DE L'ÉDIT DE MILAN AU SAC DE ROME PAR LES GOTHS
SoMMÂiai. — Les cimetières souterrains cessent peu à peu d'être en usage après la paix de l'Église. — Basiliques érigées sur les tombes des martyrs.
— Dommages que ces travaux causent aux catacombes. — Dévotion de saint Damase pour les catacombes. — Les travaux qu'il y fait ùàre, — Ses inscriptions. — Les catacombes visitées comme lieux de pèlerinage. — Visite de saint Jérôme (A. D. 354). — Description, par Prudence, du cimetière de Saint-Hippolyte. — Dommages causés aux catacombes par une dévotion indiscrète. — Exemples. — Les catacombes passent de l'adminittration des prêtres à celle des fossores. — Elles cessent d'être des lieux de sépulture.
— Prise de Rome par Alaric (A. D. 410).
Avec la conversion de Constantin et Tédit de Milan commence une nouvelle période de Thistoire des catacombes. Melchiade, le premier pape qui ait habité le palais de Latran, est aussi le dernier qui ait été enterré dans le cimetière de Saint-Calliste , in cœmeterio Callisti in crypta. Sylvestre, son successeur, fut déposé in cœmeterio Priscillœ y c'est-à-dire dans une basilique élevée au-dessus de ce cimetière, sans doute par lui-même, et qui conserva son nom. Marc, successeur de Sylvestre, fut enterré de même dans le cimetière de Balbine, in basilica quant cœmeterium constituit; ce qui veut dire sans doute qu'il construisit une petite basilique ou cella memoriœ auprès d'un hypogée déjà existant, choisit cette basilique pour y abriter sa sépulture, et y attacha un prêtre sous la direction duquel fut mis l'hypogée, élevé ainsi à la dignité de cimetière administré par l'Église. On pourrait citer d'autres exemples encore de papes enterrés dans des basiliques élevées au-dessus du sol. L'usage des
catacombes ne fut pas cependant abandonné ; mais on comprend que l'exemple des papes ait été suivi, et que peu à peu les tombeaux creusés soit dans les basiliques, soit autour d'elles à ciel ouvert, se soient multipliés au détriment des sépultures souterraines. Ce changement commença à se faire sentir sous les fils de Constantin. Les inscriptions à dates consulaires venues jusqu'à nous indiquent approximativement dans quelles proportions réciproques se trouvèrent bientôt, l'un comparé à l'autre, les deux modes de sépulture. De 338 à 360, les deux tiers des enterrements se font sous terre, un tiers déjà au-dessus du sol. Le court empire de Julien et ses essais de persécution ne changèrent pas la proportion établie. Après lui, l'usage des cimetières souterrains déclina rapidement, et celui des tombeaux creusés à ciel ouvert s'enracina de plus en plus. De 364 à 369, l'égalité s'établit entre les deux modes de sépulture. Tout à coup, en 370 et 371, cette proportion change; la presque totalité des épitaphes appartenant à ces deux années provient de tombeaux souterrains. Quelle est la cause de ce retour subit? la suite de l'histoire des cimetières va l'expliquer. Dès que la paix eut été rendue à l'Église, le premier soin des chrétiens fut d'honorer les reliques des martyrs dont les corps étaient déposés dans les profondeurs des diverses catacombes. Des basiliques plus ou moins somptueuses furent élevées sur leurs sépulcres. On ne voulut pas les déplacer; on construisait au-dessus d'eux, au même niveau ou à un niveau un peu supérieur, l'oratoire disposé de telle façon que l'abside se trouvât au-dessus du tombeau, et que Fautel le surplombât perpendiculairement. Mais, pour donner place à ces constructions, il fallut souvent couper la surface du sol, et mettre à nu la catacombe jusqu'au premier ou second étage où reposait le martyr; de là la démolition de plusieurs galeries, la destruction d'une multitude de monuments des âges primitifs, le c massacre • d'un nombre incalculable de loculi. On peut s'en rendre compte en voyant comment a été taillée la colline vaticane derrière Saint-Pierre, celle qui est en face de Saint-Paul-hors-des-
