MONTAIGU, ROMEO
Romeo.
Souffrez à vos genoux.
Que j'ofe avec refpeft vous attendrir pour vous,
Que de vos longs chagrins plus touché que vous-même. Je m’empreffe à calmer leur violence extrême.
Mais au feulnom de Tour d'où vient qu'en ce moment», Je vous ai vu faifi d'un foudain tremblement?
Montaigu.
Jeune homme, laiffe-moi.
Romeo.
Votre fort elt horrible.
Mais le Duc vous honore ; il n'eft; pas inflexible.
D'un mot fi vous vouliez. ...»
L Mon-
M o N T a i G u 3 ( remarquant les Drapeaux .)
A qui font ces Drapeaux ?
Romeo.
Seigneur, ils font le prix de mes heureux travaux, î) ans le dernier combat ....
Montaigu.
J’eftime le courage.
Qui donc es-tu?
Romeo.
Seigneur, ma gloire eft mon ouvrage*
Je ne fuis qu’un Soldat par degrés parvenu, ugitif dès l'enfance, à fon pere inconnu ,
À qui votre mifere arrache ici des larmes.
Ses traits & fesdiicours ont pour moi«quelques charmes, Tu plains donc mes ennuis ?
Romeo.
Au malheur deftiné
Ah ! Qui doit plus que moi plaindre un infortuné?
Montaigu.
Il fa'émeut !
Oui, Seigneur, je porte un cœur fenfible,
A ce cœur confiant, la.feipe eft impofîible.
De t ut mortel fouffrant Pafpeâ; m'eft douloureux.
La pitié
Montaigu.
Je te plains-, tu vivras malheureux.
Au comble du bonheur , Seigneur , j’aurois pu vivre.
Montaigu.
Conferve encor long-temps cette erreur qui t'enivre. Bientôt ces jours heureux s’écouleront pour toi.
Mon bonheur cependant eft placé près /de moi.
~ Mon*
TRAGEDIE
Montaigu.
J*excufe, eh la plaignant , ta facile imprudence, eune hom^ie, je le vois: la dâtteu e efpé ance^ Devant toi du bonheur applanit ies chemins.
Tu n'as pas encore lu dans le cœur ~âes humains.
Tu ne fah pas encore ce qu'un pareil abîme Peut cacher d'ardnce , & d’horreur , & de crime.* Jufqu'où ies fiions & l'oîgueil irrité Peuvent porter ieur haine & leur férocité.
Romeo.
Non, Seigneur; mais je fais ce que peut la nature* Ce u'eft un fi n re amour , une araeur vive 8c pure* Je fais fur-tout, je fais quVn des mômens fi doux , Le plus cher des penchans irferîfraîne ici vers vous; Qu en un combat pour ou , prêt à tout entreprendre* Con.r- qui que ce fût, je doufrôis vous défendre.
Ah1 daignez von- prêter à mcsJembradêmens ;
Ils font a*m cœur fans fard les vifs empreÆemens,
Je ous jure un re eft , un dévouement fincere.
Je fe* ai vo re dis , te ez-fnoi 1 eu ce pere.
Comme mes propres maux, je reflens vos douleurs. LaiïTez entre vos bras, lai'ffez cotiîer mes pleurs.} Mais p urquoi de votre ame écarter l'efpérance ?
Du deltin mieux que mVdV*oi>s fav*ez Pinçon ftance ; Peut-être un grand bonheur va vous être rendu. A-oiiciflez , cakmez vôtre ef^it éperdu:
Croyez que. . . . Mais je vois la cohorte odieufe Qui prête à vous- mener drtns urk tour affreufe. , . , «
Montaigu, aux Gardes en les fuiv£Cfif\
Je fuis prêt.
Attendez
Ami, va, fohge à toî3 Trouve enfin le bonheur , il n'eft p Fus fait pour moi.
( Les folJats mrfienm Montaigu. )