FERDINAND, MONT AIGU , CAPULET* ROMEO, JULIETTE
Çardes de Ferdinand , Courtifans qui (ont à fa fuite , Officiers qui conduisent & accompagnent Montai gu, M O N T A TV G U.
( Aux Officiers qui le conduifent. )
Riiels! où veux-t-on m'entraîner?
Qui m'appelle en ces lieux- Qui m’y fait amener?
(a Ferdinand)
Qui vois- je?
Votre Duc. Craignjz-vous fa prérence?
7e n'ai point enver. vous ufé e violence.
Je vous ai, comme ami, mandé dans ce Palais ;
Pour prévenir la guerre avec les Capulets.
Les Capulets! O Ciel*
Ferdinand.
Quel tranfport vous agite!
Pourriez-vous fea’em nt diftinguer dans ma fuite Quel efl ce fang fatal contre vous animé?
Montaigu, montrant Capukt.
C'eft lui ; voilà l'objet que ma haine a nommé.
A ta haine en effet tu n/as dû reconnoitre;
Mais la mienne à fon tour prend plaifir à paroitre*
Et s'il faut....
Ferd inand, à Capulef.
Capulet, à quoi fert ce courroux ?
( à Montaigu . )
Montaigu , répondez. Hé! comment viviez-vous ;
B 4 Au
Au fein ^es bois caché , ce fort trille & fauvage D‘un Héros tel que vous, êtoit-il le partage?
Vous avez donc quitté mes Etats fans regrets?
-*Crois-ta qu’il foit fi'dur d’habiter les forets?
Ferdinand.
Mais né dans la grandeur , dans Péciat où nous Pommes , Quel charme y trouviez. vous ?
De n’y plus voir des hommes Ferdinand.
Lrur &fpe£t eft-il fait pour ofFenfer nos yeux?
Tu les aimeras moins en les ccnnoiflant mieux. Ferdinand.
Ces bois vous expofoient à leur féroce outrage.
C'eft à la Cour des Rois qu’il faut craindre leur rage.
Ferdinand.
Et vos enfans. . . .
Montaigu
Arrête , & rompt cet entretien.
Ferdinand.
On>*ls un sùr azile?
Montaigu.
Ils n’appréhendent rien.
Leur fort....
Montaigu.
Je te l’ai dit , laiffe la ce myflere.
Ferdinand.
Je refpe&e un fecret que vous voulez me taire.
Mais puis je fans douleur, fans être épouvanté ,
Voir Montaigu languir dans cette adverfité ?
Reprenez votre éclat, votre rang, votre gloire.
Je
Je n*en ai plus beloin.
Ferdinand.
O Ciel î Que dois-je croire ?
D’où vient ce défefpoir dans votre eiprit doublé?
Montaigu.
Du malheur.
Ferdinand.
( à part. )
De quels traits je le vois accablé/
( haut. )
Quel fort! dans mon Palais, oubliant tout le relie, Difiipez par degrés un chagrin fi funelle.
Pour vous les Capulets n’ont plus d'inimitié.
Pourrois-je à fes malheurs refufer a pitié ?
La pitié! toi! Grand Dieu! fi c’efl ’à mon partage. Rends-moi plutôt! cent fois leur haine & leur outrage, C A P U L E T.
Il pourroit t’exaucer.
C’eil là ce que je veux ,
En me laifiant en paix tu trahirois mes vœux.
Entre nos deux mailons la guerre elt éternelle.
Nous verrons qui des deux aura le fort pour elle.
Ce n’efi: pas la vi&oire où tendent mes defirs ;
Mais à t’ouvrir le fiang, je mettrai mes piaifirs.
Va, plus hardi que toi, plus cruel...
Tu peux l'être?
B S Moa
Mon parti régné ici.
Montaigu.
Le mien t’attend peut-être.
Il fuffit.
Montaigu.
A ton choix.
Ferdinand.
Hé quoi ! c’elt fous mes yeux Qu’éditent fans refpeft vos tranfports odieux ?
C eft ici , devant moi , qu'une égale furie Vo..s pouffe à déchirer le fein de la patrie.
Quel eft do c l’ennemi qui nous vient attaquer ?
