L'achevé d'imprimer est du l'^r août
6. Bibl.Nal., Rés.Ye,507 et 508. Il est relié à la suite de l'édition princeps de la Franriade. Blanchemain, il est vrai, l'a signalé dans sa Notice bibliographique (VIll, 86 , mais il ne l'a pas consulté, car il date de 1572, 73. 78 et 84 toutes les pièces qui s'y
2,12 r,ENF,SE KT KVOLUTION
On trouve, parmi les soixante pièces qui le composent, des poème* proprement dits ', des élégies et des discours^, que Ronsard écrivit durant sa longue maladie, pour «alléger sa fièvre et charmer sa langueur m-'', et dont il agrémenta les développements descriptifs ou moraux de souvenirs personnels et de confidences intimes ; des sonnets délicats et passionnés que lui inspirèrent, à n'en pas douter, ses deux premières Muses, qu'il se plut à revoir, Cassandre, sa voisine du cliàteau de Pré, Marie, sa voisine de l'hôtellerie de Bourgueil ' ; enfin huit poésies lyriques, dont la liste, que voici, intéresse plus directement notre élude :
1. — Chant triomphai, poiu .ioceh sir la lyre : Sur l'insigne Victoire qu'il
a pieu à Dieu donner à Monseigneur Frère du Rov. Tel yii un petit Aigle sort iBl., V, 144. - M.-L . I\', 252).
2. — Chanson. Quiconque soit le peintre qui a fait (I, 380. — I, 358;.
3 et 4. — PoUH Mascarades, a) Jcppiter. Je suis des Dieux le Seigneur et le
Père (IV. 165. — III, 498)
b) Minerve. Du haut du Ciel je suis icy venue IV. 166 — III, 499). 5. — Stances prontement faites pour jouer sur la lyre Un joueur repon-
d.int à l'autre au ba[p]tesme du filz de Monsieur de Villeroy, En
faveur de Monsieur de l'Aubépine à présent Autant iju'au Ciel
on voit de fiâmes (VI, 319. — VI, 223).
trouvent. Même remarque pour Marlj-Lav., qui l'a seulement signalé (t. \', p 441 d'après Klanchemain. — (iandar seul semble l'avoir consulté lop. cil., 179
1. La Lyre — titre postiricur — à .J. Belol , le C'/ia< à K. Belleau , le Satyre à Huraull, dit de CandéJ, \a Salade (à .laniin!. l'Ombre du Clievul à J. Belot), lu Soiicy du lardin à Chcrouvrieri, le fin là Cravan , le liossignol (à Girard , Hylas à Passerat).
2. Klègies : Conte un yuerrier refroidy de prouesse ; Pour ce. mijy/ion, tjue tu es Jeune et beau , Du Lac, (]ui joins layentille carolle : L'ahscncc, ny l'ohly. ny la course du jour
à Cassandre ; Le Gast, je suisbrulé d'amour et de chaleur : four vnus aymer, Maîtresse, je me Inc , Couvre mon clief de pavot je te prie à Jamin) ; Seule après Dieu la forte destinée ; Bclol, afin que mort tu puisses vivre à Nicolas; — Discours : Les parolles que dist Calypson (à Baïf) ; l'Amoureu.x désespéré à Scév. de SaiTite-Marlhe) ; De l altération et changement des choses humaines — titre postérieur — à Chauveau).
3 Bl , VI, 71, 79, 112, 118, 120 Jamin dit .i Ronsard dans son sonnet liminaire : Et la poussant la lyre), ton ame en telz accords saisie En trois mois nous versa ces flots de Poésie, Doux fruit qui le croira !" d'un si aigre tourment,
4. /.i' dou.v sommeil ; Ce jour de .May ; .l'avais l'esprit: Puis qu'autrement , Le jour me semble ; Seul je m'avise ; Jaloux Soleil ; Heureu.v le jour ; Qui vous dira : Que dittesvous ; Honneur de May ; A'on ce n'est pas ; l'ren cette rose ; En vain pour vous ; Douce beauté : Seul et pensif : Quand je te voy ; De veine en veine ; Je suis larron : Si trop souvent ; Que maudit soit. Ronsard rangea ces 21 sonnets en 1571 et 72 dans le 2^ livre des Amours consacré a Marie, puis en 1578 quinze d entre eux dans le 1*^' livre des Amours consacré à Cassandre. Il revit vraisemblablement Marie en 1568 et 69, ayant habité Saint Cosme ces années-là et " nourrissant à Bourgueil des chiens de chasse que Charles l.X luy avoit donnez » Binetl, d'autant plus que son rival Charles de Pisseleu était mort en 1564. Quant à Cassandre, 1 élégie qu'il lui adressa en 1569 Bl., I\', 395) est assez probante ; nous savons en outre par d'Aubigné 'sonnet V du Printemps qu'à l'époque où lui même chantait la toute jeune Diane de Talci, nièce de Cassandre (1570), Hdiisnrd chantait encore la lantc, qui a\ait alors en\iron 40 ans.
