PETR O NEL LA MART
Petroneîla mart (yr). Le sujet est évidemment la matrone Veneranda reçue dans le jardin du paradis par sainte PétroniUe, près du tombeau de laquelle elle avait été enterrée ^ Cette fresque appartient au iv« siècle, et M. de Rossi croit pouvoir l'attribuer à sa première moitié. L'omission du préfixe Sancta devant Petroneîla est un indice d'antiquité. Le titre de martyr a été ajouté ici, contrairement à la vérité historique, soit par ignorance, soit pour faire un plus grand honneur à la sainte: il existe d'assez nombreux exemples d'une erreur semblable*.
1. Sur la dévotion qui portait les fidèles des premiers siècles à se faire enterrer prés des tombeaux des saints, et sur la confiance qu'ils mettaient dans l'intercession de ceux-ci, il faut ajouter à ce que nous avons dit pages 119, 154, $51, une admirable dissertation de M. de Rossi, trop longue pour être résumée ici, dans le Bullett, di arch. crist., 1875, p. i8-)a.
2. Sainte PétroniUe est qualifiée de martyre dans la vie de Léon III au Liber pont., S "o; dans les anciens itinéraires, le même titre est donné à sainte Pudentienne, à S. Cyriaque, qui ne furent point martyrisés, et même a de$ papes postérieurs au tnomphe de l'Église, comme Marc, Jules, Dataase, Innocent, Boniface.
6i2 ROME SOUTERRAINE.
Le cubiculum dans lequel fut enterrée Veneranda était certainement très -rapproché de la sépulture de sainte Pétronille. M. de Rossi conjecture que le sarcophage où reposait celle-ci, et qui fut transporté au Vatican en 755 , était placé dans le passage voûté ouvert à droite de Tabside, ce qui permettait de le vénérer et de l'intérieur de la basilique et des galeries situées derrière elle*. Par la date de leur construction, comme par les nombreux graffites qui se lisent sur leurs murailles, ces galeries paraissent avoir servi de chemin, après le iv« siècle, à la foule pressée des pèlerins : on y accédait par Tescalier don: j*ai parlé, construit lui-même sur l'emplacement d'un antique ambulacre, et dont les marches ont été usées par de nombreux visiteurs.
S 4. Les inscriptions des Flaviens,
Les découvertes que nous venons de raconter ne sont pas \^ seules qu'avait espérées M. de Rossi en reprenant, après vingt ans d'interruption, les fouilles entreprises dans cette partie de la catacombe de Domitille. On se souvient que lorsque, en 1865, l'illustre archéologue eut mis au jour, à Tor- Marancia, le vestibule monumental qui donne accès dans une autre partie de la catacombe, il crut y reconnaître l'entrée du tombeau d'un Flavien chrétien : et l'on n'a pas oublié les considérations si intéressantes et si neuves qu'il a émises, à ce propos, sur la légalité des sépultures chrétiennes primitives*. Une précieuse trouvaille, faite parmi les innombrables débris de marbres qui encombraient Taire de la basilique et les galeries environnantes, permet sinon encore d'a&mer, au moins de conjecturer que l'hypogée dans lequel furent enterrés Pétronille, Nérée
I. M. Lefort s'est demandé si le sarcophage de Pétronille n'avait pas plutôt été vénéré dans la partie conservée de l'édifice constantinien, qui fermait la nef droite, et formait à son extrémité comme une salle séparée, à laquelle on accédait de la catacombe par une galerie, et de la grande nef par l'espace laissé libre entre sa dernière colonne et Tante du presbyterium. Dans cette hjpothése, l'édifice du commencement du iv« siècle, qui fut plus tard englobé dans la basilique de Sirice, se serait composé de deux salles contiguës, l'une ajant renfermé le tombeau de Nérée et Achillée, et plus tard ayant été détruite pour faire place à l'extrémité de la grande nef et au prèsbyurium, l'autre ayant renferme le tombeau de Pétronille, et ayant été conservée à l'extrémité de la nef latérale droite. Revue archéologique, juillet 1875,
a. Voir page iio, et surtout notre livre I, ch. ui, p. 63-84.
Digiti
et Achillée, avait, lui aussi, une entrée distincte et publique : M. de Rossi a découvert un fragment de marbre, qu'il suppose avoir fait partie du titulus qui en surmontait la porte; on y lit ct^ lettres :
. RVM ORVM
au-dessous desquelles est gravée Fancre cruciforme , un des plus vieux symboles chrétiens*. Par leur paléographie, elles appartiennent certainement à une époque plus ancienne que les inscriptions que Ton trouve communément dans les catacombes. N'étaient les apices un peu exagérés de ces lettres, le consciencieux archéologue serait tenté de les croire contemporaines de la fin du i*' siècle. Qui sait si un second fragment du même marbre ne permettra pas de compléter l'inscription, et si Ton ne lira pas alors ce précieux titulus:
SEPVLCRVM FLAVIORVM }
La place occupée, dans la partie inférieure du marbre, par l'ancre, qui marque certainement le milieu de sa longueur, autorise cette conjecture, car le nombre des lettres qu'il faudrait, dans l'état actuel, ajouter à l'inscription incomplète pour rétablir la symétrie, s'accorderait sans difficulté avec la leçon proposée. Derrière l'abside de la basilique a été en outre trouvé un cippe sépulcral, qui du sol extérieur avait été précipité au second étage de la catacombe : il porte sur ses deux faces cette inscription: LOCVS SACER SACRI- LEGE CAVE MALV (m). Peut-être était-il placé à l'entrée extérieure de l'hypogée, pour avertir les sacrilèges du caractère reli-gieux que la loi donnait à ce lieu, et des peines qui en châtieraient la violation : rien ne s'opposait à ce qu'une semblable menace fût inscrite sur une sépulture chrétienne.
L'ordonnance primitive de l'hypogée où reposèrent Pétrônille et les deux martyrs fut bouleversée, à la fin du iv* siècle, par la construction de la basilique. Il est difficile d'en rétablir le plan ; mais celles des anciennes galeries qui ne furent pas alors détruites paraissent remonter à une date très-reculée : elles sont d'une grande élévation, leur sol ayant été abaissé alors qu'elles étaient déjà remplies