‹ Ronsard lyrique et amoureuxChapitre 21 sur 33 · FOLIE TRADUITTE D'ANACREON, POETE GREC · texte numérisé non relu

FOLIE TRADUITTE D'ANACREON, POETE GREC

'ORS que Bacchus entre che^ moy, Je chasse incontinent Tesmoy, Et ravy d'esprit il me semble Qu'en mes bougettes fay plus d'or, Plus d'argent, et plus de trésor Que Mide, ny que Crœse ensemble.

Je ne veux rien sinon tourner Par la danse, et me couronner Le chef d'un tortis de Ihyerre :

Je Joule en esprit les honneurs, Et les estats des grands Seigneurs A coups de pied fescra^e à terre.

Page, verse du vin nouveau, Arrache moy hors du cerveau Le soin, par qui le cœur me tombe.

Verse donc pour me l'arracher :

Il vaut mieux yvre se coucher Dans le lict, que mort dans la tombe.

ODE A L'ALOUETE

^oseroit bien quelque Poète Nier des vers, douce Aloiïète ?

Quant à moy, je ne ïoserois :

Je veux célébrer ton ramage Sur tous oiseaux qui sont en cage, Et sur tous ceux qui sont es bois.

Qu'il te fait bon ouyr ! à l'heure Que le bouvier les champs labeure Quand la terre le Printemps sent, Qui plus de ta chanson est gaye, Que courroucée de la playe Du soc, qui l'estomac luyfend.

Si tost que tu es arrosée Au poinct du jour, de la rosée, Tu fais en l'air mille discours :

En l'air des ailes tu frétilles, Et pendue au ciel tu babilles, Et contes aux vents tes amours.

Puis du ciel tu te laisses fondre Sur un sillon verd, soit pour pondre, Soit pour esclorre, ou pour couver, Soit pour apporter la bêchée A tes petits, ou d'une achée, Ou d'une chenille, ou d'un ver.

Lors moy couché dessus ïherhette jy une-part foy ta chansonnette :

De l'autre, sus du poliot, A Tabry de quelque fougère J'escoute la jeune bergère Qui desgoise son lerelot.

Lors je dy, tu es bien-heureuse Gentille Alouette amoureuse, Qui n'as peur ny soucy de riens, Qui jamais au cœur n'as sentie Les desdains dune fiere amie, Ny le soin d'amasser des biens :

Ou si quelque soucy te touche, C'est, lors que le Soleil se couche, De dormir, et de resveiller De tes chansons avec Y Aurore

Et bergers et passans encore, Pour les envoyer travailler.

Mais je vis tousjours en tristesse Pour les fierté^ d'une maistresse Qui paye ma foy de travaux, Et d'une plaisante mensonge, Mensonge, qui tousjours allonge La longue trame de mes maux.

ODE

W and je veux en amour prendre mespassetemps, M amie en se moquant, laid et vieillard me nomm Qiioy, dit-elle, resveur, tu as plus de cent ans, Et tu veux contrejaire encore le jeune homme !

Tu ne fais que hanir, tu n'as plus de vigueur,

Ta couleur est d'un mort qu'on dévoile en la fosse :

Vray est, quand tu me vois, tu prens un peu de cœur, Car un gentil cheval ne devient jamais rosse.

Et si tu ne m en crois, pren ce miroir, et voy Ta barbe en tous endroits de neige parsemée, Ton œil qui fait la cire espesse comme un doy, Et ta face qui semble une idole enfumée.

Alors je luy respons : Quant à moy, je ne sçay Si fay l'œil chassieux, si fay perdu courage, Si mes cheveux sont noirs, ou si blancs je les ay, Car jamais je n appris à mirer mon visage.

Mais puis que le tombeau me doit bien tost avoir, Certes tu me devrois d'autant plus estre humaine : Car le vieil homme doit, ou jamais, recevoir Ses plaisirs, d'autant plus qu'ilvoit sa mort prochaine.

LARONDELLE A JAN BRINON

U tost que tu sens arriver La froide saison de l'hyver, En Septembre, chère Arondelle, Tu fen-voles bien loin de nous, Puis tu reviens quand le temps clous Au mois d'Avril se renouvelle.

Mais Amour en nulle saison Ne s'en-vole de ma maison, Et tousjours che^ moy je le trouve :

Il est tousjours de moy veinqueur, Et fait son nid dedans mon cœur, Et y pond ses œufs et les couve.

L'un a des ailerons au flanc, L'autre de duvet est tout blanc, Et l'autre dans le nid s'essore :

L'un de la coque à demy sort, Et l'autre en a rompu le bort, Et l'autre est dedans l'œuf encore.

J'entetis, soit de jour soit de nuit, De ces petits Amours Je bruit, Béans pour avoir Ja bêchée, Qui sont nourris par Jes plus grans, Et grans devenus, tous Jes ans Font une nouvelle nichée.

Quel remède auroy-je, Brinon, Encontre tant d'Amours, sinon (Puis que d'eux je me désespéré) Pour soudain guarir ma Jangueur, D'une dague m ouvrant Je cœur, Tuer Jes petits et la mère ?

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