DE L'OF.I VRF. LVKlC'l E HE Rd.NSARD 233
6. — Odelette. Cependant que ce beau mois dure !II. 365. — II, 449,.
7. — Baiser. Quand de ta lèvre à demy close II, 124. — I, 109).
8. — Odelette. Boù'on, le jour n'est si long que le doy 11, i44. — VI, 95).
C'est peu, mais cela suffît pour montrer que Ronsard, à 4b ans, poète plus courtisan que jamais, et toujours horatien ou anacréontique, avait la reconnaissance aussi vive que la rancune tenace et le tempérament voluptueux. Le n" 1 fut composé au lendemain de la retentissante bataille deJarnac(i3 mars 1569), où Coligny fut battu et Louis ^le Condé assassiné '. C'est un hymne de victoire et une action de gn'.ces d'un rythme sautillant, où le poète exulte, mû par des sentiments de patriotisme et de loyalisme, c'est entendu, mais cédant aussi au besoin de faire sa cour, comme Baïf et Dorât 2, et de plus a la joie de la vengeance : car de bon cœur il déteste les huguenots, qui ont si souvent troublé sa quiétude et même menacé sa vie. Il ne leur pardonne pas leur mépris de l'autorité royale, ni leur vandalisme, ni leur insolent rigorisme, ni surtout les efforts qu'ils ont faits pour déshonorer sa personne et sa Muse. Soit ; mais devait-il oublier que, parmi les cadavres qu'il se réjouit de savoir en pâture aux corbeaux et aux loups Sur les bords de la Charante,
gisait « le petit homme tant joli /), auquel il avait maintes fois protesté de son dévouement et de son admiration ? Il est vrai, aussi, que dès la fin de lot)2 Ronsard avait appelé la colère de Dieu sur la tète de Gondé et sur ses troupes s'il ne désarmait pas ^ ; six ans et demi après cette solennelle invocation, le poète exaucé entonnait lui-même, avec « la multitude », le « cantique saint » *, en glorifiant les vainqueurs de
1. Source : Horace, Carm. I\ . 4, pour les str 1 à 3 et 13. — La date où parut ce Chant triomphal .1" août 69j et les strophes 9 et 10, où il est question de la Charente, prouvent péremptoirement qu'il a été écrit en l'honneur de la victoire de .Jarnac el non pas. comme on le lit dans les éditions Bl. et .\I.-L., ï pour la victoire de .\Ionconlour )). Ronsard conserva en 1571 et 73 le titre imprécis qu'il avait donné à cette pièce en 1569. Mais la victoire de Monconlour ayant été plus glorieuse que celle de Jarnac pour Henri d*.\njou le poète adopta en 1578 le titre suivant : Hymne sur la victoire obtenue à Moncontourpar Monseigneur d'Anjou, à présent Koij de France, tout en conservant les strophes 9 et 10 relatives à la journée de Jarnac. Personne avant nous n'a relevé cette substitution maladroite.
2. V. le Baifde Marty-Laveaux, II, 409 à 421, et le Dorai, pp. 32 à 39, 77 et 78. Cf. à propos des « pièces de vers divulguées après la mortde Condé à Jarnac ». le Journal de L'Estoile, Collection Michaud, XIV. p. 22. — Nous savons par Ronsard que ce Chant triomphal fut si agréable au duc d'Anjou qu'il l'apprit par creur Bl., III, 277 .
3. V. les 250 derniers vers de la Renutnstrance au peuple de France, qui s'adressent non pas à Coligny, comme on pourrait le croire par une note de Cl. Garnier (Bl., VII, 80 , mais à Louis de Condé
4. E.xpressions de la tin de la Remonstrance. La Réforme armée ne fut nullement populaire en France On lit dans les Mémoires de Claude Haton, t. II. p 549; « Les nouvelles de la mort du Prince de Condé portées de toutes parts resjouirent les Catholiques de France extrémenent, lesquelz pensoient, mais en vain, estre à la lin des
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Jarnac. — Trois autres pièces d'une aussi farouche inspiration, datant de la même année, mais un peu postérieures au recueil des Poèmes, doivent être rapprochées du Chant triomphal : la Prière à Dieu pour la victoire, écrile quelque temps avant la bataille de Moncontour (3 octobre lo6î)), au moment où Catherine de Médicis et Charles IX attendent les événements précisément au Plessis-lez-Tours ' ; VHi/dre desfaicl, ou la Louamjp de Monseigneur le Duc d'Anjou, écrit après Moncontour et la retraite des huguenots à la Uochelle ; enfin les Elemens ennemis de l'Hydre, écrits en novembre '-. Même accent sauvage : Ronsard, de concert avec les plus implacables papistes, conseille de ne pas laisser trace de la monstrueuse hérésie et d'en abattre toutes les tètes, y compris ses trois héros d'autrefois, les Châtiilons, auxquels il avait consacré un « temple » et juré une éternelle fidélité 3. Un tel fanatisme, politique beaucoup plus que religieux, n'a rien qui doive étonner de la part d'un « poëte du Roi », surtout si l'on songe qu'en cette circonstance il n'exprimait pas seulement les sentiments d'une Cour, mais les siens propres et ceux d'une foule avide de paix.
