‹ Rosa Bonheur; sa vie, son œuvreChapitre 98 sur 220 · NATHALIE MICAS · texte numérisé non relu

NATHALIE MICAS

Dessin de Rosa Bonheur.

bien que la vue de ces montagnes, plus pittoresques, plus élevées que celles de l’Auvergne, ouvrirait à mon pinceau de nouveaux horizons.

Je ne me trompais pas, et j'ai été tellement enchantée de ce que j’ai vu dans ces monts que Louis XIV déclarait abolis, que, depuis lors, j’y suis retournée à différentes reprises.

Avant notre départ, nous avions demandé, Nathalie et moi, l'autorisation d’endosser des vêtements masculins. Ce n'est donc pas en amazones, avec le voile et le chapeau classiques, que nous avons parcouru ces régions abruptes, mais bien en vrais cavaliers, à califourchon sur nos

montures. Il est vrai que souvent, pour ne pas trop épuiser les économies de la bonne mère Micas, nous grimpions sur le même cheval.

Mme Micas n'avait pas manqué, en même temps qu'elle nous donnait la volée, de nous faire promettre un compte rendu exact de tout ce qui nous arriverait d'intéressant. IVlais je dessinais et peignais sans relâche, et c’est Nathalie qui tenait la plume presque toujours; c’est même tout juste si je prenais le temps d'ajouter quelques lignes au galop. Il est vrai que Nathalie mettait sur le papier ce que j’avais dans la tête ; son

cœur et sa plume donnaient du reste à l'idée commune un tour charmant.

Ces lettres que Nathalie et moi nous adressions à la bonne mère Micas, je les ai conservées avec grand soin, et plus d’une fois, en les parcourant, j’ai cru revivre de bonnes semaines de jeunesse.

'Je les ai relusàmon tour, ces feuillets qui jadis avaient renseigné minutieusement la bonne dame demeurée à Paris, sur l’existence quotidienne de « ses deux filles » : les uns et les autres, en dépit du temps défavorable, respirent la gaieté et l’entrain, ceux de Nathalie ont parfois une jolie tournure littéraire ; les mots griffonnés par Rosa Bonheur, plus rares et tout de prime saut, ont une vie, une courosa bonheur, ses FRÈRES isidore leur et un pittoresque pleins de charme. et auguste, sa sœur Juliette. Si les eaux minérales se montrent

peu efficaces sur la santé délicate de Nathalie, la nouveauté, la beauté des sites, la sauvagerie grandiose des montagnes, les enchantent à l’égal l’une de l’autre. « Sans doute, à Eaux-Bonnes, écrit Nathalie -, l’on ne rencontre que spectres, que cadavres vivants qui, du matin au soir, toussent ou crachent; ou bien des élégants embêtants », mais que de belles excursions on fait aux alentours. Certain jour, Rosa Bonheur, en bonne amie des bêtes, n’a pu résister aux séductions d’un jeune chien de montagne qui ressemble un peu à

1. J’ai cru devoir intercaler dans le récit de Rosa Bonheur, et d’après les lettres qu’elle m’a confiées, le compte rendu de son voyage aux Pyrénées. La transcription littérale de sa correspondance eût risqué de paraître un peu longue au lecteur.

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