Quels forts dois- je munir ? Quel polie ai-je à mirquer? C'eftvous qui dans Vé-'onne, armés par la vengeance, Rompez le frein lacré de toute obéilfance :
Et qui, pourvoie orgueil, chacun dans vos projets,
A la guerre civile entraînez mes fujetsî
Que me font ces lauriers moiflonnés à la guerre ,
Si vous percez l’Etat dont le C el m’a fait père ?
Ah ! n’êtes-voqs point ns avec un cœ r fi grand, D’ouvrir tant de tombeaux , de verfer tant de fang. Capulet.... Montaigu.... Sachez mieux vous connoître. Ayez quelque pitié u lieu qui vous vit naître.
Je ne vous parle ici que comme un Citoyen.
Mon peuple eft tout pour moi ; ma grandeur ne m'elt rien.
R o m e o, à Mcmtaigu.
Ah! Seigneur, calmez- vous. & chalfez tout ombrage. L’infortune a fans do te aig'i votre courage.
Sans haine & fans péril goûtez un fort plus doux. Votre efprit appaifé nous réunira tous.
Capu et vous eftime, & mon cœur vous révéré. J’aurai pour vous l’aipour qu'qn fils porte à fon pere.
A om i
Fer-
TRAGEDIE. i*f
Juliette.
Et moi je puis , Seigneur , jurer à vos genoux ,
Que la difcorde enfin va cefifer entre nous;
Et que mon pere ici, s’il a pu vous déplaire.
Plus qu'une injuïle haine a fuivi fa colere.
Ferdinand.
.Malgré vous, Montaigu * je vois couler vos pleurs;
Oui ; je pleure à la fois de rage & de douleur*
Voilà fa fille.
Ferdinand.
Hé bien! .. Venez, daignez me luivre, Romeo.
Oubliez vos chagrins.
Juliette*
Et confentez à vivre.
Je vivrois !
Ferdinand.
Quel motif vous en doit empêcher?
Romeo.
Pourquoi le taire, hélas!
Juliette.
Pourquoi nous le cacher ?
Ferdinand.
Apprenez moi....
Montaigu , ( en mettant la main fur fon fein.i ) C’eft là que ma douleur repofe.
Jamais, jamais mortel n’en connoitra la caufe.
Ferdinand.
Furieux !
Je le fuis: ne crois pas m’appaifer.
Je hais: tu dois tout craindre, & je puis tout ofer.
Ta Cour, tes Capulets, ton afpeft m’importune.
Mes transports , grâces au Ciel , palfent mon infortune.
( en montrant Lapuiet. )
Oui: puifqu’à mon fouhait, mon cœur peut le hair, Ce cœur défefpéré fe plaît à la fentir.
(Au Duc.)
Va, porte ailleurs tes vœux, ta faveur, ton eflime Mais cî ains dans ta grandeur qu ’onne t’entraîne au crime. Dans ton rang, maigre foi, /on eft fouvent trompé. Par vos ordres furpris l’innocent eft frappé.
Je ne t’en dis pas plus. Je demeure à Véronne.
J’y traîne avec plaifir l’horreur qui m’environne,
Et ma haine , & ma rage , & Ja mort , & l’effroi. Puiiïe aufïï mon deftin s’appefantir fur coi !
Pour tous les Capulets, Ciel! invente un fupplice Qui les comprenne tous, dont ma douleur jouifle iÀ Que ta fureur fur eux fervarit mon défefpoir,
ParoiÜé avoir été par-delà ton pouvoir.
Ferdinand.
Holà , Gardes , à moi.
Romeo.
Seigneur, qu’allez-vous faire?
Voyez fes cheveux blancs, refpeftez fa mifere.
Ferdinand, aux Gardes .
Il fuffit: j’ai parlé.
Montaigu.
Cruels! n’avancez pas.
Ou dans Pinftant plutôt donnez-moi le trépas.
Ferdinand.
( aux Gardes . ) (à Capulet 6? à Montaigu. )
Qu’on le garde avec foin. Vous avez cru peut-être, Que j aurois quelque peine à vous parler en maître.
Je connois les complots que je dois prévenir;
Et mon pouvoir encor fuffit pour vous punir.
Ici pour un moment , Gardes qu’on le retienne.