‹ Rome souterraineChapitre 237 sur 326 · I. Clem. Alex., Exhort. ad gent,^ la · texte numérisé non relu

I. Clem. Alex., Exhort. ad gent,^ la

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L'ART CHRETIEN- 43 j

occupé par une vendange (emblème cher aux chrétiens) dont les acteurs sont des génies ailés, et une Psyché vêtue d'une tunique, et reconnaissable à ses ailes de papillon. Le sarcophage orné de l'image d'Orphée et de celle d'un pêcheur, dont nous donnons une lithographie, planche XX, n® 2^ appartient de même à la catégorie des sujets païens choisis par les fidèles comme pouvant se prêter à un sens symboliquement chrétien.

Puisque la sculpture, en règle générale, ne devint pas un art chrétien avant le iv* siècle, on peut avec sécurité attribuer aux IV® et V* siècles la plupart des sarcophages sur lesquels on trouve sculptés des sujets distinctement chrétiens. Cette date approximative étant donnée, étudions maintenant les plus remarquables spécimens de cette catégorie de sculptures. Nous commencerons par le grand sarcophage qui occupe Textrémité de la principale salle du musée de Latran, et attire ordinairement le premier l'attention des visiteurs. On en trouvera une lithographie à la fin du volume, planche XIX. Ce sarcophage a été découvert il y a quelques années au-dessus de la tombe de saint Paul, lors des excavations Élites pour la construction du magnifique baldaquin qui surmonte le maître-autel de la basilique de la voie d'Ostie. Cette basilique fut rebâtie par Théodose vers la fin du IV* siècle, et le sarcophage qui nous occupe doit y avoir été placé à cette époque. Les deux bustes qui divisent la rangée supérieure des bas-reliefs, et étaient destinés à représenter l'homme et la femme enterrés dans ce superbe tombeau, ne sont pas terminés : c'était l'usage de préparer ainsi, dans l'atelier, ces têtes qui devaient devenir des portraits, et d'attendre, pour leur donner le dernier coup de ciseau, les ordres et les indications de l'acquéreur.

Commençant par la droite, dans la rangée supérieure des sujets, nous apercevons d'abord trois figures barbues, représentant, dans l'unité de leur opération, les trois personnes de la sainte Trinité. Le Père éternel, source et fontaine de la Divinité, est symbolisé par la figure assise dans une chaire voilée, comme l'étaient les chaires épiscopales. Devant lui

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est un personnage qui représente le Verbe incarné, a par qui toutes choses ont été faites, • dans Tacte de créer Eve et de la tirer d'une côte d'Adam endormi. Derrière la figure assise se tient un troisième personnage, représentant le Saint-Esprit, qui assiste et coopère à l'acte créateur. Dans le groupe voisin on reconnaît le serpent, offrant à la mère du genre humain la pomme fatale; entre les deux coupables époux est debout Notre-Seigneur, jeune et imberbe, en souvenir de l'Incarnation qui fut promise au genre humain au moment même de la chute originelle. Il donne à Adam une gerbe d'épis, car t tu mangeras ton pain à la sueur de ton front; • à Eve il donne un agneau, emblème du travail domestique, du soin des animaux ou de la fabrication des vêtements, qui incomberont à la femme, image aussi, sans doute, de l'agneau divin qu'enfantera la seconde Eve. Immédiatement au-dessous de ces deux sujets, nous voyons deux autres groupes, disposés évidemment de manière à former contraste avec les groupes supérieurs. Le Verbe étemel y est encore représenté, non plus selon la nature divine qui le fait égal à son Père, mais, Verbe fait chair, en la personne d'un petit enfant assis sur les genoux d'une mère terrestre. Le Saint-Esprit apparaît comme tout à l'heure, debout derrière le siège élevé sur lequel est assise Marie, car c'est par l'opération du Saint-Esprit que Jésus a été conçu. Mais, ici, la chaise n'est pas voilée comme les chaires épiscopales, afin de marquer que celle qui est assise, quoique la plus haute des créatures, est à une distance infinie du Créateur. L'universalité du royaume du Christ est symbolisée par les trois Mages, représentant l'Église entière des Gentils. Enfin, comme application aux individus de cette rédemption universelle, le Christ est représenté, dans le groupe voisin, rendant la vue à un aveugle; il tient dans sa main un volume roulé, soit comme symbole de sa divine mission, soit pour montrer que sa doctrine seule a le pouvoir d'ouvrir les yeux aveuglés du genre humain. Retournant maintenant vers la gauche du sarcophage, à la rangée supérieure, nous y voyons Notfe- Seigneur, le bâton du commandement à la main, changeant

