‹ Rome souterraineChapitre 278 sur 326 · SAINT-CLÉMENT DE ROME · texte numérisé non relu

SAINT-CLÉMENT DE ROME

Sommaire. — Notions préliminaires. — I. La BASix.iq]DB sup£k.ibv&b. — Date de sa construction. — Erreur de beaucoup d'archéologues à ce sujet. — Conjecture de Panvinius. — Inscriptions du tombeau du cardinal Anastase, — de la chaire placée au fond de la basilique. — Fouilles faites par M. de Rossi en i8$8, — continuées par le P. Mullooly. — Idée de leurs résultats. — II. La basili^ub iNpiRiBunE. — Sa date. — Texte de saint Jérôme. — Lame de bronze d'un esclave de Victor, acolyte de la basilique, dans la première moitié du iv* siècle. — Époque de Tensevelissement de la basilique, — déterminée par l'histoire du «• siècle, — et par la date des peintures. — Époque où elle fut comblée à l'intérieur. — III. Lbs cHAMBREt DU i" ou ii« SIÈCLE. — Leur description. — Firent-elles partie de la maison habitée par saint Clément sur le Celius? — Arguments qui militent en faveur de cette tradition. — Escalier mettant ces chambres en communication avec la basilique. — Statue du Bon Pasteur trouvée dans ces chambres. — IV. Le spelaeum de Mith&a. — Sa description. — Créé au m* siècle. — Autel. — Podia. — Imitation des usages chrétiens. — Origine de ce spelaeum, — - construit par les païens, au m* siècle, dans un lieu confisqué sur les chrétiens pendant une persécution, — restitué aux chrétiens après la paix de l'Église. — Substructions en tuf volcanique appartenant à la Rome royale ou républicaine.

Une étude , si brève qu'elle soit , de la Rome souterraine chrétienne ne serait pas complète si, après avoir décrit les antiques cimetières de la campagne romaine, elle n'indiquait les résultats des fouilles merveilleuses qui , dans ces dernières années, ont fait découvrir, au centre même de Rome, un monument souterrain donc quelques parties se rapportent peut-être aux origines tout à fait primitives du christianisme : nous voulons parler de la basilique de Saint-Clément et de ses dépendances. La note que Ton va lire ne contiendra pas une description des édifices accumulés , sur, terre et

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sous terre, dans un espace de quelques mètres, entre le Celius et TEsquilin : il faudrait, pour cela, un livre entier, et nous disposons d'un petit nombre de pages. Nous nous bornerons à établir, aussi nettement que possible, l'ordre et la chronologie des monuments découverts à Saint-Clément, prenant pour guide une lumineuse étude publiée en 1870 par M. de Rossi *, ep renvoyant aux ouvrages spéciaux du R. P. Mullooly * et de M. Roller ' le lecteur désireux d'une description détaillée des particularités architecturales, des œuvres d'art et des peintures.

I. — LA BASILIQUE SUPERIEURE. — DATE DE SA CONSTRUCTION. — IDE'e GÉNÉRALE DES FOUILLES.

Quand, après avoir traversé un bel atrium orné de portiques, on entre dans la basilique de Saint-Clément, et que, oubliant volontairement les restaurations maladroites du xvn« et du xvm* siècle , on promène son regard des mosaïques de l'abside, tout imprégnées encore des vieilles traditions symboliques, aux ambons du chœur, à Vopus alexandrinum qui lui sen de pavage, aux grilles et aux balustrades de marbre qui entourent la schola cantorum^ à la chaire épiscopale placée au fond du presbyterium, l'impression que Ton ressent est tout antique, et Ton se croirait volontiers transporté dans une basilique constantinienne. Telle a été, jusqu'à ces derniers temps, la croyance générale : on prenait la basilique actuelle pour celle que vit et dont parle saint Jérôme, l'opinion publique la faisait, par conséquent, remonter au iv« siècle, et l'on supposait que les quelques détails vraiment antiques qui s'y rencontrent se trouvaient à leur place primitive. Il faut reconnaître qu'une harmonie merveilleuse relie entre elles les diverses parties de la basilique : le visiteur qui , sortant des catacombes, retrouve, sur les mosaïques de Saint-Clément, les palmiers, les agneaux, les guirlandes de fleurs et de fruits, les colombes, la grande vigne mystique, oublie volontiers qu'il a

