AU LECTEUR
Poète lyrique, Ronsard le fut dès qu'il sut écrire; amoureux, il le demeura jusqu'à son dernier jour :
Soit qu'un sage amoureux, ou soit qu'un sot me lise, Il ne doit s'esbahir, voyant mon chef gri son, Si je chante d'amour : volontiers le tison Cache un germe de feu sous une cendre grise.
Qu'une curiosité vaine ne nous pousse point à chercher comment dans la vie réelle, s'appelèrent Cassandre, Marie, Jane, Barbe, Sinope, Anne ou Genèvre : il nous suffit de nous rappeler qu'elles furent femmes, qu'il fut poète, et qu'il écrivait en 1 5 78, à cinquante-quatre ans :
Quand je suis amoureux, fay ï esprit et la vois, L'invention meilleure, et la Muse plus forte : Il me faut doue aimer pour avoir bon esprit.
Son. génie s'offre à nous sous de si multiples aspects que seule une édition complète de ses Œuvres, telle que celle qui paraîtra au quatrième centenaire de sa naissance, permet de les tous envisager.
Nous avons délibérément choisi l'un des côtés par lequel Ronsard est de tous les siècles et non pas seulement un homme du seizième, et nous avons tâché de réunir en ces pages les pièces, — intégralement reproduites, — répondant le mieux au titre choisi. Les admirateurs de Ronsard y retrouveront les vers qui chantent dans leur mémoire, et peut-être aussi quelques morceaux moins connus et qui ne sont pas moins dignes d'être retenus : les uns et les
autres se présentent sans suppressions intempestives, sans coupures d'aucune sorte.
Et si le choix que nous avons fait avait besoin d'une justification, nous la trouverions dans ces vers qu'écrivait Ronsard en 1560, les huit premiers dans le Voyage de Tours, les six derniers dans l'Elégie à son Livre.
Je veus jusques au coude avoir l'herbe, et si veus
De roses et de lis coronner mes cheveu s.
Je veus qu'on me dejonce une pipe angevine,
Et en me souvenant de ma toute divine,
De toy mon dous souci, espuiser jusqu'au Jond
Mille fois ce jourd'huy mon gobelet profond,
Et ne partir d'icy jusqu'à tant qu'à la lye
De ce bon vin d'Anjou la liqueur soit faillie.
Non non , je ne veus pas que pour ce livre icy J'entre dans une escolle ou qu'ur Régent aussi Me lise pour parade : il suf/ist si m amie Le touche de la main dont elle tient ma vie : Car je suis satisfait, si elle prend à gré Ce labeur que je voue à ses pieds consacré.