu par elle, et plutôt comme signe de sa maternité divine que comme figure principale, est le type d'une image de la Vierge très-populaire en Russie sous le nom de Znamenskaia. — Palmer, Early Christian Symholism^ p. 66.
2. On dit généralement que saint Léon le Grand et saint Maxime de Turin sont les premiers Pères qui rapportent cette tradition. Origéne semble cependant avoir eu la même pensée. — Patrizzi, de EvangeL, Ur, diss. xxvir, pars a*.
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)8o ROME SOUTERRAINE.
la preuve daos une des peintures que nous avons citées, sous laquelle on peut encore retrouver les vestiges de l'esquisse primitive, représentant trois Mages seulement : l'artiste la corrigea ensuite, sacrifiant la vérité historique ou traditionnelle à la symétrie ^ Les représentations de ce sujet appartiennent à diverses époques. M* de Rossi assigne les deux que nous avons citées à la première et à la seconde moitié du iii« siècle. Il réclame une antiquité beaucoup plus reculée pour l'image de la sainte Vierge représentée planche IV, n® i. D'après lui, elle remonte aux confins de l'âge apostolique. On peut la voir peinte sur le soffite d'un loculus^ dans une chambre sépulcrale du cimetière de Sainte-Priscille, voisine de la fameuse • chapelle grecque. » Elle représente la vierge Marie assise, la tête à demi couverte d'un voile court et transparent, et portant dans ses bras l'enfant Jésus, t qui se retourne, sur les genoux de sa mère, avec un mouvement tout à fait analogue à celui que Raphaël lui prête quelquefois dans ses Saintes Familles^. • A côté de Marie un homme est debout, vêtu d'un pallium qui laisse à nu son épaule gauche : d'une main il tient un volume roulé, de l'autre il montre une étoile. Cette étoile accompagne presque toujours la Vierge dans les peintures et les sculptures primitives : sa présence s'explique historiquement quand Marie est représentée au milieu des Mages, ou dans l'étable de Bethléem, à côté de la crèche, que gardent respectueusement le bœuf et l'âne traditionnels^. L'étoile parait à première vue moins à sa place dans le sujet qui nous occupe. Les archéologues ne sont pas d'accord sur le sens de la figure virile qui semble la montrer du doigt. Quelques-uns y voient saint Joseph ou l'un des Mages. Selon M. de Rossi, ce personnage jeune et
I. Sur un vase de marbre gris placé par le P. Marchi au musée Kircher, le nombre des mages est porté à dix. — Desbassayns de Richemont, Us Nouvelles études sur Us catacombes romaines^ P* 4^^
a. Vitet, Journal des Savants^ j866, p. 96.
3. Le bœuf et Tane se voient dans une représenution de la Nativité sur une tombe portant la date de 343. — Inscript. chrét,j I, p. 51.
L'ART CHRÉTIEN. }8i
austère, vêtu en philosophe, serait plutôt Isaïe, qui dans ses prophéties compare si souvent la venue du Messie au lever d'un astre*. On le rencontre dans la même attitude, se tenant debout devant Jésus-Christ figuré par le soleil^ sur un compartiment d'un verre doré trouvé dans les catacombes : et là son identité n'est pas douteuse, car un autre compartiment du même verre le représente scié en deux par les Juifs, selon une tradition rapportée par saint Jérôme : la sainte Vierge, dessinée dans la pose d'une orante, occupe sur ce verre l'espace intermédiaire entre les deux figures du prophète. Bosio * nous a conservé une fresque du cimetière de Domitille qui ressemble beaucoup à celle que nous étudions en ce moment : seulement, dans celle-là, rétoile ne parait pas, mais derrière la Vierge et l'enfant on voit en perspective quelques édifices, l'image d'une ville, Bethléem sans doute, si souvent représentée dans les basreliefs et les mosaïques d'époque plus récente. M. de Rossi considère la Vierge du cimetière de Priscille comme ayant été peinte sinon dans l'âge apostolique et, pour ainsi dire, sous les yeux des apôtres eux-mêmes, au moins dans les cent cinquante premières années de l'ère chrétienne. Il nous invite à comparer le dessin, le modelé', le style général de cette peinture, d'une part avec les décorations des célèbres tombes païennes découvertes en 1858 sur la voie Latine et attribuées par tous les antiquaires au temps des Antonins, d'autre part avec les fresques des cubicula qui avoisinent la crypte papale, et remontent au commencement du iii« siècle (nous les étudierons dans le chapitre suivant) : l'immense supériorité de notre fresque sur ces dernières, sa ressemblance, comme exécution et comme style, avec les premières, ne permet pas de la placer, à moins d'une déroga-