I. Bulletino di archeologia cristiana, 1870, p. lap-iôS. Cf. BuîUttino, i8tfj, p. 8-14, 2$-3i, S9, 89Î «864, i'6y 40, 79; ï8(î$, 23, 3a; 18(57, 3$; "870, ia$-

a. Saint Clément, pope and martry, and his basilica in Rome, by Rev. J. Mallooly, Roma, i86ç.

}. Th. RoUer, Saint-Clément de Rome, Paris, Didier, 1873. — Revue archéologique, 187a, p. 6$-73, ia9-i4i, a90-a9tf; 1873, p. 101-103, i3$-i47» 389-299.

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sous les yeux les compositions d'un ardsce du xnr siècle : il se rappelle les cimetières de Domitille et de Prétextât, le baptistère de Constantin , l'église de Santa-Costanza : il se sent dans un édifice où le iv«, le v« et le vi« siècle semblent avoir laissé partout leurs traces.

Cette impression, dont, aujourd'hui encore, il est difficile de se défendre, ne saurait, même en faisant abstraction des découvertes des quinze dernières années, résister à une critique exacte. Dès le xvi« siècle, le grand érudit Panvinius avait deviné la date de la basilique. Parlant du cardinal Anastase, mort au commencement du xn« siècle : • Son tombeau, dit-il, existe encore dans cette église, qu'il a reconstruite de fond en comble, • quant afundamentis refecit. Ciacconio nous a conservé l'inscription de ce tombeau, encore placé, au xvi* siècle, sous le portique de Saint-Clément. On y lisait les vers suivants :

(DVDVM) 15, SANCTE PATER CLEMENS, TVA TEMPLA NOVA VIT, CVIVS IN HOC TVMVLO PVLVIS ET VMBRA lACENT.

MORIBVS EGREGIIS ET VITA PRESBYTER VRBIS FVLSIT : ANASTASIVS NOMINE DICTVS ERAT...

c( Celui dont la poussière et Tombre gisent dans ce tombeau a reconstruit ton temple, 6 notre père saint Clément : prêtre romain, il brilla par l'éclat de sa vie et l'excellence de ses mœurs : Anastase était son nom, etc. »

Un regard jeté sur la chaire placée au tond de l'abside de la basilique confirme ce renseignement : on y lit gravée cette inscription : ANASTASIVS PRESBYTER CARDINALIS HVIVS TITVLI HOC OPVS CEPIT PERFECIT, • Anastase , cardinal prêtre de ce titre, commença et termina ce travaU , • c est-à-dire cette église. Le cardinal Anastase était contemporain du pape Pascal II, et sa signature se retrouve, en 1125, sur un diplôme du pape Honorius II.

La date de la basilique actuelle est donc parfeitement déterminée : elle a été reconstruite (novata, a fundamentis refecta) à la fin du xi« ou au commencement du xn« siècle, et substituée, à cette époque, à l'antique édifice dont parle saint Jérôme.

I^es fouilles modernes ont mis en lumière cette conclusion^ en faisant retrouver^ sous la basilique actuelle , les restes de l'édifice primitif, dont la construction et l'omemenudon présentent les traces successives de diverses époques, du rv« au xi« siècle, et en révélant,

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APPENDICE, sSt

au-dessous de cette première basilique, d'autres moaument&du plus grand intérêt, découverts en même temps qu'elle. L'ensemble de ces découvertes est un des épisodes les plus remarquables et les plus instructifs que nous ofiFre l'histoire de l'archéologie contemporaine.

