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Études faites d'après un chien ayant appartenu à Rosa Bonheur.
culièrement des animaux domestiques des campagnes : chien, cheval, mouton, bœuf, etc., a dit : « Il faut à l'artiste qui interprète ces animaux une sagacité pénétrante pour déterminer la loi plastique de l'espèce sous les accidents individuels, une intuition sûre des caractères expressifs de la vie animale pour les dégager et les mettre en saillie, et enfin un sens développé du beau décoratif pour ennoblir les lignes offertes par le modèle et les combiner avec harmonie. » Ce qu'il nous faut chercher, en ce moment, c'est
lo: ROSA BONHEUR
comment l^osa Bonheur s'est acquittée complètement de sa mission ; comment s'appliquent exactement à son art les principes énoncés par le maitre esthéticien.
Anaximandre, disciple de Thaïes, philosophe vivant au v^' siècle avant Jésus-Christ, déclarait, si l'on en croit Diogène Laërce, que les animaux sont de la mC-me nature que l'homme.
Anaxagore, philosophe du v^ siècle avant Jésus-CJirist. risque une affirmation qui est restrictive : «< Dans la brute, dit-il, et dans l'homme, il y a une âme raisonnable et intelligente, qui remue tous les ressorts et produit toutes leurs opérations. Seulenient, à l'exemple de beaucoup d'hommes, l'âme des bêtes n'a ni sagesse ni prudence. » Platon, au contraire, leur accorde l'intelligence et la raison, et, dans un de ces rêves de haute poésie dont ses discours sont émaillés, il raconte, dans !a PoUliqiic^ qu'à l'époque de l'âge d'or les hommes s'entretenaient avec les bêtes.
Aristote s'est moins avancé; après avoir défini l'âme : « L'Acte premier du corps organique ayant la vie en puissance », il qualifie l'âme des bêtes : substance corruptible, pure machine, ombre de connaissance et de raison : et pourtant il se sert à leur endroit du mot Noj;, qui signifie essentiellement /'t';z5e>.
Zenon, stoïcien, est plus radical : « Tous les êtres, dit-il, ont la même origine, tous sont dieu ; l'homme n'a donc, en ce point, aucun avantage sur la bête ; le principe qui anime l'un et l'autre n'est point différent, et l'insecte le plus méprisable et le plus vil n'est pas moins une parcelle de la divinité que le plus grand roi de la terre. » On remarquera, en passant, cette déclaration panthéiste, dans la bouche d'un philosophe de l'école stoïcienne, et on la pourra rapprocher de la théorie de Spinoza.
Pline, qui était matérialiste, n'hésite pas à refuser à l'homme une supériorité sur la brute.
Porphyre — qui fut un ancêtre du régime végétarien — a écrit tout un traité sur le devoir de s'abstenir de chair animale, se basant sur ce que les animaux sont doués d'une âme raisonnable et intelligente. Il \' a, dans ce traité, des pages d'une admirable sagesse: en voici une qui concorde absolument avec un mot de
Rosa Bonheur que nous rappelions au commencement de ce chapitre :
« Peut-on dire, écrit-il, que la parole manque aux animaux? N'expriment-ils point ce qu'ils sentent, et ne pensent-ils point avant de s'expliquer? Car j'entends par la pensée ce qui se passe intérieurement dans l'âme, avant qu'on l'exprime par la voix. De
É T U D i: s FAITES POUR LE TABLEAU « L ' I N Q U I É T U D li » ( \- E R S I 8 4 G
Peinture par Rosa Bonheur.
(Appartient a la famille.)
quelque façon ensuite que l'on parle, soit comme les grues, soit comme les chiens, soit comme les bœufs, c'est la raison qui s'exprime ; et les animaux en sont capables. Les hommes conversent entre eux suivant les règles qu'ils ont établies, et les animaux ne consultent, dans leur façon de s'exprimer, que les lois qu'ils ont reçues de Dieu et de la nature. Si nous ne les entendons pas, cela ne prouve rien. Car les Grecs n'entendent point le langage des Indiens ; et ceux qui sont élevés dans l'Afrique ne comprennent
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rien à la langue des Scvihes, desThraceset des Syriens. C'est la même chose pour eux que le cri des grues... Nous ne pouvons ni articuler, ni lire la langue des Syriens et des Perses, non plus que celle des animaux. Nous entendons seulement du bruit et des sons, sans rien comprendre. Lorsque les Scythes parlent entre eux. il nous semble qu'ils ne (ont que gazouiller... Cependant ils s'entendent aussi bien entre eux que nous nous entendons nous-mêmes. Il en est de même des animaux ; chaque -espèce entend le langage de la sienne, et ce langage ne nous paraît qu'un simple son qui ne signifie rien, que parce qu'il ne s'est encore trouvé aucun homme qui ait pu nous apprendre la langue des animaux et nous servir d'interprète. »
Et plus loin, il continue : « Les animaux s'expriment dilTéremment lorsqu'ils ont peur, lorsqu'ils s'appellent, lorsqu'ils avertissent leurs petits de venir manger, lorsqu'ils se caressent ou lorsqu'ils se défient au combat. Ce serait donc une chose fort déraisonnable de dire qu'il n'y a de la raison que dans le discours de l'homme, parce que nous le comprenons, et qu'il n'y en a point dans le langage des animaux, parce qu'il nous est inintelligible. C'est comme si les corbeaux soutenaient que leur croassement est le seul langage raisonnable, ou que nous sommes sans raison, parce qu'ils n'entendent pas ce que nous disons ; ou comme si les habitants de l'Attique prétendaient qu'il n'\' a de langue que la leur, et que tous ceux qui ne la parlent pas sont privés de raison. »
C'est là. on en conviendra, un raisonnement tout au moins ingénieux. Ce n'est pas que le même philosophe nie la supériorité de l'homme sur l'animal : après avoir développé sa pensée sur le rôle de la passion et le mécanisme des sens chez les animaux, il ajoute :
« Celui qui prétendrait que ce qui ne peut pas arriver à la perfection de la raison, n'en est point susceptible, ressemblerait à quelqu'un qui soutiendrait que le singe n'a point reçu de la nature sa laideur, ni la tortue sa lenteur, parce que le singe n'est pas susceptible de beauté, ni la tortue de vitesse. On ne réfléchit
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pas à une distinction qu'il faut faire. La raison vient de la nature, mais la parfaite raison vient de l'attention et de l'instruction. Tout ce qui est animé participe à la raison : et dans toute la multitude des hommes, on ne peut pas en nommer un qui ait atteint la perfection de la raison et de la sagesse... Dans tout ce qui participe à la raison, on ne remarque donc pas la même facilité