‹ Roméo et Juliette: tragédie en cinq actesChapitre 25 sur 42 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Une chambre da Honutére.

Frère LAURENCE et ROMÉO.

FRÈRE LAURENCE

Sors de ta retraite, 6 Roméo ! Approche, homme timide; l'afQiction te chérit de passion, et la calamité t'a épousé.

ROMEO

Mon père, quelles nouvelles? Quel est Tarrét du prince? Quelle infortune que j'ignore encore veut s'attacher à moi?

FRÈRE LAURENCE

Ahl mon fils que j'aime, cette affreuse compagne n'est que trop familière avec toi. Je t'apporte la nouvelle de l'arrêt du prince.

ROMÉO

Eh bien, qa'a-t-ii prononcé de pins doux que la

mort?

miffiE LAritsKCR.

Un arrêt moins rigom*eax est sorti de sa bouche : ce n'est pas la mort, ce n'est qne Texil,

romÂo.

Ah! l'exil! Aie pitl6 de moi; dis la mort : l'exil m'épouvante mille fois plus que la mort. Ah ! ne xwrle point d'exil.

FRÂRE LAURENCE.

Tu es banni de Vérone. Apaise-toi : l'univers est grand et vaste.

Roiféo.

Hors des murs de Vérone, il n'est plus d'aniven pour moi; le reste de la terre n'est plus qu'un séjom de peines, de tourments; c'est l'enfer. Banni de oe lieu, je le suis du monde ; et être exilé du monde, c'est ma mort sous un autre nom; lui donner le nom d'exil c'est me trancher la tête avec une haohe dorée, et sourire au coup qui m'assassine.

FRÈRE LAURENCE

0 coupable et féroce ingratitude I pour ta faute, notre ici demandait ta mort : mais le prince indulgent, prenant ta défense, fait taire la loi, et change le mot funeste de mort en celui d'exil : c'est une rare clémence, et tu ne Veux pas le voir.

ROMÉO

C'est un supplice et non une grâce. Le ciel est en ces lieux où vit Juliette. Son chien, les animaux les plus -nls de sa maison, habiteront avec elle, ils pourront la voir, et Roméo ne le peut plus. L'insecte qui se nourrit de la corruption est plus heureux et plus privilégié que Roméo. 11 pourra s'emparer de la belle main de ma Juliette, et ravir sur ses lèvres si pures, si vermeilles, un parfum digne des dieux; et moi, il faut que je fuie loin d'elle ! Roméo ne pourra jouir de ce bonheur! il est banni. — N'as-tu pas quelque poison tout prêt, quelque poignard affilé, quelque genre de mort soudaine ? — Comment as-tu le cœur, toi, homme religieux et saint; toi, qui guides les âmes; toi, qui ab-

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sons les fautes; toi, mon ami déclaré, de m'assassiner de ce mot, banni?

FRÈRE LAtTRISNCB.

Amant insensé, écoute*moi parler.

ROMÉO

ûhl tu Tas me parler encore de bannissement.

FRÀRB LAURBNCB.

Je veux l'enseigner une armure qui t'aguerrira contre les horreurs de ce mot; c'est la philosophie, ce doux baume de l'adversité ; elle te consolera dans ton exil.

ROHÂO.

Loin de moi ta philosophie. Si la philosophie n'a pas le pouvoir de former une Juliette, de transporter Vérone à Mantouef, ou de changer l'arrêt du prince^ elle ne m'est d'aucun secours, elle n'a nulle vertu : ne m'en parle plus.

FRÀRB lAURBNCB.

Oh I je vois bien que les insensés sont sourds à la raison.

ROMÂO.

Et moi, que les sages sont aveugles.

FRÈRB LAURBNOB.

Laîsse^moi raisonner avec toi sur ton sort.

BOMÉO.

Tu ne peux parler de ce que tu ne sens pas. Si tu étais aussi jeune que moi, que Juliette fût ton amante, que tu l'eusses épousée il n'y a qu'une heure, queTybalt fût tué, que tu fusses amant éperdu comme moi, et comme moi banni loin d'elle^ alors tu pourrais parler.... alors tu pourrais t'arracher les cheveux et te jeter sur le pavé comme je fais, et y mesurer avec ton corps un tombeau qui devrait être déjà creusé, (ii se

jette rar le pavé, qa*il inonde de ses larmes.)

FRÂRB LAURBNCB.

Lève-toi : on frappe; bon Roméo, cache-toi.

ROMÉO

Me cacher ? Non : et qu'importe à un malheureux

au désespoir? (on frappe une seconde fois).

FR'BRB LAURENCE.

Écoute, comme ils frappent. — Qui est là ? — Ro-

méo, lève-toi : tu seras pris. ~ Attendez un instant. — Lève-toi, fuis dans mon cabinet. — Dans un moment. — (On frappe). Yolouté de Dieu I Quelle obstination est lajtienne I — J'y vais, j'y vais, (on frappe.) Qui firappe donc ainsi ? De quelle part venez-vous? Que demandez-vous ?

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