En 1858, M. de Rossi fut chargé par le gouvernement pontifical de faire des fouilles derrière l'abside de la basilique de Saint-Clément. Ces fouilles le conduisirent dans l'abside d'une seconde basilique, cachée sous terre, et, de là, à un étage inférieur, dans plusieurs chambres dont le style appartient à l'époque impériale ; à la suite de ces chambres, et un peu plus bas qu'elles, d'autres constructions, plus massives et beaucoup plus anciennes, furent reconnues par le savant explorateur. Grâce aux fouilles poursuivies depuis cette époque sous la direction du P. Mullooly, supérieur des Dominicains irlandais attachés à la basilique de Saint-Clément, cette première découverte n'est point demeurée stérile. Les monuments retrouvés ont été déblayés et consolidés avec le plus grand soin ; de nouvelles découvertes sont venues récompenser ces efiforcs intelligents, et aujourd'hui l'on peut reconnaître, sous l'église du xn« siècle, une réunion de monuments vraiment extraordinaire : i*' une basilique inférieure, égale en longueur à celle construite à la surface du sol ; 2'* SOUS la nef de la baj>ilique inférieure, un immense massif de murailles, remontant au commencement de la république, peut-être même à l'époque des rois ; 3° sous l'abside de la basilique inférieure, et communiquant avec elle par un antique escalier, deux chambres ornées de stucs, qui semblent du n* siècle; 4» communiquant avec ces chambres, un vaste appartement artificiellement converti en caverne et ayant servi au culte de Mithra. Nous décrirons successivement chaque partie de cette singulière c stratification • de monuments.

Ainsi, sur le versant du Celius où s'élève la basilique de Saint- Clément, on peut trouver, dans le sol romain, des couches différentes de monuments, absolument comme le géologue retrouve, dans des terrains superposés, les restes d'animaux disparus, ayant appartenu à des périodes successives de l'histoire de la création. Sous l'édifice du moyen âge s'étend la basilique du iv« siècle; sous celle-ci apparaissent des chambres d'un édifice privé du i*' ou du ii« siècle, et, à un niveau un peu plus bas, on rencontre des vestiges de la Rome républicaine ou royale. Et l'élévation du terrain, la formation des couches différentes, ont été si rapides que deux siècles ont suffi pour

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que la basilique du iv« siècle s'élevât sur la maison du n*. M. de Rossî s'appuie sur un exemple aussi frappant pour recommander aux archéologues l'étude des divers niveaux que les édifices publics et privés de Rome ont occupés aux périodes successives de son histoire. Déjà, sur le Palatin, on a retrouvé la maison de Livie construite à un niveau plus bas que celle de Tibère *. La caserne de la vn« cohorte des Vigiles, dans le Transtevere, dont les graffites correspondent à la dernière moitié du n* siècle, est enterrée sous le niveau de l'église voisine de Saint-Chrysogone, qui passe pour contemporaine de Constantin. Il y a donc, en certaines parties de Rome, comme crois villes superposées : celle de la république, celle de l'empire, celle de Constantin; en certaines autres, comme à Saint-Clément, quatre villes : celle de la république ou des rois, celle de l'empire, celle de Constantin, celle du moyen âge, qui déjà elle-même s'enfonce dans le sol, car la basilique du xn* siècle est aujourd'hui à un niveau un peu plus bas que la rue qui passe devant elle, f Quiconque, dit M. de Rossî, se donnera la peine d^enrichir le plan de Rome de sections verticales de ses difiFérents niveaux et de ses couches monumentales, en étudiant avec soin ses souterrains et les fondations des édifices modernes et du moyen âge, rendra un service signalé à l'archéologie et à la direction méthodique des fouilles : et il cueillera une palme plus glorieuse et plus féconde que peut-être il ne l'imagine*. »

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