JAMAIS PLUS ! III
Jamais plus, au matin, ses yeux ne s'ouvriront Pour saluer le jour, l'espérance et la joie; Notre baiser en vain cherchera son beau front,
Ses lourds cheveux, ses cils de soie; Et sans la ramener tous les soirs tomberont.
Plus rien d'Elle, jamais : ni sa voix tendre et chaude, Ni son rire, — un bruit frais de source dans les bois, — Ni son geste animant le clavier sous ses doigts; Pas même une vapeur fugitive qui rôde Dans le miroir désert qui la vit tant de fois!...
En vain nous retournons, comme en pèlerinage, Vers les villes qu'elle habita, frappant au seuil De tous ceux qui jadis lu' faisaient tendre accueil;
Nuls yeux n'ont gardé son image.
Et rien d'Elle ne lui survit que notre deuil.
112 RONCES ETLIERRES
Et si, las de poursuivre une ombre décevante, Nous rentrons sous le toit qui la vit tant souffrir Un an, désespérer six longs mois, et mourir, Nous retrouvons autour, impassible et vivante, La Nature où tout va renaître et refleurir.
Les fleurs de Therbe haute émergent et sourient A l'aube, à la rosée, à Tazur, au soleil; L'abeille accourt les saluer dès son réveil;
Les pins et les cvprès géants chantent ou prient : Lt seule notre enfant dort son pesant sommeil.
Son sommeil.' Est-il vrai? Seigneur, Seigneur, dort-elle Seulement, sans douleurs, sans regrets d'ici-bas. Elle qui depuis tant de nuits ne dormait pas.
Quand soudain l'effleura de l'aile La Berceuse dont nul n'entend venir les pas?
Dors-tu, ma douce enfant, d'un sommeil sans nul songe, Dont même notre appel ne peut rompre le cours, Et qui ne finira qu'avec la fin des jours? Dors-tu paisiblement, loin de l'humain mensonge Qui fait si bref le rêve et les réveils si lourds?
JAMAISPLUS! II-J
Ou bien si le Néant, mer vaste, morne et grise Où tombent, nous dit-on, sans arrêt, les humains, Comme flocons de neige aux mares des chemins,
Papillon meurtri, t'a reprise, Abolissant pour toi hiers et lendemains?
Ou bien encore... — Ah! Dieu, l'effroyable mystère! L'horrible mur où l'on meurtrit ses poings en vain Comme dans un cachot des enfants ayant faim... Ne rien savoir et ne rien pouvoir — que se taire. Ou pleurer, ou prier, ou maudire sans fin!
114 RONCESETLIERRES
VOIX É7Ei:7^TE
ELLE perdit d'abord et par degrés sa voix Qu'elle avait chaude et grave, émue et pénétrante Comme la voix du loriot au fond des bois... En l'écoutant chanter pour ses amis, parfois, Même quand nul encor ne la savait souffrante. Je me sentis le cœur traversé du soupçon Qu'elle leur donnait trop de son àme vibrante. Que son air s'achevait en un furtif frisson, Et que le luth un jour plierait sous la chanson. Et soudain, confirmant et dépassant mes craintes, Un mal lâche et sournois la saisit au gosier,
Comme pour empêcher ses plaintes.
Et l'étouffa sous ses étreintes Tel un serpent un rossignol dans un rosier...