‹ Romeo et JulietteChapitre 10 sur 25 · MONTAIGU, ROMEO · texte numérisé non relu

MONTAIGU, ROMEO

Romeo.

Souffrez à vos genoux.

Que j'ofe avec refpeft vous attendrir pour vous,

Que de vos longs chagrins plus touché que vous-même. Je m’empreffe à calmer leur violence extrême.

Mais au feulnom de Tour d'où vient qu'en ce moment», Je vous ai vu faifi d'un foudain tremblement?

Montaigu.

Jeune homme, laiffe-moi.

Romeo.

Votre fort elt horrible.

Mais le Duc vous honore ; il n'eft; pas inflexible.

D'un mot fi vous vouliez. ...»

L Mon-

M o N T a i G u 3 ( remarquant les Drapeaux .)

A qui font ces Drapeaux ?

Romeo.

Seigneur, ils font le prix de mes heureux travaux, î) ans le dernier combat ....

Montaigu.

J’eftime le courage.

Qui donc es-tu?

Romeo.

Seigneur, ma gloire eft mon ouvrage*

Je ne fuis qu’un Soldat par degrés parvenu, ugitif dès l'enfance, à fon pere inconnu ,

À qui votre mifere arrache ici des larmes.

Ses traits & fesdiicours ont pour moi«quelques charmes, Tu plains donc mes ennuis ?

Romeo.

Au malheur deftiné

Ah ! Qui doit plus que moi plaindre un infortuné?

Montaigu.

Il fa'émeut !

Oui, Seigneur, je porte un cœur fenfible,

A ce cœur confiant, la.feipe eft impofîible.

De t ut mortel fouffrant Pafpeâ; m'eft douloureux.

La pitié

Montaigu.

Je te plains-, tu vivras malheureux.

Au comble du bonheur , Seigneur , j’aurois pu vivre.

Montaigu.

Conferve encor long-temps cette erreur qui t'enivre. Bientôt ces jours heureux s’écouleront pour toi.

Mon bonheur cependant eft placé près /de moi.

~ Mon*

TRAGEDIE

Montaigu.

J*excufe, eh la plaignant , ta facile imprudence, eune hom^ie, je le vois: la dâtteu e efpé ance^ Devant toi du bonheur applanit ies chemins.

Tu n'as pas encore lu dans le cœur ~âes humains.

Tu ne fah pas encore ce qu'un pareil abîme Peut cacher d'ardnce , & d’horreur , & de crime.* Jufqu'où ies fiions & l'oîgueil irrité Peuvent porter ieur haine & leur férocité.

Romeo.

Non, Seigneur; mais je fais ce que peut la nature* Ce u'eft un fi n re amour , une araeur vive 8c pure* Je fais fur-tout, je fais quVn des mômens fi doux , Le plus cher des penchans irferîfraîne ici vers vous; Qu en un combat pour ou , prêt à tout entreprendre* Con.r- qui que ce fût, je doufrôis vous défendre.

Ah1 daignez von- prêter à mcsJembradêmens ;

Ils font a*m cœur fans fard les vifs empreÆemens,

Je ous jure un re eft , un dévouement fincere.

Je fe* ai vo re dis , te ez-fnoi 1 eu ce pere.

Comme mes propres maux, je reflens vos douleurs. LaiïTez entre vos bras, lai'ffez cotiîer mes pleurs.} Mais p urquoi de votre ame écarter l'efpérance ?

Du deltin mieux que mVdV*oi>s fav*ez Pinçon ftance ; Peut-être un grand bonheur va vous être rendu. A-oiiciflez , cakmez vôtre ef^it éperdu:

Croyez que. . . . Mais je vois la cohorte odieufe Qui prête à vous- mener drtns urk tour affreufe. , . , «

Montaigu, aux Gardes en les fuiv£Cfif\

Je fuis prêt.

Attendez

Ami, va, fohge à toî3 Trouve enfin le bonheur , il n'eft p Fus fait pour moi.

( Les folJats mrfienm Montaigu. )

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