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l'eau en vin et multipliant les pains : réunion de deux miracles qui, dans l'art chrétien, unis ou séparés, représentent toujours l'Eucharistie. Et enfin, comme emblème des effets de cette divine nourriture, pour montrer que • celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie étemelle, et je le ressusciterai au dernier jour, • un troisième groupe, trèsmutilé, mais reconnaissable, représente la résurrection de Lazare. Au-dessous de ces deux sujets eucharistiques, nous voyons saint Pierre, auquel a déjà été confié le bâton du commandement, recevant de son maître cet avertissement solennel : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. • Le geste de Notre-Seigneur, et le coq posé devant l'apôtre, indiquent clairement le sens de cette scène, tandis que la verge que tient saint Pierre montre que sa chute même ne le privera pas de ses grandes prérogatives, et que, une fois converti, il « confirmera ses frères. • Le groupe qui suit représente saint Pierre conduit en prison. L'apôtre est reconnaissable à sa barbe et aux traits de son visage, con-formes au type traditionnel. Les satellites d'Hérode Agrippa portent la coiffure juive. Chose remarquable, et que nous avons déjà fait ressortir, même captif, même traîné en prison, Pierre tient à la main son bâton, car « la parole de Dieu n'est pas enchaînée, » et ni les soldats juifs ni les soldats romains ne pourront enlever au prince des apôtres et à ses successeurs le sceptre spirituel par lequel ils gouvernent l'Église de Jésus-Christ. L'emprisonnement de saint Pierre, suivi de sa miraculeuse délivrance, fut la cause de son voyage à Kome : aussi les chrétiens de Rome se plaisaient-ils à multiplier sur les tombeaux la représentation de cette scène : ils y voyaient un symbole de t ce saint siège du bienheureux Pierre par lequel, t selon la parole de saint Léon, Rome « fut faite une ville royale et sacerdotale, la tête du monde, étendant son empire plus loin par la religion qu'elle l'avait fait jadis par les armes*. • Le groupe qui suit, très-mutilé,

I. Serm. I in Nat. Apost. Voyez Corn, a Lap., sur les Act. apost,^ II, 17.

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représente Moïse frappant le rocher, et le peuple d-Israël se désaltérant dans Teau qui en jaillit. Nous avons vu, à propos des verres trouvés dans les catacombes, quelle est la signification symbolique de ce sujet, dans lequel Moïse représente saint Pierre, et en lui le sacerdoce chrétien, touchant avec la verge de la parole le roc divin d'où coule la grâce qui désaltère l'Israël véritable. Au milieu de la rangée inférieure, un autre groupe appelle notre attention. Il représente Daniel dans la fosse aux lions. Dieu, sous la figure d'un vieillard, le protège : un jeune homme, vêtu d'une simple tunique, apporte au prophète une corbeille de pains : un personnage barbu , qui rappelle la figure du Verbe dans le groupe de la Trinité, semble tenir ce dernier par les cheveux. Il est difficile de ne pas reconnaître dans le jeune homme qui présente les pains à Daniel le prophète Habacuc, que « l'ange du Seigjneur prit par le sommet de sa tête... et mena à Babylone au-dessus de la fosse, dans la force de son esprit. Alors Habacuc cria, disant : Daniel, serviteur de Dieu^ prends le repas que Dieu t'a envoyé*. » Ce groupe se rencontre fréquemment dans les fresques et les bas-reliefs. On le voit dans la plus ancienne catacombe romaine; on le retrouve dans les peintures du xi* siècle qui ornent l'église souterraine de Saint-Clément. Le continuateur du Liber pontificalis dit que Grégoire IV orna des panneaux d'autel d'images dorées représentant Daniel dans la fosse aux lions. Les écrits des anciens Pères nous apprennent que les fidèles voyaient dans Daniel un symbole du martyr chrétien, quelquefois comme lui respecté par les bêtes de l'amphithéâtre, toujours victorieux de ceux qui peuvent seulement tuer le corps, et consolé dans la prison où il attend le supplice par la présence du prêtre qui lui apporte le pain eucharistique*.

I. Dan., xrv, 3^*3^* Oans rAncien Testament V c Ange du Seigneur » représente souvent le Verbe. Petav., Dogm. TAeoLj de Trin.,

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