IV. — LES DEUX FÊTES DE LA CHAIRE DE SAINT PIERRE
Personne, dans l'antiquité et pendant tout le moyen âge, ne douta que saint Pierre eût fondé l'Église de Rome et en eût fait le siège de la primauté divinement établie. Ce fait historique fut contesté pour la première fois au xvi» siècle. A cette époque, des controversistes protestants, pressés par les apologistes catholiques, essayèrent de tourner, en quelque sorte, la position que ces derniers
I. Page loa. Parmi les inscriptions toat à fait primitives trouvées dans ce cimetière, et appartenant aux confins de l'âge apostolique, nous avons omis de noter celles découvertes en 1870, et précieuses à cause des titres ecclésiastiques qu'elles mentionnent : avr(^/imj). hbliooorvs. prt. {jpresbyter), — 9AVOR. LBCTOR. TertulUeu fait mention de la charge de lector, et certains écrivains ont soutenu qu'elle n'existait pas avant le m* siècle : il est intéressaht ' d'èti ' trôiii^ér, dans le cimetière même où saint Pierre a siégé, des exemples bien ^uité^ioui^S à- cette époque. BulL di arch, crist,, 187I1 p> |o-34> — Outre le cimetière d'Qstria^us, .il existe, à onze ou douze milles de Rome, près de Tusculum, un lieu appeli^^ da^s un diplôme de 955, locus ubi dicitur sella Pétri : peut-être était-il conserva en cet endroit une copie de la sella apostolicœ confessionis, comme Ennodius' appelle ia chaire originale du Vatican : peut-être une tradition, dont il n'est resté aucun autre vestige, rapportait-elle que saint Pierre avait, soit pendant quelque temps, soit dans une circonstance paniculière demeurée, inconnue, siégé en ce \ïeu^ Bull, di arch. crist., 187», p. 103.
Digiti
occapaienc sur le roc inexpugnable de l'Ecriture sainte, de la tradition et des Pères : ils déplacèrent habilement le terrain du combat^ substituant à la discussion théologique la controverse historique. Ils crurent ruiner le fondement du catholicisme en soutenant que saint Pierre ne vint pas à Rome, ne fit point de Rome le siège de sa juridiction apostolique, et n'arrosa point de son sang le premier anneau de cette longue chaîne de pontifes dont l'histoire se confond avec celle du christianisme lui-môme. Nous ne discuterons pas ici cette opinionjabandonnèe aujourd'hui par la critique la moins orthodoxe ^ Nous la rappelons seulement parce qu'elle se lie à l'histoire liturgique de la chaire de sa'mt Pierre. • Ce fut, dit le R. P. Guéranger, pour opposer l'autorité de la liturgie à une si étrange prétention des Réformateurs que Paul IV, en 1558, rétablit au 18 janvier l'antique fête de la chaire de saint Pierre à Rome, car, depuis de longs siècles, l'Église ne solennisait plus le mystère du pontificat du prince des apôtres qu'au 22 février, où l'on réunissait la chaire d'Ancioche à celle de Rome. Désormais, ce dernier jour fut assigné à la seule chaire d'Antioche, la première que l'apôtre ait occupée*. » Tous les martyrologes, à partir du viir» siècle, désignent ce jour conmie Cathedra Pétri in Antiochia^ ou apud Antiochiam, ou qua sedit apud Arttiochiam. M. de Rossi fait remarquer que les documents antérieurs au vin® siècle ne contiennent aucune allusion à Antioche à propos de la fête du 22 février. La liturgie grégorienne intitule simplement ce jour Cathedra sancti Pétri *, et dans un manuscrit de cette liturgie sont même ajoutés expressément les mots in Roma. A l'époque de saint Léon le Grand, cette fête était célébrée dans la basilique Vaticane avec un grand concours d'évêques, et s'appelait Dies Apostoli; dans le calendrier Buchérien, qui indique les plus grandes fêtes de l'Église romaine après la persécution de Dioclétien, elle est indiquée comme Natale Pétri de Cathedra. Le sermon sur cette fête attribué à saint Augustin ne fait aucune mention d'Antioche : on y lit ces paroles : f Nos pères ont donné à cette solennité le nom de la Chaire (cathedra)^ parce que Pierre, le premier des apôtres, est dit avoir reçu en ce jour la chaire de Tépiscopat. C'est donc avec raison que les Églises célèbrent la fête de ce siège (sedis^ fondé par l'apôtre pour le salut de toutes les Églises^. •