Les n"' 3 et 4, peut-être aussi le n° 2 (une chanson sur l'amour qui vient à la suite de deux cartels « contre et pour l'amour » et fut rangée en Util parmi les Mascarades), oui été composés pour les fêtes de la Cour '. Quelles fêles? Il est dillicile de le dire. Cependant, comme, entre la deuxième édition collective et les Poèmes de 1569, la Cour n'a pu se divertir qu'au milieu de l'année 1567 (la guerre civile recommence à la fin de septembre), et au milieu de l'année 1368, de la paix de Longjumeau(fin de mars) à la reprise des hostilités (lin de septembre), comme, d'autre part. Catherine de Médicis est gravement malade durant cette
guerres civiles et de tous maux. El de cesie réjouissance furent faitz par toutes les villes catholiques feux de joye, processions, prières publiques, et le Te Veiim chnnlé. Mais le peuple crioit victoire avant que l'ennumi fust vaincu. » Documents pour servir à l'Histoire de France.;
1. Us y résidèrent du 24 août au 12 octobre, et, naturellement, leur voisin, le prieur de Saint-Cosme, leur fit une cour assidue.
2. \^ Hydre desfaiit parut dès la lin de l'année dans les Paonnes in Iripliceni incloriam de Dorât ; mais Ronsard ne l'a pas recueilli dans ses Œuvres, non plus que les deux autres pièces, avant l'édition de 1578.
3. V. les pièces : Mon Odet, mon prélat, mon seigneur, mon confort (1555: ; Je veux, mon Mecenas le bastir à l'exemple |1555l; J'ai; pour jamais, par serment, faict un vœu (1555); Si quelquefois Cleio m'a découvert (1555); Je veux, mon Chaslillon. imiter le tonnerre (1556) ; L'homme ne peut sçavoir de qui parfaictement (1557 58;, etc. Cf. un passage du Discours sur les Misères et un passage de la Remonstrance (Bl , VU, 29 et 74), où il regrette l'erreur du cardinal Odet, mais vénère encore sa personne et lui souhaite du bien.
4. Source de la chanson : Properce, II. 12. La contre-partie de cette chanson se trouve au ême recueil, dans V Amour Otjsean :B1., IV. 302), longue élégie qui développe en alexandrins l'ode anacréontique : ^'j jx'îv tpiAT, /îÀtîwv, déjà imitée dans le sonnet de ]5.')2 : Ces liens d'or, ccste bouche vermeille, et dans l'ode de 1554 : Si tost que tu sens ariver.
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dernière trêve, ainsi que son poète à Saint-Cosme ', je pense que ces mascarades datent de la visite que firent à Saint-Germain et aux Tuileries la princesse Claude de Lorraine et son mari dans la première moitié de juillet lo67 -.
Le n" 5 est une ode en dialogue amébéen, « un joueur de lyre repondant à l'autre », qui fut chantée «au baptesme du filz de M' de Villeroy, en faveur de M. de l'Aubépine à présent », — et cela durant un festin de nuit ofTert en un mois de janvier •''. On connaît le père du nouveauné. Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, conseiller et secrétaire des finances du roi, et prévôt les marchands de Paris *, avait épousé en 1362 Madeleine de l'Aubespine, la fille du secrétaire d'Eiat Claude de l'Aubespine, et il succéda dans celte charge a son beau-père, quand celui-ci mourut le 11 novembre 1567 ■>. Mais quel est ce L'Aubespine (le parrain sans doute) en faveur de qui les stances furent composées ? Est-ce le grand-père de l'enfant ou son oncle maternel ^ ? Ce peut être l'un aussi bien que l'autre ; car il est très probable que la fête eut lieu en janvier 1367, le fils de Villeroy, Charles de Neufville, étant né vers le 1" janvier de cette année-là ', et Konsard suivant alors la Cour qui résidait à Paris ^. On objectera que la 2« édition collective parut après cette date sans que les stances en question y fussent recueillies. Mais l'objection est sans valeur, Ronsard n'y ayant pas non plus recueilli l'ode Corne un lis à la ros/^ blanche, écrite dans le même mois '•', et gardant alors volontiers certaines œuvres plusieurs années en manuscrit. Du reste, il me semble didicile d'admettre une autre hypothèse, car la fêle n'a pu avoir lieu en j.mvier 1368, deux mois après la mort du grandpère, ni en janvier 1369, deux ans après la naissance du petit-fils ; d'autant plus que Ronsard, à ces deux dernières dates, résidait à Saint-