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Murs, ou mieux encore en examinant les galeries et les chambres restées visibles dans la colline qui a été dévastée pour recevoir les fondements de la basilique de Saint-Laurent in agro Verano. Quand le tombeau était placé au deuxième étage de la catacombe, comme à Sainte-Agnès, on descendait dans la confession par une longue suite de marches. Une pareille dévotion entraînait de grands sacrifices, puisque, pour mettre à découvert le sépulcre d'un martyr, il fallait détruire la tombe de centaines de fidèles. Cette dévastation des catacombes ne pouvait plaire à la piété réfléchie du pape Damase. Quelque ardent qu'il fit à rechercher les corps des martyrs et à fomenter la dévotion à leurs reliques, il trouva les moyens de satisfaire sa piété sans détruire le caractère et l'aspect des cimetières souterrains. Quand les édits de Dioclétien avaient enlevé à la communauté chrétienne la propriété des cimetières, pour la transférer au fisc, et par lui à des acquéreurs étrangers, les chrétiens, jaloux de rendre inviolables les tombes des saints et des martyrs, avaient eu soin, avant de les abandonner, de bloquer et de boucher avec de la terre les galeries qui y conduisaient. On voit encore, dans le cimetière de Calliste, et nous retrouverons, en l'étudiant, des traces non équivoques de ce moyen suprême de défense. Retrouver ces tombes, dont la situation précise n'était plus connue que par la tradition, fut l'œuvre pieuse des siècles de paix. Saint Damase s'y consacra avec ardeur. Le Livre pontifical dit que multa corpora sanctorum martjrrum requisivit et invenit. Lui-même, dans l'éloge métrique du martyr Eutychius, écrit ces mots : QViERiTUR, inventvs colitvr, et, dans celui des martyrs Prolus et Hyacinthus, il décrit avec enthousiasme les tombeaux découverts :
Sanctorum monumenta vides patefacta sepulcris : Martyris hic Proti tumulus jacet atque Hyacinthi; Quem cum jamdudum tegeret mons, terra, caligo, etc.
a Vous voyez les monuments des saints enfin rendus à la lumière : voici la tombe du martyr Protus et de Hyacinthus ; autrefois elle était enveloppée de ténèbres, cachée par un amas de terre, etc. »
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Telle fut l'œuvre de saint Damase dans les cimetières. Il fit enlever la terre amoncelée dans les galeries, élargir les passages, afin de donner accès à la foule croissante des pèlerins, construire des escaliers descendant aux plus illustres sanctuaires ; il orna les chambres de marbres précieux, fit entrer Tair et la lumière dans les souterrains, consolida par des contre-forts de brique ou de pierre les murs et les voûtes dont le tuf friable menaçait de s'effondrer. Presque toutes les catacombes portent des traces de ces travaux^ et les découvertes modernes mettent chaque jour en lumière des fragments des inscriptions composées par lui en l'honneur des martyrs. Elles avaient été gravées sur des plaques de marbre par un calligraphe qui fut un véritable artiste, Furius Dionysius Filocalus. On ne connaît aucune inscription damasienne gravée par une autre main, et Furius Dionysius Filocalus paraît n'avoir jamais gravé d'autres inscriptions que celles composées par le pape Damase. Quiconque a la moindre connaissance de Tépigraphie chrétienne est familier avec le type si beau, si régulier créé par ce graveur, et baptisé par la science du nom de caractère damasien^.
Les années 370 et 371, pendant lesquelles un mouvement de retour vers l'usage des sépultures souterraines se fit sentir, correspondent à l'époque où saint Damase exécuta ses grands travaux dans les catacombes. Les fidèles auxquels il facilitait l'accès près des corps des martyrs, et dont il entretenait la dévotion par ses belles et touchantes inscriptions, revenaient de ces lieux vénérés avec le désir de reposer, eux aussi, dans le voisinage des saints. Quelques-uns, comme le prêtre saint Barbazianus, furent pris d'un tel amour pour les catacombes, qu'ils se construisirent près d'elles de petites cellules, et, vivants, se firent les gardiens des morts. Saint Jérôme dépeint sous de vives couleurs les sentiments qui agitaient un jeune chrétien de cette époque, nourri de la Bible et familier avec les poètes