‹ Romeo et JulietteChapitre 8 sur 25 · FERDINAND, MONT AIGU , CAPULET* ROMEO, JULIETTE · texte numérisé non relu

FERDINAND, MONT AIGU , CAPULET* ROMEO, JULIETTE

Çardes de Ferdinand , Courtifans qui (ont à fa fuite , Officiers qui conduisent & accompagnent Montai gu, M O N T A TV G U.

( Aux Officiers qui le conduifent. )

Riiels! où veux-t-on m'entraîner?

Qui m'appelle en ces lieux- Qui m’y fait amener?

(a Ferdinand)

Qui vois- je?

Votre Duc. Craignjz-vous fa prérence?

7e n'ai point enver. vous ufé e violence.

Je vous ai, comme ami, mandé dans ce Palais ;

Pour prévenir la guerre avec les Capulets.

Les Capulets! O Ciel*

Ferdinand.

Quel tranfport vous agite!

Pourriez-vous fea’em nt diftinguer dans ma fuite Quel efl ce fang fatal contre vous animé?

Montaigu, montrant Capukt.

C'eft lui ; voilà l'objet que ma haine a nommé.

A ta haine en effet tu n/as dû reconnoitre;

Mais la mienne à fon tour prend plaifir à paroitre*

Et s'il faut....

Ferd inand, à Capulef.

Capulet, à quoi fert ce courroux ?

( à Montaigu . )

Montaigu , répondez. Hé! comment viviez-vous ;

B 4 Au

Au fein ^es bois caché , ce fort trille & fauvage D‘un Héros tel que vous, êtoit-il le partage?

Vous avez donc quitté mes Etats fans regrets?

-*Crois-ta qu’il foit fi'dur d’habiter les forets?

Ferdinand.

Mais né dans la grandeur , dans Péciat où nous Pommes , Quel charme y trouviez. vous ?

De n’y plus voir des hommes Ferdinand.

Lrur &fpe£t eft-il fait pour ofFenfer nos yeux?

Tu les aimeras moins en les ccnnoiflant mieux. Ferdinand.

Ces bois vous expofoient à leur féroce outrage.

C'eft à la Cour des Rois qu’il faut craindre leur rage.

Ferdinand.

Et vos enfans. . . .

Montaigu

Arrête , & rompt cet entretien.

Ferdinand.

On>*ls un sùr azile?

Montaigu.

Ils n’appréhendent rien.

Leur fort....

Montaigu.

Je te l’ai dit , laiffe la ce myflere.

Ferdinand.

Je refpe&e un fecret que vous voulez me taire.

Mais puis je fans douleur, fans être épouvanté ,

Voir Montaigu languir dans cette adverfité ?

Reprenez votre éclat, votre rang, votre gloire.

Je

Je n*en ai plus beloin.

Ferdinand.

O Ciel î Que dois-je croire ?

D’où vient ce défefpoir dans votre eiprit doublé?

Montaigu.

Du malheur.

Ferdinand.

( à part. )

De quels traits je le vois accablé/

( haut. )

Quel fort! dans mon Palais, oubliant tout le relie, Difiipez par degrés un chagrin fi funelle.

Pour vous les Capulets n’ont plus d'inimitié.

Pourrois-je à fes malheurs refufer a pitié ?

La pitié! toi! Grand Dieu! fi c’efl ’à mon partage. Rends-moi plutôt! cent fois leur haine & leur outrage, C A P U L E T.

Il pourroit t’exaucer.

C’eil là ce que je veux ,

En me laifiant en paix tu trahirois mes vœux.

Entre nos deux mailons la guerre elt éternelle.

Nous verrons qui des deux aura le fort pour elle.

Ce n’efi: pas la vi&oire où tendent mes defirs ;

Mais à t’ouvrir le fiang, je mettrai mes piaifirs.

Va, plus hardi que toi, plus cruel...

Tu peux l'être?

B S Moa

Mon parti régné ici.

Montaigu.

Le mien t’attend peut-être.

Il fuffit.

Montaigu.

A ton choix.

Ferdinand.

Hé quoi ! c’elt fous mes yeux Qu’éditent fans refpeft vos tranfports odieux ?

C eft ici , devant moi , qu'une égale furie Vo..s pouffe à déchirer le fein de la patrie.

Quel eft do c l’ennemi qui nous vient attaquer ?

Quels forts dois- je munir ? Quel polie ai-je à mirquer? C'eftvous qui dans Vé-'onne, armés par la vengeance, Rompez le frein lacré de toute obéilfance :

Et qui, pourvoie orgueil, chacun dans vos projets,

A la guerre civile entraînez mes fujetsî

Que me font ces lauriers moiflonnés à la guerre ,

Si vous percez l’Etat dont le C el m’a fait père ?

Ah ! n’êtes-voqs point ns avec un cœ r fi grand, D’ouvrir tant de tombeaux , de verfer tant de fang. Capulet.... Montaigu.... Sachez mieux vous connoître. Ayez quelque pitié u lieu qui vous vit naître.

Je ne vous parle ici que comme un Citoyen.

Mon peuple eft tout pour moi ; ma grandeur ne m'elt rien.

R o m e o, à Mcmtaigu.

Ah! Seigneur, calmez- vous. & chalfez tout ombrage. L’infortune a fans do te aig'i votre courage.

Sans haine & fans péril goûtez un fort plus doux. Votre efprit appaifé nous réunira tous.

Capu et vous eftime, & mon cœur vous révéré. J’aurai pour vous l’aipour qu'qn fils porte à fon pere.

A om i

Fer-

TRAGEDIE. i*f

Juliette.

Et moi je puis , Seigneur , jurer à vos genoux ,

Que la difcorde enfin va cefifer entre nous;

Et que mon pere ici, s’il a pu vous déplaire.

Plus qu'une injuïle haine a fuivi fa colere.

Ferdinand.

.Malgré vous, Montaigu * je vois couler vos pleurs;

Oui ; je pleure à la fois de rage & de douleur*

Voilà fa fille.

Ferdinand.

Hé bien! .. Venez, daignez me luivre, Romeo.

Oubliez vos chagrins.

Juliette*

Et confentez à vivre.

Je vivrois !

Ferdinand.

Quel motif vous en doit empêcher?

Romeo.

Pourquoi le taire, hélas!

Juliette.

Pourquoi nous le cacher ?

Ferdinand.

Apprenez moi....

Montaigu , ( en mettant la main fur fon fein.i ) C’eft là que ma douleur repofe.

Jamais, jamais mortel n’en connoitra la caufe.

Ferdinand.

Furieux !

Je le fuis: ne crois pas m’appaifer.

Je hais: tu dois tout craindre, & je puis tout ofer.

Ta Cour, tes Capulets, ton afpeft m’importune.

Mes transports , grâces au Ciel , palfent mon infortune.

( en montrant Lapuiet. )

Oui: puifqu’à mon fouhait, mon cœur peut le hair, Ce cœur défefpéré fe plaît à la fentir.

(Au Duc.)

Va, porte ailleurs tes vœux, ta faveur, ton eflime Mais cî ains dans ta grandeur qu ’onne t’entraîne au crime. Dans ton rang, maigre foi, /on eft fouvent trompé. Par vos ordres furpris l’innocent eft frappé.

Je ne t’en dis pas plus. Je demeure à Véronne.

J’y traîne avec plaifir l’horreur qui m’environne,

Et ma haine , & ma rage , & Ja mort , & l’effroi. Puiiïe aufïï mon deftin s’appefantir fur coi !

Pour tous les Capulets, Ciel! invente un fupplice Qui les comprenne tous, dont ma douleur jouifle iÀ Que ta fureur fur eux fervarit mon défefpoir,

ParoiÜé avoir été par-delà ton pouvoir.

Ferdinand.

Holà , Gardes , à moi.

Romeo.

Seigneur, qu’allez-vous faire?

Voyez fes cheveux blancs, refpeftez fa mifere.

Ferdinand, aux Gardes .

Il fuffit: j’ai parlé.

Montaigu.

Cruels! n’avancez pas.

Ou dans Pinftant plutôt donnez-moi le trépas.

Ferdinand.

( aux Gardes . ) (à Capulet 6? à Montaigu. )

Qu’on le garde avec foin. Vous avez cru peut-être, Que j aurois quelque peine à vous parler en maître.

Je connois les complots que je dois prévenir;

Et mon pouvoir encor fuffit pour vous punir.

Ici pour un moment , Gardes qu’on le retienne.

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